Fyctia
29/ ou contrariée
À peine installée en voiture et laissant celle-ci sortir du parking souterrain, je pose ma main sur celle de Sébastien qui tient le pommeau de vitesse et lui demande avec des yeux langoureux :
- Où m'emmènes-tu?
Son regard se porte rapidement à ma main sur la sienne et faisant comme si de rien n'était, il répond, l’œil pétillant :
- Patience! Tu n'aimes pas les surprises?
- Si, bien sûr.
Le visage tourné vers la rue pour cacher mon malaise et éviter de rire, ma main continue de caresser la sienne doucement et de manière espiègle. Aucune réaction ne se fait sentir, aucun mouvement, et Sébastien reste des plus sérieux. Cependant, un rapide coup d’œil vers lui me permet de contempler un fin sourire dessiné sur son beau visage.
Après seulement quelques minutes de trajet et alors que mon regard se porte sur les bords gelés de la Saône, la voiture s'arrête et Sébastien me précise que nous sommes arrivés. Il la contourne, passe sa main dans mon dos, me faisant sentir importante, et nous avançons vers un bâtiment immense, composé tout de bois et d'acier, comportant de nombreuses et grandes ouvertures. Ma-gni-fique! Mon sang se glace soudainement quand je lis les quelques lettres qui composent le mot "Ouest".
Il m'emmène dans une brasserie de Paul Bocuse! Je n'y crois pas! Je ne suis clairement pas habituée à ce genre de lieux et la pression d'y songer ainsi qu'une boule dans ma gorge m'envahissent instantanément. Je n'ai pas envie de passer pour une pimbêche ou une jeune femme mal éduquée... Je me tourne vers lui qui est tout sourire et semble lire en moi.
- Ce n'est qu'une brasserie Louisa, détends-toi.
Un grand soupir m'échappe alors que nous nous installons l'un en face de l'autre. L'endroit est bondé et à couper le souffle! La décoration élégante et raffinée de Noël colle parfaitement au lieu.
- Rien de tel qu'un bon restaurant pour se sentir mieux! N'est-ce pas?
Je hoche la tête en guise de réponse. Un bon restaurant, je ne sais pas, des sucreries, j'en suis convaincue. J'ai bien fait de ne pas m'exprimer à haute voix; je ne suis pas sûre qu'il aurait apprécié mon humour. Nous choisissons rapidement nos plats: une salade César pour moi et un tartare de bœuf pour lui. Les effluves prometteurs sortant de la cuisine et parvenant jusqu'à nous sont plus que délicieux, je salive d'avance.
Pour autant, l'idée de le sidérer ne m'a pas quittée. J'essaie de soutenir son regard du mieux que je peux pour l'ébranler autant qu'il me trouble, seulement ses années d'expérience ont raison de moi. J'opte par conséquent pour une toute autre tactique. Ma ballerine tombe discrètement au sol, laissant mon pied libre de s'aventurer où il le souhaite en toute discrétion... Son regard surpris et incandescent me braque un instant, puis il laisse échapper un léger rictus gêné.
- Louisa, tu es vraiment déconcertante. Mais ce que tu fais n'est pas du jeu, je ne peux pas répondre sans risquer d'avoir des ennuis. Bien que j'apprécie grandement ton audace grandissante.
Sa voix, ses mots, et ses pépites d'or ravivées dans le fond vert de ses yeux me rendent complètement folle. Heureusement pour moi, je parviens encore à me contenir. Je retire ainsi délicatement mon pied de son pantalon et remets lentement ma chaussure tout en le fixant, satisfaite, mais quelque peu chamboulée par le phénomène qui se tient face à moi. N'est-ce qu'un jeu? Cet homme m'attire, me pousse dans mes retranchements et m'entraîne à prendre confiance en moi et à m'assumer. Que suis-je réellement pour lui? Juste un moment de distraction? Sébastien coupe court à mes pensées.
- Alors, que comptes-tu faire cet après-midi?
- Eh bien, je pensais aller voir l'inconnu... Il s'est réveillé et...
J'observe les traits de sa mâchoire se contracter une toute petite seconde et le temps me manque pour finir ma phrase quand il me coupe.
- C'est une bonne nouvelle!
Je souris timidement.
- Oui, c'est sûr.
- Et... S'il va mieux, pour quelle raison veux-tu continuer à lui rendre visite ? C'est un peu... bizarre, non?
Sa question me pique et je sens mes joues s'enflammer. Il n'a pas tout à fait tort, c'est juste que...
- Comment t'expliquer? Disons que je me sens toujours responsable de ce qui lui est arrivé; c'est moi qui conduisais... En plus, il est amnésique et personne ne semble être venu le voir ou l'avoir cherché jusqu'à présent.
Sébastien esquisse un léger sourire et pose sa mien sur la mienne.
- Tu as un cœur en or, tu le sais?
Fière et attendrie, tout en sentant que sa phrase n'est pas entière, j'ajoute:
- Mais?
Il relâche un léger soupir et continue :
- Mais j'espère qu'il ne se jouera pas de toi.
Je ne sais pas pourquoi, sa phrase m'agace légèrement. Son ton paternaliste ne m'est pas très agréable. Encore plus maintenant que j'ai établi avec moi-même de bonnes résolutions à tenir par rapport à mes envies et mes choix.
- Il n'y a pas de raison. Si tu l'avais vu! Il a l'air tellement candide et gentil!
- Justement, tu pourrais ne pas te méfier et malgré tout, tu ne le connais pas...
Comme si j'étais bête ou fragile! D'accord, j'admets, un peu naïve...
- J'apprécie que tu t'inquiètes pour moi, mais je ne te connais pas davantage finalement...
Sébastien a un mouvement de recul et enlève sa main de la mienne, une légère grimace se formant sur ses traits. Je sens qu'il réfléchit à ce qu'il pourrait me répondre sans être trop virulent. J'ai peut-être été un peu loin...
- J'espère un peu plus malgré tout, à moins que tu n'aies plusieurs amants... Fais juste attention à toi, c'est tout ce que je te demande.
Sa réponse est parfaite. Et je me sens miteuse. Nos plats nous sont servis alors que j'allais tenter de préciser ma pensée. Encore un acte manqué! Tandis que je vais pour relancer cette discussion, il commence à déjeuner et semble ne plus oser me regarder ou me porter d'attentions. C'est ainsi que je commence à déguster ma salade en silence. Ce qui est certain, c'est qu'il agit avec un self-control que je ne pourrais jamais égaler. J'imagine bien que ma réponse l'a heurté et pourtant, il fait tout pour rester calme et éviter de me le montrer. Rassemblant tout mon courage, j'essaie de dissiper notre malaise de la façon la plus basique qui soit...
- C'est délicieux. Je te remercie sincèrement de me faire découvrir cette brasserie.
- Je t'en prie.
C'est désormais un Sébastien peu loquace et grognon qui déjeune à mes côtés. Il va falloir que je fournisse davantage d'efforts pour le débloquer on dirait.
- Que vas-tu faire cet après-midi? Est-ce que je pourrais venir?
Gagné! Il lève les yeux sur moi.
- Tant que tu ne fais pas partie de l'entreprise, c'est impossible. Et puis, ça peut être dangereux un chantier.
Voyant que je ne réponds plus, il ajoute.
- Mais promis, je t'emmènerai avec moi si tu veux.
Quelques instants passent et il semble repenser à ce qui nous a amenés ici.
- Tu ne m'as pas dit : pourquoi tu as pleuré?
- Je ne veux pas t'ennuyer.
- J'écoute.
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Magali Larochette
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