Fyctia
Miranda
On va jouer ? Je commence à le cerner et ce n’est certainement pas une partie de Monopoly qu’il a en tête. Dans la petite salle de sport de l’hôtel où nous sommes seuls, je m’arrête devant l’horrible vérité, il va tenter quelque chose ! Il prend fermement mon poignet et tire pour me faire avancer. Il tire comme s’il traînait un vulgaire sac de frappe.
-Lâche-moi, tu me fais mal !
-Tu n’as qu’à me suivre.
-Qu’est-ce que tu vas me faire ? je demande, tétanisée
-Mais bordel, rien ! On t’a sorti quoi pour que tu sois si mal avec moi ?
Si mal ? Mais c’est toi qui a commencé les hostilités ! Je me libère et masse mon poignet, rouge à cause de la force qu’il y a mis. Il va finir par me briser un os, si ce n’est pas plus. Il s’assied sur le banc d’une machine et se frotte le visage. Sa main me désigne une chaise que je traîne face à lui.
J’ai l’impression de passer un de ces contrôles psychologiques à la con que Cassidy me faisait faire après la mort de Ricky. Je m’attends même à ce que Connor sorte un livre avec le test de Rorschach et ses foutues tâches d’encre abstraites.
Mais non, il se détend et me fixe comme si j’avais la réponse à la vie écrite sur le front.
Et dieu sait que j’aimerais la connaître, la réponse.
-Je veux juste qu’on discute. Sauf si tu as envie de faire autre chose... insinue-t-il
-Ce n’est pas comme si on avait souvent des discussions...
-La faute à qui ? pique Connor
-Pourquoi ma faute ? C’est toi qui a commencé ! À peine suis-je arrivée que tu as enchaîné les mesquineries à mon égard ! je me libère
-Putain ! T’as attendu deux semaines pour le sortir ? Il t’en a fallu du temps, Casper !
J’arque un sourcil, il fait exprès de me pousser à bout ? Il sourit, fier d’avoir eu une réaction de ma part. Alors c’est ça son petit jeu ? Me pousser à bout pour me faire réagir ? Longuement, je soupire et triture mes mains tremblantes. J’attends la suite, il ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Il va me briser, mentalement et physiquement. La tension de la pièce est palpable et j’ai la nette impression qu’il s’en amuse, en jonglant avec mes émotions.
Et tout ça avec une grande habilité.
-J’avoue, je suis pas le mec le plus agréable.
-Tu le reconnais, c’est appréciable.
-Mais tu ne m’as pas trop laissé le choix, Miranda. Ton comportement est tout ce que je déteste. Et quand je déteste, je détruis.
-Ce n’est pas de ma faute... C’est violent de savoir que tu as l’intention de me détruire !
-Fait un effort alors.
Un effort ? Encore et toujours des efforts. À quoi joue-t-il au juste, au psychiatre ? Au gentil boxeur qui prend soin de son staff ? La bonne blague.
« Soit proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis », voilà notre credo. Je sens mon taux d’appréhension monter en flèche.
Il prend son pied à jouer avec moi. Tel un prédateur torturant sa proie affaiblie avant de la dévorer.
Derrière son sourire, c’est un pro en manipulation, un hypnotiseur aguerri et un charmeur avéré.
Sa menace se dissimule derrière un sourire enjôleur et ses projets diaboliques derrière deux vitraux ambrés. Il a pleinement conscience de son emprise sur les autres, il s’en délecte et assouvit sa soif de puissance.
-À quoi tu penses, Miranda ?
-Au bel enfoiré que tu es...
-Mais c’est que tu montres les dents ! Dis-moi, tu trouves pas qu’il fait chaud ?
Dans un geste désinvolte et inapproprié, il retire son t-shirt, dévoilant sa musculature digne d’une sculpture grecque. Maintenant je sens la température grimper, je m’embrase.
Il tire sur la chaise pour me mettre pile en face, ses mains sur mes cuisses. Il cherche, il joue avec le feu et ne semble jamais se brûler. Que c’est frustrant ! Pendant que moi je me consume, il jubile intérieurement. C’est un pro dans l’art du retournement de situation et dans l’exploitation des attributs.
Connor est perfide, c’est un serpent qui s’enroule autour de ton cou et t’étrangle avec toute la passion de l’univers.
-Tu te décides à le faire cet effort ? il pince ma cuisse
-Pourquoi ça ne marcherait que dans un sens ? je réplique
-Parce que c’est moi qui t’ai engagé, c’est moi qui décide si tu dégages ou non. Et il vaut mieux pour toi que tout se passe pour le mieux, sinon tu pourrais trouver ces six prochains mois longs, très longs, menace-t-il d’un air de défi
Mais quelle enflure ! Toujours une menace pour me faire plier ! Cet homme est détestable, c’est un poison pour l’humanité. J’aurais dû écouter Stéphanie et rebrousser chemin.
Il s’étire et s’allonge sur le banc de développé-couché attendant quelque chose ou quelqu’un.
Hector et les autres arrivent et je me redresse vivement.
-Je suis désolé, Mira.
-Ne lui parle pas. Voilà ta punition pour être con ! dévoile Connor tout sourire
-T’es vraiment un enfoiré !
Connor rigole devant les protestations d’Austin et lui fait signe de se placer derrière la machine pour superviser la barre. Madoka pose sa main sur mon épaule, son sourire compatissant me réchauffe et m’apaise après le tourbillon d’émotions que j’ai ressenti. Tout ça par sa faute. Comment une seule personne peut faire ressentir autant de choses en l’espace d’un instant ?Cette espèce de brute épaisse tatouée soulève sa barre en soufflant. J’ai une soudaine envie de l’étrangler avec !
C’est un démon sur Terre, un envoyé des Enfers pour semer le chaos, la désolation et ma perte.
Pendant toute la durée de son entraînement il m’a lancé des regards espiègles et des demandes de défis.
Il m’exaspère !
-Je crois qu’il t’aime bien ! chuchote Madoka
-On ne doit pas avoir la même définition du mot aimer !
-Tu serais déjà licenciée avec un article te démontant dans le journal s’il ne te considérait pas un minimum. Il l’a déjà fait pour son premier kiné. Et puis, il a pris ta défense ! Je te le dis, il t’aime bien.
-Je suis son jouet grandeur nature !
-Il s’amuse avec toi pour que tu réagisses, d’un côté il n’a pas tord !
Mon alliée vient de passer du côté obscur. Est-ce qu’un jour on arrêtera de m’abandonner pour le camp adverse ou pour l’au-delà ? Je m’éclipse pour préparer mes huiles, c’est surtout un prétexte pour m’éloigner de lui. Je n’oublie pas son côté bestial du casino et si je peux éviter d’être dans les parages, je suis preneuse. Ça va me hanter un bon moment encore, cette histoire. Dans la petite pièce de massage je suis surprise de voir mes affaires déplacées. La porte s’ouvre et je crois reconnaître Austin, il tombe à pic !
-Austin ? Tu peux attraper le sac en haut ? Je...Je suis trop petite...
-C’est pas Austin chérie !
Je pousse un petit cri et recule devant sa face de démon narquois.Mon cœur bat à mille à l’heure. Il s’avance le regard plein de malice et agrippe mes poignets. Son toucher me brûle et me marque au fer rouge. Ma poitrine se gonfle et j’ai du mal à expirer. Je me sens subitement comme en apnée, il me prive de mon oxygène. Et de mes facultés à réfléchir. Ses deux iris rieuses plantées dans les miennes tétanisées. La pièce est sous tension, tout comme mon corps qui se réveille.
17 commentaires
AisuYumiya
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Il y a 7 ans
FeizaBabouche
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Il y a 7 ans
Fyctia
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Il y a 7 ans
AisuYumiya
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Il y a 7 ans
Fyctia
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Il y a 7 ans
Morganou
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Il y a 7 ans
AisuYumiya
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Il y a 7 ans
Caro Handon
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Caro Handon
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Morganou
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Il y a 7 ans