Fyctia
Clara
Les spaghettis m’étaient un peu restés sur l’estomac. Je les avais dévorés avec avidité, comme pour combler le vide qui allait bientôt m’aspirer. Mais la digestion était compliquée. Ça sentait bon le fromage et la sauce tomate dans cette jolie trattoria, je m’étais évadée le temps de ce repas en tête à tête. La réalité était sur le point de me rattraper, et mon ventre me le rappelait douloureusement.
J’avais failli me défiler, je l’avoue. Quand Baptiste avait capté mon angoisse, et m’avait proposé de tout annuler, pendant quelques secondes, je m’étais dit que j’allais accepter. J’étais persuadée qu’il me comprendrait, qu’il n’avait pas dit ça par hasard. Alors peut-être que je ne le décevrais pas. Si je demandais juste un peu plus de temps, sans refuser l’idée pour toujours. L’amour faisait des miracles, mais là c’était trop tôt, trop fort.
Et pourtant, je n’avais pas reculé. Dans ma tête, j’avais entendu la voix de Noah qui me disait « vas y, pour moi ». Je savais à quel point mon attitude l’aurait fâché, mais comme il n’était plus là, je m’étais permise d’agir comme je l’entendais. Je n’avais vu que ma détresse et cette colère sourde qui m’avait rendue folle.
Quand j’étais arrivée devant la porte de la chambre, j’avais longtemps regardé Baptiste, pour me donner le courage de faire le dernier pas. Il m’avait embrassée doucement, et j’avais senti une force me soulever du sol. Il allait m’attendre dans le couloir. Les présentations officielles seraient pour une autre fois. Il ne voulait pas interférer dans cette discussion.
Après une longue expiration, j’avais frappé deux petits coups sur la porte blanche. C’était ma mère qui avait répondu « entrez ! ». Un dernier coup d’œil à l’homme que j’aimais, et j’appuyai sur la poignée. Le battant s’ouvrit et j’avançai dans la pièce inondée de soleil.
Je n’oublierai jamais la joie mêlée de surprise que j’aperçus dans les yeux de Maman, ni le petit cri étouffé de Papa. Elle ne s’était pas levée de sa chaise, ne sachant probablement pas si j’étais prête pour une réconciliation en bonne et due forme. Mais tout son corps était tendu vers moi. Et mon père, allongé dans ce lit, plus vulnérable que je ne l’avais jamais vu, avait porté la main à sa bouche.
- Salut vous deux… Alors, comme ça, on se fait dorloter par les infirmières par ici ?
Ils ne répondirent rien à ma tentative de blague. J’avais réfléchi longtemps aux premiers mots que je leur dirais, et comme je n’avais rien trouvé d’intelligent, j’avais choisi l’humour pour désamorcer la situation. Après un long silence, ils reprirent quelques couleurs.
- Clara, ça me fait tellement plaisir que tu sois là, ma petite fille…
Ce surnom qu’il me donnait depuis mon enfance me perça le cœur et je m’avançai vers sa main posée sur le drap aseptisé.
- Comment ça va Papa ?
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Elisha Lowann / Myrtille Lalau
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Lorelei Martin
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Lovecats67
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