Fyctia
4.2
-Honnêtement je ne comprends pas comment tu fais pour supporter tout ça.
Cette phrase m’irrite plus qu’elle ne le devrait. Il est censé me diagnostiquer, pas juger ma vie. J’ai déjà mon père pour ça.
-Tu n’aurais pas pu t’enfermer ici avec une amie ou un autre membre de ta famille ?
Son ton se veut neutre, mais la remarque me fait tiquer. Il le remarque, parce qu’il s’empresse d’ajouter :
-Je ne te juge pas, Janie. Je me dis seulement que, si j’étais à ta place, je n’aurais pas supporté d’être seul. L’errance médicale, c’est terrible à vivre.
Je saisis l’occasion pour détourner l’attention de moi.
-Tu en as vécu, toi ?
Je n’ai aucune envie de parler de ma famille avec lui. De lui dire que ma sœur est atteinte d’une maladie bien plus grave que la mienne, qu’elle pourrait en mourir. Que ma mère n’a pas donné signe de vie depuis qu’elle a divorcé de mon père, lors de mon adolescence. Que mes seuls amis sont mes employés. Il me dirait que c’est triste.
Comme si je ne le savais pas déjà. Comme si j’ignorais que mon père avait volontairement coupé chaque lien possible d’amitié pour que mon existence entière soit consacrée au travail. Et que je l’ai laissé faire.
Mais Jay n’insiste pas. Il répond simplement.
-Un peu, oui. Quand j’étais plus jeune. Mais j’ai surtout vu beaucoup de femmes en souffrir. Ce sont elles qui paient le plus souvent le prix des erreurs médicales, du jugement des médecins, de leur mépris.
Je lève les yeux au ciel, cachant à peine mon irritation
-Si tu essaies de me rallier à ta cause en critiquant tes collègues, c’est raté.
Son regard se durcit à cet instant. Je l’ai peut-être poussé à bout.
-Je ne critique pas juste pour critiquer. Être soignant, c’est voir défiler des centaines de patients, porter avec soi chaque échec, ressentir leur douleur. Ou en tout cas, c’est ce que devrait faire tout bon médecin.
Je penche la tête, soudain intéressée. Peut-être ne ment-il pas, finalement. Peut-être le pense-t-il vraiment.
Dans ce cas, il reste peut-être de l’espoir.
Jay perçoit mon intérêt et reprend, avec douceur :
-Il est prouvé que les femmes subissent beaucoup de sexisme dans le domaine médical. On ne les prend pas au sérieux, on minimise leurs symptômes, on leur reproche leur supposée fragilité. Et trop souvent, ça finit mal.
Un silence s’installe. Puis il plonge son regard émeraude dans le mien.
-Écoute-moi bien, Janie. Je ne te connais peut-être pas beaucoup, je ne suis peut-être qu’un infirmier comme les autres pour toi. Mais je vais tout faire pour t’aider. Parce que ton genre ne devrait pas te garantir de mauvais soins. Parce que ce n'est pas parce qu’on n’a encore rien trouvé que tu ne subis pas un enfer.
Quelque chose se fissure en moi.
Peut-être cette carapace que je me suis construite, sous les mots durs de mon père et les mots glaçants de certains spécialistes. Tout ce que j’ai accumulé ces dernières semaines, sans vraiment y faire attention, me revient en pleine face.
et
je
craque
Des larmes brûlantes coulent sur mes joues, rapidement suivies par des sanglots incontrôlables. Je ne sais même pas pourquoi je pleure, mais cette douleur, cette colère trop longtemps enfouies jaillissent enfin.
Je relâche la pression.
Et presque aussitôt, deux bras m’entourent.
Je ne devrais pas le laisser faire. Ce n’est pas professionnel, et pourtant, je ne peux pas m’en empêcher. Top longtemps, j’ai erré seule dans le noir, trop longtemps j’ai gardé uce masque, trop longtemps je me suis cachée.
Et même si ce Jay est inconnu, son étreinte me fait un bien immense.
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Lys.
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Il y a 21 heures
Alyrianna
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Il y a 3 jours
MelinaSANYA
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Il y a 5 jours
Philippine.S
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Il y a 6 jours
AyleEme
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Il y a 7 jours
Dystopia_Girl
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Lillye_books
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Dystopia_Girl
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Il y a 7 jours
Sunny NDV
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Il y a 7 jours