Fyctia
Chapitre 16
Hagstone : pierre percée naturellement par l’eau dont elle a conservé la magie. Elle protège des mauvais esprits et ouvre une fenêtre vers les mondes invisibles à ceux qui sauront voir. On la nomme aussi pierre de sorcière.
Rébecca fouilla l’antre à la recherche d’une issue. Elle se concentra et tenta de maitriser son esprit. Si tout n’était qu’illusion, elle pourrait revenir à la réalité. En vain : elle n’avait pas bougé d’un pouce. Elle sentit alors une fourrure chaude lui frôler le mollet.
— Ne pleure pas. Je vais t’aider. Prends la pierre qui se trouve dans le petit coffre là-bas. Elle semble bien commune mais elle est magique. Quand tu voudras quelque chose, serre-la contre ton cœur et tu auras la réponse.
Le chat disparut en un miaulement satisfait.
Rebecca découvrit une pierre grise percée en son centre à travers laquelle on pouvait introduire le petit doigt. Elle la porta contre sa poitrine et dit :
— Comment vais-je pouvoir m’échapper ?
Alors une porte dérobée s’ouvrit. Rébecca se retrouva bien vite dans une prairie verdoyante et marcha en direction d' un lac. Malheureusement, elle ne pouvait le contourner tant il était grand et ses eaux froides et profondes. Le temps devint pressant car au loin galopait le cheval gris : il menaçait de la tuer si elle ne revenait pas à la maison. Elle reconnut immédiatement cette voix : ce n’était plus le cheval mais son père. Elle serra la pierre contre elle et demanda :
— Comment vais-je faire pour traverser le lac ?
Aussitôt, elle entendit un craquement sourd : une couche épaisse de glace était en train de se répandre sur une partie du lac. Elle descendit vers la berge et fit quelques pas. La glace était solide. Elle avança d’abord prudemment puis courut de l’autre côté. La glace fondait sur son passage laissant le monstre derrière elle dans une colère noire.
Elle courrait et s’enfonçait dans la forêt. La nuit venait de tomber. Elle entendit une fanfare, des cors, des chiens aboyer. Une lumière jaillit du sol, éclairant comme en plein jour la frondaison des arbres. Une étrange partie de chasse semblait se préparer. Bientôt elle fut entrainée par un tourbillon infernal. Elle était au milieu d’hommes, de chevaux, de limiers qui galopaient vers l’horizon. Elle voyageait parmi cet étrange cortège qui semblait flotter au-dessus du sol. Les cors résonnaient et les chiens excités leur donnaient le change dans des aboiements effrénés. La tête lui tournait, elle se sentit défaillir. Au loin, ou peut être au fond d’elle-même, elle entendit une voix familière l’appeler. Son prénom était scandé de manière incessante retentissant telle une litanie. La folle cavalcade commençait à faiblir, les lueurs du jour faisaient fuir le cortège. Les chevaux, les hommes, les chiens disparurent les uns après les autres laissant Rébecca abasourdie d’avoir été si ballottée.
Lorsqu’elle reprit son souffle, elle regarda son corps avec étonnement : elle avait grandi, sa poitrine s’était arrondie. Elle n’était plus la jeune fille prise au piège d'un corps sec et sans formes. C’était comme si cette nuit avait duré plusieurs années et l’avait libérée. Elle entendit encore scander son prénom et derrière des arbres, une lueur laissa apparaitre une silhouette. Elle dut plisser les yeux mais reconnu Allan. Il lui tendait les bras et l’invitait à la rejoindre.
Elle entendit soudain la voix de son père : il courait vers elle, la gorge en sang. Elle se précipita vers Allan lui tendant une main comme pour raccourcir la distance qui les séparait mais elle sentit des doigts lui saisir les cheveux l’obligeant à stopper sa course. Le monstrueux pasteur déclara d’une voix solennelle :
- Tu es maudite comme moi et condamnée à rester ici où je te pourchasserai sans relâche.
Un chant lointain et étrange dans une langue inconnue s’éleva comme une prière rythmée par des percussions sourdes et lancinantes. D’abord un murmure, puis une voix profonde s’imposa. Elle devint insistante et son rythme augmentait à mesure que le son d’un tambour s’accentuait. Paralysé, le pasteur se mit à trembler, secoué par cette déroutante rengaine. Il lâcha sa fille qui en profita pour s’enfuir vers le halo lumineux. Allan décocha une flèche qui vint s’enfoncer dans le cœur du monstre. Lorsqu’il tomba à terre son corps explosa en milliers de grains de poussière qui se dispersèrent aux quatre vents. L’ouverture lumineuse se refermait lentement. Le jeune homme saisit la main de Rébecca et l'attira vers lui. Il faisait nuit. Elle était allongée près d’un feu qui crépitait. Sa tête reposait sur les genoux d’Allan qui lui tenait les mains. Le chant s’était tu. Autour d’elle, des hommes au regard grave et à la peau de miel la regardaient. Ils avaient les cheveux longs et noirs comme l’ébène. Celui qui paraissait le plus âgé portait une immense coiffe de plumes rehaussée de cornes de bison. Il se pencha vers Allan et murmura à son oreille. Le jeune homme s’empressa de traduire :
—Tu es la bienvenue, Wakanda. L’esprit de ton père a été vaincu et tu as réussi à t’échapper de son emprise maléfique.
—Wa..Wakanda ? s’interrogea Rébecca à haute voix.
—C’est le nom que le shaman t’a donné. Tu viens de renaitre, plus forte et grandie. Il signifie « celle qui a des pouvoirs magiques au fond d’elle ». Il dit que tu es une sorcière capable de parler avec les esprits, d'avoir des visions et de guérir.
Ils avaient enfin trouvé les Dakotas. Elle poussa un profond soupir pour emplir ses poumons de l’air chaud de l’été. Dans sa main droite elle tenait la pierre percée. Elle n’avait donc pas rêvé. Elle la serra très fort pour ressentir sa magie et fixa Allan avec insistance.
Décontenancé par ce regard incisif il chuchota :
—Je suis soulagé de t’entendre à nouveau. Tu as traversé une épreuve déroutante et je t’avoue que je n’en sors pas indemne non plus. J’ai vu des choses que je n’oublierai pas de sitôt.
Rébecca le dévisagea à nouveau, fière et silencieuse. Où était passée la petite fille de Great Lake City ? Les traits de son visage s’étaient affirmés, son regard était différent. Il n’avait plus devant lui une enfant frêle et malingre, quoique rebelle et décidée, mais une jeune fille prête à explorer le monde et à assouvir sa soif de découvertes. Ses longs cheveux auburn ondulaient sauvagement jusqu’à sa taille. Son visage fin et laiteux laissait apparaitre de fines taches de rousseur. Ses yeux en amande étaient magnifiquement verts. Un vert intense empreint de fougue et de magie. Comment n’avait-il pu ne pas le remarquer auparavant ? Sous sa chemise blanche, se dessinaient de jolies courbes qui ressortaient en ombres chinoises grâce à la lueur des flammes qui crépitaient encore. Une attirance soudaine vint s’immiscer dans ses pensées qu’il rejeta tout de go au vu de son jeune âge.
—Qui es-tu Rébecca ? Que caches-tu au fond de toi ? pensa-t-il.
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Serena Salvatore
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Sonja Kourakine
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