Fyctia
Ce putain de stage aura ma peau !
Mi-septembre 2016
Les premiers placages d'accord à la guitare débutent en même temps que le rythme déjà endiablé de la batterie. Puis bien vite la voix ô combien grisante de Dorothy se mêle aux instruments et mes pieds se mettent malgré moi à marteler le sol pou suivre la cadence. Une décharge électrique traverse tout mon corps, exaltante, elle me fait frissonner. C'est ce que je préfère avec la musique, son pouvoir ensorcelant. C'est un doux démon et un cruel délice. C'est quelque chose qui vous torture mais dont vous ne pouvez malgré tout vous passer. Vous en redemandez, encore et encore. Une drogue ? Peut-être bien, et même si on aurait tendance à dire qu'elle est moins dangereuse que la prise de substances, je ne suis pas certaine que ce soit le cas pour tout le monde. Telle une démone, elle peut nous amener à faire des choses que l'on ne se serait jamais autorisées en temps normal. La musique est libératrice et synonyme de folie.
Mes yeux quittent enfin l'écran de mon ordinateur s'approchant jour après jour de son dernier instant. Je donne un coup de doigts dans ma frange courte indomptable et un soupir démoralisé m'échappe. Il est totalement inutile que j'aille voir à quoi je ressemble dans le minuscule miroir de ma salle de bain. De un car il est fissuré et me déformerait sûrement le visage et de deux, parce que je sais déjà que je donne l'impression d'avoir passé la tête par la vitre d'une voiture roulant à grande vitesse. Vous savez comme les chiens ou éventuellement les mioches : la langue pendante, les yeux clos. Vu ma couleur blonde les gens me compareraient probablement à un épouvantail ou une hippie complètement droguée. Peter et Colleen eux, diront simplement que je ressemble à moi-même. C'est pour ça que je les aime, authentiques dans leurs paroles et dans leurs gestes, ils n'ont pas peur de montrer au monde entier leur véritable personnalité. J'ai vraiment de la chance d'avoir de si chouettes amis.
Un petit signal bien que faible, m'indique que je viens de recevoir un mail. L'espoir de recevoir une réponse positive quant à mes nombreuses postulations pour mon stage remonte et je repose mon regard sur l'épave en face de moi. Malheureusement, il ne s'agit que d'une fausse alerte.
— Eh merde, soufflé-je en voyant la publicité s'afficher.
C'est tout de même un comble que personne ne réponde à mes demandes. Merde quoi ! Je me suis impliquée pourtant. J'ai gaspillé tout mon temps libre à courir d'agence en agence pour déballer mon discours de l'étudiante exemplaire cherchant une entreprise de formation de fin d'études. À chaque fois, on me disait que j'aurais une réponse d'ici peu. Et je les attends toujours leurs putains d'acceptations ou refus de passation d'entretien moi !
Le problème, c'est que mon stage doit être validé pour que mon diplôme de MBA (Master of Business Administration) me revienne. Malgré le fait que le management soit un domaine vaste, cela ne m'aide pas à trouver une entreprise voulant bien d'une étudiante de dernière année. Alors que mes camarades de cours commencent déjà leur noviciat par alternance, voilà que je « glande » terme plutôt péjoratif qu'a employé monsieur Anderson (mon professeur d'accompagnement) concernant mon comportement vis à vis de l'UE qui validera en partie mon diplôme.
Ah décidément, tout le monde est contre moi ! Personne ne semble vouloir comprendre que le véritable problème ici, c'est la rémunération. Les patrons préfèrent les contrats de deux mois, bien sûr. Sauf que moi j'ai besoin de plus.
— Tous des gros connards, maugréé-je avant d'éteindre mon appareil.
Bien évidemment, ma musique se stoppe avec ce dernier. Après un énième soupir, je me lève de la chaise en bois de ma cuisine-séjour pour avancer vers la petite fenêtre à côté de mon canapé vert anis (cadeau de ma tante) et laisse mon regard vagabonder sur les passants que je peux plutôt bien observer d'ici. Le quartier d'Allston est majoritairement peuplé d'étudiants. Cette nuit, les rues étaient remplies de fêtards alors que ce matin, seuls quelques joggeurs osent affronter la pluie fine qui grise le paysage. C'est dingue comment une petite poignée d'heures peut changer le monde, même pour les choses les plus futiles. Cette assemblée de centaines de minutes qui apportent une modification catégorique, j'aimerais bien la connaître. Je pourrais alors peut-être voir la chance tourner en ma faveur.
Mais c'est bien connu, je ne suis pas née avec une cuillère d'argent dans la bouche et jamais personne de ma famille n'a gagné à un jeu de loterie ou quoi que ce soit. Nous, nous sommes plutôt du genre à attirer la malchance. On a beau dire qu'il faut garder espoir, je pense qu'il arrive un moment où l'on ne peut plus en trouver. Je fronce les sourcils. Encore cette noirceur. Tel un poison, elle m'enveloppe ces derniers temps. Discrète, elle gagne toujours un peu plus de terrain et menace machiavéliquement de me faire sombrer dans un puits sans fin. Un puits semblable à celui de mon père. Un endroit voisin de celui où se trouve désormais ma mère.
— Eh merde, soupiré-je.
Il est temps de mettre un terme à la fumée noire et de retrouver la grisaille de l'extérieur. Même s'il ne s'agit plus de lumière avec toutes les conneries des humains, c'est toujours préférable aux enfers qui m'appellent dans les moments les plus délicats.
4 commentaires
MaevaAndStories
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Il y a 7 ans
Chaos Ipa
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Il y a 7 ans
MaevaAndStories
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Il y a 7 ans
JowKTaylor
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Il y a 7 ans