Fyctia
Chapitre 4
Matthew
— Tu crois vraiment que devenir un pilier de bar va te permettre de retrouver cette fille ? me lance Stephen en trinquant avec moi.
— Pour ta gouverne, je ne me saoule pas dès que je viens dans un pub, et oui, j’ose espérer la croiser.
— Ça fait pratiquement deux semaines que tu viens tous les soirs, tu ne crois pas que si tu avais dû la revoir, ce serait déjà fait ?
— Je ne suis pas venu tous les soirs, dis-je d’un air renfrogné.
Il accueille ma réponse en haussant un sourcil, un sourire en coin.
— Oui, pardon, tu n’es pas venu mardi, parce que tu avais un diner d’affaire que tu n’as pas pu décaler !
Sur ce point, il a raison et j’accuse le coup. Obnubilé par notre brève rencontre, je suis effectivement venu quasiment tous les soirs ces deux dernières semaines, accompagné par l’un ou l’autre de mes amis. Ils se sont d’abord moqués de moi, mais maintenant ils commencent à ne pas comprendre mon entêtement à la retrouver.
— Si tu veux mon avis, elle n’est probablement pas du coin et même pas Française. La preuve personne ne la connait ici. Et puis, qu’est ce qu’elle a cette fille de particulier ? Tu l’as à peine croisé cinq minutes ! me lance-t-il d’un air blasé.
J’ai l’impression d’avoir eu cette conversation une bonne dizaine de fois, et c’est probablement le cas. Comment donner une explication rationnelle alors que je n’en ai pas moi-même. Ce pari m’a fait passer pour un salaud et je ne veux pas qu’elle garde cette image de moi. C’est vrai, je pourrais passer à autre chose, ne plus venir dans ce bar pour ne pas la croiser. Mais j’ai ce besoin inexplicable qu’elle comprenne que je ne suis pas comme ça.
Et ses yeux ? C’est déconcertant ! Ces deux semaines de travail pourtant chargées, n’ont pas réussi à me faire oublier son regard, cette lueur aperçue un court instant. J’ai besoin de comprendre.
— Ecoute, je sais, c’est totalement irrationnel ! Je ne sais même pas comment l’expliquer. Disons que c’est un peu comme lorsque tu pars en voyage, et que tu sais que tu as oublié quelque chose. Tu n’es pas serein tant que tu n’as pas découvert ce que c’est… J’ai l’impression que si je ne la retrouve pas, je vais passer à côté de quelque chose. J’ai besoin de la revoir… Son regard peut être, je ne sais pas, dis-je en secouant la tête de lassitude.
— Oui c’est ça, un regard ! me reprend-il en se moquant de moi. Et non un fantasme avec une working girl sexy… Et je suppose que le fait qu’elle t’ait embrassé n’influence pas tes recherches !
— Mais tu peux être un vrai enfoiré par moment. Je ne comprends pas comment tu peux avoir autant de succès avec les filles, dis-je en lui frappant l’épaule.
— Qu’est ce que tu veux. Je suis un dieu du sexe ! répond-il avec un sourire assuré et en trinquant de nouveau avec moi. Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, ça tiens en deux mots : laisse tomber ! Ça fait quoi, dix ou quinze ans qu’on se connait, tu es plutôt un mec réfléchi et en particulier avec les femmes. Tu vas te casser le nez. Je connais bien ce type de filles, elle s’est bien foutue de toi. Elle est de celles qui te laissent un faux numéro, et à la façon dont elle t’a embrassé je ne serais pas surpris qu’elle se tape un mec différent chaque soir.
Je lui lance un regard noir et me rends compte que je ne suis pas le seul, en regardant la serveuse qui vient de nous servir un deuxième verre.
Mon ami se lève et se dirige aux toilettes, sans se rendre compte du malaise qu’il laisse planer derrière lui, du doute qui s’insinue en moi.
Je reste pensif un long moment, quand je surprends une conversation agitée entre la serveuse et son patron. Je suis d’autant plus intrigué, lorsque je prends conscience des regards furtifs qu’ils jettent chacun leur tour dans ma direction. La serveuse doit avoir le dernier mot car elle se dirige vers moi, d’un pas décidé.
— Elle n’est pas comme votre ami vient de prétendre, m’annonce-t-elle sans préambule.
Je reste surpris en observant la serveuse et en jetant un regard au patron du bar qui, lui non plus ne me quitte pas des yeux, le front plissé et le regard sombre. À son air renfrogné, j’en déduis qu’il n’était pas d’accord pour que la jeune femme vienne me parler.
— Vous la connaissez ? Vous m’aviez pourtant dit…
— Je sais ce que je vous ai dit, m’interrompt-elle, mais on ne savait pas si vous étiez quelqu’un de sérieux ou un sale type.
Elle lance un regard méprisant à la place qu’occupait Stephen il y a quelques instants, ne laissant aucun doute quant à l’opinion qu’elle a de lui.
— Elle ne vous a pas menti, reprend-elle avec chaleur. Elle est bien française et elle vient régulièrement mais, elle a dû s’absenter.
— Comment s’appelle-t-elle ? Comment puis-je la revoir ?
Je la sens hésiter alors qu’elle tente un regard vers son patron, qui n’a pas bougé d’un iota, l’air toujours aussi peu enclin à cautionner cette conversation.
— S’il vous plait, comme vous le disiez je suis un type bien, je supplie pour attirer de nouveau son attention avec un sourire que j’espère convaincant.
Elle est déchirée entre sa loyauté envers son amie - car je suis sûr qu’il ne s’agit pas d’une simple cliente - et son envie de me croire et de me faire confiance.
— D’accord. Je vais vous aider mais à deux conditions.
— Tout ce que vous voulez !
— La première, me dit-elle en sortant son portable et en me prenant en photo. C’était sa condition pour que je vienne vous parler, m’explique-t-elle en me faisant un signe de tête en direction de son patron. Et Bob tient à ce que vous sachiez qu’il connaît votre nom, et qu’il saura vous retrouver s’il lui arrive quoi que ce soit, achève-t-elle en haussant les épaules en guise d’excuse.
Je me tourne vers Bob donc, et je le vois me fixer droit dans les yeux, arborant dorénavant un sourire qui se veut menaçant. Sans détourner le regard, je lui adresse un signe de tête pour lui signifier que j’ai bien saisi la teneur de son avertissement. A priori satisfait, il se saisit d’un torchon et entreprend de nettoyer un verre, tout en s’adressant à l’habitué qui s’est assis devant lui, sans plus se soucier de nous.
— Et la deuxième ?
— Je ne vous donnerai pas son nom. Elle vient de rentrer de voyage. Je vais la contacter, et lui dire que vous cherchez à la revoir. Elle décidera si elle le veut également. Si ce n’est pas le cas, je veux que vous respectiez son choix.
J’acquiesce sachant qu’il n’y a pas lieu de négocier et la remercie de son aide, soulagé de trouver une issue à cette quête que je croyais avortée dans l’œuf, quelques minutes auparavant. C’est à ce moment là que Stephen se décide à réapparaître, le portable collé à l’oreille. J’avais presque oublié qu’il était venu avec moi ce soir. Il ne s’aperçoit pas du regard mauvais que lui lance la serveuse en s’éclipsant.
— Désolé, me dit-il en raccrochant et en désignant son portable. J’ai dû prendre un appel.
Il jette un regard circulaire et me fait une tape sur l’épaule.
— Bon, ben, c’est pas pour ce soir mon gars !… Allez, on finit nos verres et on y va, hein ! Ce n’est pas la peine d’attendre des heures.
Il se saisit de son verre et le finit d’un trait. Je l’imite, tout à ma réflexion. Avant qu’il ne prenne sa veste, je le retiens par le bras et lui intime de m’attendre un instant. Je griffonne alors quelques mots sur un papier, et me dirige vers la jeune femme qui m’a proposé son aide. Je sors quelques billets et lui demande si elle peut faire livrer pour moi un bouquet de fleurs à son amie, avec le mot que je tiens dans la main.
Perplexe, elle s’en saisit et lit l’invitation à me retrouver demain soir, au même endroit.
— D’accord, Matthew, me dit-elle en lisant mon nom sur le papier. Je vais m’en occuper, mais ce n’est pas pour autant qu’elle viendra au rendez-vous. Vous le savez, n’est-ce pas ?
— Oui et je n’insisterai pas si elle ne souhaite pas me rencontrer, j’ai compris.
Elle regarde le mot en souriant et secoue la tête, se demandant probablement si c’est une bonne idée et si elle a raison de m’aider.
— Et pour les fleurs, une préférence ? finit-elle par me demander, résignée.
— Quelque chose de coloré mais simple, plutôt printanier, des tulipes peut-être ? dis-je avec hésitation, attendant son approbation.
Elle réfléchit, penche légèrement la tête sur le côté et finit par approuver mon choix.
Je la remercie chaleureusement et rejoins Stephen qui a fini par enfiler sa veste et régler la note. Je décide de ne rien lui révéler, trop incertain de ce qu’il va se passer demain. Lorsqu’il me questionne, je prétexte un marché passé avec la serveuse qui, moyennant quelques billets, s’est engagée à m’appeler si elle croisait ma belle inconnue. Cela lui semble plus raisonnable que de finir alcoolique à force de trainer ici tous les soirs. Après avoir échangé quelques mots devant le bar, nous rentrons chacun de notre côté, moi légèrement grisé par l’anticipation.
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iris monroe
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