Fyctia
Sans Titre
« Au terme d'une ère de paix luxuriante, le royaume de Lassair sombra aux mains du grand usurpateur.
Bâtard de Ad'Rhen, le Roi Fae de Veil, Ad'harc Torry brisa le traité qui régnait depuis des siècles, entre les peuples humains et fae. Trêve que son père, Ad'Rhen avait mise en place, après des années de bataille vaine.
Il ordonna la mort de la famille royale, et les héritiers des Sopretis furent assassinés, écorchés vifs par les fidèles partisans du Batard, leur corps démembré et jeté du haut de la grande citadelle.
N'y échappa que Morena Sopretis, dernière fille de Baylor Sopretis.
Sauvée de son funeste destin par une courageuse servante, la jeune reine mit des années avant de réapparaître, à des kilomètres de ce qui fut son droit de naissance, sur les berges de Pyke.
Autrefois champ de ruine après le passage de l'armée de Ad'Harc, les terres sauvages lui ont offert un refuge loin des yeux indiscrets.
La dernière Sopretis passa des années cachées dans les ruines du château, à préparer sa revanche. Seule et abandonnée, elle a fait de l'île son royaume d'adoption, un cadeau inestimable pour une reine sans couronne.
Il lui fallut beaucoup de courage ainsi que de persuasion pour convaincre les réfugiés de la Grande Guerre, qui vinrent lui demander refuge, de se battre pour Lassair !
Sa quête lui prit des années, mais elle parvint malgré tout a ressemblé des troupes assez conséquentes pour tenter le tout pour le tout ; son armée personnelle, capable de tenir tête au Fae, et à ses bêtes.
Malheureusement, à l'heure où j'écris ce journal, la bataille dure encore. Morena est depuis longtemps morte et enterrée, Lassair est toujours occupé par l'usurpateur.
Mais la guerre continua. Les combats se succédèrent, sous le joug du dernier Sopretis Callan Sopretis.
L'héritier légitime de Lassair et roi de Pyke se lança sur les pas de sa mère. Certains prétendirent même qu'il serait celui capable de libérer le peuple des mains ensanglantées du régicide. Même si pour cela il devait y laisser la vie ! Mais... »
— Et pourtant, me voilà, cinq générations plus tard, forcée à mettre fin à une guerre je n'ai même pas commencé... je chuchote.
Le son de ma voix résonne contre les maigres planches de bois de la cale du bateau, un poil plus fort que je l'aurai aimé et je me fige, les dents plantées dans la lèvre.
Bravo, Sarai ! Fais encore plus de bruit, pendant que tu y es.
Je retiens mon souffle une seconde, puis deux, m'attendant à voir Mère surgir de l'ombre.
Heureusement pour moi, aucun bruit ne vient troubler le silence de la cale, seuls les ronflements gravent des matelots. Par précaution, je continue de guetter du coin de l'œil la porte entre-ouverte de ma chambrette, en me recognant contre le dossier de ma chaise.
Le livre de Mère pèse dans ma paume et sa couverture brûlée s'effrite entre mes doigts à chaque mouvement. Je suis certaine que si elle me voyait le tenir, j'en prendrais pour mon grade.
Pourtant, je n'ai pas pu m'empêcher de lui voler, le matin même, alors qu'elle retournait sur le pont pour s'entretenir avec Mouse, le chef des Voryan.
Sa reliure en or a attiré mon regard à la minute où elle l'a enfoncée dans sa malle en quittant Pyke, sans que je comprenne pourquoi. À présent, je le sais.
Ce livre est un rescapé, l'un des derniers vestiges de mes ancêtres. La vérité.
Doucement, pour ne pas l'abîmer, je passe à la page suivante. Mon cœur à un sursaut dans ma poitrine en en lisant les premiers mots :
« Personne ne sait pourquoi le grand usurpateur, connu sous le nom Ad'harc Torry, prétend avoir des droits sur Lassair. Ni même comment un bâtard a réussi à soulever une armée capable de venir à bout des troupes du roi Baylor... »
Un mélange de haine et d'appréhension me tord le ventre.
Ad'Harc Torry. Mon futur époux, voleur de mon héritage et régicide.
« Ni comment il a pu s'asseoir sur le trône ni en garder le pouvoir aussi longtemps. Torry a réduit la famille des Sopretits en cendre, dans le seul but de s'approprier leur royaume. Et le carnage qui suivit laissa une montagne de morts dans son sillage... »
Ça, je le sais.
Mère me le répète depuis ma tendre enfance : Ad'Harc est un monstre, un menteur, un voleur et surtout un meurtrier. Il s'est emparé de nos terres, a brisé ma famille et morcelé notre héritage.
Il me traitera à la manière d'une traînée et non comme son épouse, jouera avec moi comme si j'étais son jouet le plus précieux, jusqu'à ce qu'il ne se lasse et me réduise en morceaux.
Et je devrais le laisser faire, baisser la tête, serrer les dents, endurer. Telle une bonne épouse se doit de le faire.
Parce que rien ne compte plus que ma réussite, je ne suis née que pour mettre un terme à son règne.
Pour mettre un terme à sa vie.
Une main glacée me comprime les tripes quand ma curiosité me pousse à continuer : « Faites attention, mortels, car sa bestialité n'égale que sa cruauté. »
Ma gorge se serre. La peur que j'ai réussi à étouffer toute la journée remonte à la surface, mais je tourne la page, le souffle court.
Je ne comprends pas pourquoi mère a caché ce roman si jalousement. Ni comment j'ai pu mettre autant de temps pour trouver le courage de mettre la main dessus.
L'appréhension, sans doute. Les colères de Mère doivent bien concurrencer la bestialité de l'usurpateur, quand elle le voulait.
Surtout quand il s'agit de sa fille chérie.
Le monstre qu'elle a enfanté par profit.
Sous la lueur de la chandelle, je continue de parcourir les pages oubliées quand mes yeux s'écarquillent, sous le coup de la surprise. Syt’ !
Je prends une grande inspiration, le regard fixé sur le dessin esquissé sur la feuille jaunie par le temps. La boule dans ma gorge double de volume.
Sous les coups de crayon d'un artiste inconnu, l'usurpateur semble avoir pris vie, s'animant sur le bout de papier froissé.
Son immense épée poissée de sang pointée devant lui, Ad'Harc donne l'impression de tenir en respect le lecteur, les crocs sortis. De l'hémoglobine lui coule sur les joues.
Il est couvert de terre, de boyaux et d'autres taches que je n'identifie pas, pourtant, il garde la tête haute, comme le roi qu'il n'est pas.
J'approche le livre à la reliure d'or de la chandelle, pour avoir un meilleur aperçu sur les traits de mon futur époux.
La flamme fait danser des ombres menaçantes sur son visage aux traits anguleux. Par onyx ! Il semble monstrueux... et létal.
La montagne de corps démembrés à ses pieds hurle que l'usurpateur n'est pas un vulgaire bâtard ordinaire. C'est un monstre.
Un monstre qui m'aura sous sa coupe, et dans son lit. Mon cœur s'emballe face à la peur qui se déverse dans mes veines.
De l'index je retrace ses traits griffonnés.
Mon ongle racle ses oreilles tirées en pointe, passe aux crocs immondes qu'il exhibe fièrement, frôle ses iris aussi noires que de l'encre. Je m'imprègne de sa férocité. Peut-être est-ce pour ça que mère ne m'a jamais laissé regarder ce maudit bouquin.
Un coup d'œil à son visage et mon courage aurait fui à toute jambe.
26 commentaires
Fati-titi
-
Il y a 3 ans
CammieH-L
-
Il y a 3 ans
Yamaha_.ftr
-
Il y a 3 ans
Sarah Choubane
-
Il y a 3 ans
Sarah Choubane
-
Il y a 3 ans
Nicolas Bonin
-
Il y a 3 ans
romycole_
-
Il y a 3 ans
Nicolas Bonin
-
Il y a 3 ans
Ma0rie
-
Il y a 3 ans
romycole_
-
Il y a 3 ans