Sonja Kourakine Sous le soleil de la lune Chapitre 13

Chapitre 13

Aigue-marine : son nom évoque sa couleur qui signifie « eau de mer ». Elle est utilisée pour ses propriétés d’apaisement. Elle facilite la communication et favorise une écoute attentive et accentue les capacités auditives de médiumnité.


Aux premières lueurs de l’aube, Allan se réveilla sous un ciel rougi par la chaleur. Il s’étira et passa sa main sur sa barbe naissante qui commençait à le démanger. Il leur faudrait encore plusieurs jours à cheval avant de rejoindre les plaines où ils retrouveraient les Dakotas. Il les pensait partis s’installer légèrement plus au sud, là où les affluents du Missouri serpentaient le plus.

Après une rapide collation , il prépara l’étalon, se mit en selle et installa Rébecca devant lui. Le jeune homme talonna l’animal et ils partirent à travers les grandes prairies où ils croisèrent des bisons. Leurs robes brunes ressortaient des hautes herbes jaunes. Ils trottèrent ainsi plusieurs heures jusqu’à une large rivière où s’érigeait un amoncellement de rochers lisses et arrondis. Il repensa à une vieille gravure accrochée aux murs du bureau de son grand-père. Il s’agissait de l’île de Skye où on y voyait quelques phoques gris se prélasser. Les rochers lui rappelaient la forme de ces animaux marins. Attendri, il sourit et tandis qu’ils firent une courte halte pour se désaltérer, il lui revint en mémoire une légende.


— Regarde Rébecca, on dirait des phoques ! Ces rocs sont longs, arrondis et gris comme eux. Mon grand-père un jour me raconta une bien belle histoire.


Il commença son récit tandis qu’ils repartaient au pas.


— Il y a bien longtemps, un jeune et fougueux pécheur partit sur son bateau pour une pèche lointaine. Son embarcation était suivie par celles des autres pécheurs du village. Ils étaient tous en joie et on pouvait les entendre chanter en chœur chacun sur sa barque, le vent léger accompagnant leur liesse. A peine les côtes eurent-elles disparues que le vent changea de sens, s’amplifia et qu’une épaisse brume s’empara d’eux. Bientôt le jeune pécheur se retrouva seul dans un silence absolu. Il voguait là où les vagues, le vent et la fortune voulaient bien l’emporter. Noyé d’ombres et de brouillard, il voyageait à travers les nuages. La nuit venait de tomber. Il se pensait perdu à jamais, l’angoisse saisit ses entrailles.

Soudain, une côte aux falaises abruptes apparut. D’abord découragé par cette nature hostile où les vagues venaient se briser comme du cristal, il reprit confiance lorsqu’il vit une petite berge assez large pour lui permettre d’accoster. A peine avait-il posé le pied sur la terre ferme qu’il entendit des rires et des chants. Rassuré de ne pas être seul, il s’approcha des rumeurs qui s’élevaient dans la nuit. Devant lui s’étalaient d’étranges taches brunes. Il y en avait tant ! Il s’approcha de l’une d’elle et découvrit avec stupeur des peaux de phoques. Le jeune pécheur continua sa route et bientôt devant ses yeux ébahis des dizaines de femmes dansaient nues en cercle autour d’un immense rocher percé.


C’était la pleine lune et on racontait qu’en cette occasion, les phoques ôtaient leur peau pour reprendre forme humaine. Notre pécheur empli d’excitation décida de voler l’une d’elles. Il choisit celle qui était si ambrée qu’on eut dit qu’elle était blonde. Il observa leurs étranges rituels et leurs incantations jusqu’à l’aube, moment où les femmes s’arrêtèrent et se précipitèrent sur leur peau. Dès qu’elles l’avaient enfilée, elles redevenaient ces beaux mammifères marins partis rejoindre les mers.

Des pleurs retentirent : il découvrit une belle jeune femme à la chevelure blond-ambré. Il s’approcha pour la consoler : celle-ci, résignée accepta la présence du pêcheur. Il la prit par la main et la guida jusqu’à l’embarcation. Il la ramena chez lui. Les autres pécheurs l’attendaient inquiets. Quel soulagement de le revoir sain et sauf et en si charmante compagnie !


Le pêcheur épousa la belle jeune femme. Ils vécurent quelques années dans le bonheur le plus parfait. Chaque nuit de pleine lune, elle partait de sa chaumière pour se rendre en haut de la falaise et regarder la mer. Elle rentrait à l’aube, les larmes aux yeux. Elle donna bientôt naissance à un beau bébé. Il était le plus heureux des hommes. Par précaution, il avait caché la peau dans le grenier sous de lourds filets de pêche là où personne n’aurait l’idée de fouiller.


Un soir qu’il rentrait chez lui, il trouva le bébé en pleurs, son épouse absente. Il grimpa inquiet à l’étage où hélas, la peau avait disparu. Il courut de toutes ses forces vers le rivage : sa femme s’apprêtait à enfiler sa peau. Il la pria en criant de ne pas abandonner leur enfant qui avait besoin d’elle mais elle avait déjà plongé dans les eaux froides. Il ne la revit jamais. Son rêve était terminé.

Cette fiancée de la mer est tristement poétique et mélancolique. Tu ne trouves pas ?


Le regard d’Allan s’assombrit.


— Mais on ne peut pas emprisonner l’amour et forcer l’autre à nous aimer. Ce n’est pas ton avis ? Le pêcheur est puni pour son acte mais elle lui a donné un fils en échange de sa liberté finalement.

Je ne désespère pas que tu retrouves l’usage de la parole.

Raccroche-toi à ces légendes et voyage grâce à elles jusqu’à moi. Je te tendrai la main, sois en certaine.


Tu as aimé ce chapitre ?

13 commentaires

Serena Salvatore

-

Il y a 5 ans

Magnifique ! Je suis en train de poursuivre ma lecture petit à petit. Et ce chapitre est d’une beauté ! D’une profondeur, d’une leçon, ça me rappelle presque les fables de la fontaine ! C’st une belle légende, j’ignore si elle est vrai mais bravo !

Najou

-

Il y a 5 ans

Mon préféré pour le moment

Sonja Kourakine

-

Il y a 5 ans

Merci !

Sand Canavaggia

-

Il y a 5 ans

Profond beau, raisonnement si juste d'Allan ...encore une belle page...Rébecca saura lui en parler...

Sonja Kourakine

-

Il y a 5 ans

Merci beaucoup !

Clara Fernandes

-

Il y a 5 ans

Félicitations 👏🎉 hate de lire la suite🙌

Sonja Kourakine

-

Il y a 5 ans

Merci !!!

SamanthaMorgan1711

-

Il y a 5 ans

Je termine ma journée avec ton chapitre qui me fait voyager. Merci pour ton histoire.

Sonja Kourakine

-

Il y a 5 ans

merci à toi pour ta visite

Mom's

-

Il y a 5 ans

Franchement dés que j'allume mon ordinateur je vais voir si la suite est publiée, je suis fan ! Depuis ton premier chapitre j'adore ton style d'écriture, la façon dont tu utilises les mots, c'est génial ! J'ai hâte de découvrir la suite, surtout de savoir si elle se réveille ...
Vous êtes hors connexion. Certaines actions sont désactivées.

Cookies

Nous utilisons des cookies d’origine et des cookies tiers. Ces cookies sont destinés à vous offrir une navigation optimisée sur ce site web et de nous donner un aperçu de son utilisation, en vue de l’amélioration des services que nous offrons. En poursuivant votre navigation, nous considérons que vous acceptez l’usage des cookies.