Fyctia
3.1.
Quelques semaines auparavant
J’ajuste nerveusement mon tailleur, époussette des grains de poussière imaginaires. Aujourd’hui est un jour crucial. Mon père m’a confié une mission d’importance : faire visiter les locaux du siège social à un investisseur potentiel. Il ne l’a pas dit ouvertement, mais je sais qu’il me tiendra responsable si cet homme décide de ne pas travailler avec nous. L’enjeu est de taille.
Heureusement, c’est une tâche que je maitrise depuis longtemps. Il n’aurait pas pu choisir meilleure personne que moi.
Un mince sourire étire mes lèvres alors que je me contemple une dernière fois dans le miroir. D’un geste rapide, je repousse une mèche rebelle de mes cheveux chatains, avant de sortir de la salle de bains.
Les couloirs immaculés du siège social m’agressent les yeux. J’ai toujours détesté la froideur clinique qui s’en dégage. Mais en arrivant devant le bureau de Sarah, la réceptionniste, une chaleur familière me réconforte. Avec le temps, elle est devenue bien plus qu’une collègue : une amie précieuse, une confidente, un rayon de soleil.
-M. Lévesque est arrivé. Il t’attend dans ton bureau, m’informe-t-elle avec un sourire complice.
Je la remercie d’un signe de tête avant d’entrer dans mon espace de travail. Comme le reste de l’établissement, les murs sont d’un blanc impersonnel, pensés pour mieux mettre en valeur les cadres exposant nos produits. Vous n’êtes pas à la maison, répète sans arrêt mon père lorsqu’il entend les plaintes à ce sujet. L’important, c’est d’attirer l’attention des investisseurs et des clients sur nos produits.
Autour de moi, des dizaines de photographies et de représentations de nos confiseries décorent les murs : barres chocolatées, sucettes, menthes, bonbons de toutes les sortes. Et depuis que Hershey a annoncé la fin de la production des célèbres Cherry Blossom, nos équipes travaillent sans relâche pour développer notre propre version de ce classique.
Assis sur l’une des chaises faisant face à mon bureau, un homme aux tempes grisonnantes attend patiemment. M. Lévesque, un investisseur potentiel.
-Bonjour M. Lévesque, le salué-je en lui tendant la main.
Il se lève aussitôt, un sourire poli aux lèvres.
-Mme Hoziel, quel bonheur de vous rencontrer.
-Tout le plaisir est pour moi, l’assuré-je en m’installant face à lui.
Oublié le petit stress vécu dans l’étroitesse de la salle de bains. Dès que je me glisse dans ce rôle que j’aime tant, tout devient naturel. C’est ma place. Mon domaine.
Lorsque je partage nos chiffres d’affaires avec l’investisseur, lorsque je lui parle avec enthousiasme de nos produits, je me sens à l’aise, presque euphorique. La conversation devient fluide, ponctuée de rires et d’échanges animés.
-Et si je vous faisais visiter les lieux ? lui proposé-je, bien que ce soit prévu depuis le début. Nous avons une petite usine au rez-de-chaussée. Vous pourriez goûter nos friandises. Vous verrez, je ne vous ai pas menti, elles sont excellentes.
Un éclat amusé brille dans son regard.
-Ce serait avec grand plaisir.
L’heure suivante est consacrée à un tour complet des infrastructures. Notre plus grande usine se situe en périphérie de la ville, celle-ci permet à nos clients et collaborateurs d’observer de près le processus de fabrication. Mon père en est convaincu : plus ils s’immergent dans notre univers sucré, plus ils sont enclins à travailler avec nous.
Après avoir les bureaux, les salles de réunion, de confection, l’usine, vient le moment tant attendu de la dégustation de bonbons. À peine M. Lévesque a-t-il croqué dans celui que je lui ai tendu qu’un soupir de satisfaction lui échappe.
-Mmm… C’est étonnamment bon.
Je plisse les yeux, taquine.
-Étonnamment ?
Il rit.
-Eh bien, je ne suis habituellement pas fan des ananas, mais cette friandise est excellente.
-Vous n’êtes pas le seul à apprécier, c’est l’un de nos produits phares au Canada.
Il réplique quelque chose, mais je ne l’entends pas, distraite.
Une douleur soudaine s’est emparée de mes jambes. Des chocs électriques remontent le long de mes mollets, puis de mes cuisses. Je serre les dents, tentant de comprendre ce qui m’arrive. Ce n’est pas le moment. Pas maintenant.
Je vacille.
Mon coeur s’affole, mes pensées se brouillent. Une vague de panique m’envahit alors que mon corps me trahit de la pire des manières. Des larmes brûlantes roulent sur mes joues, incontrôlables. Un hoquet de douleur m’échappe tandis qu’une douleur sourde me saisit.
Je perds pied.
Je tombe de mon piédestal.
Je perds le contrôle.
14 commentaires
SandrineBellier
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Il y a 5 jours
Dystopia_Girl
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Il y a 4 jours
Lillye_books
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Il y a 8 jours
Dystopia_Girl
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Il y a 8 jours
Sunny NDV
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Il y a 8 jours
J.I_WOLF
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Il y a 8 jours
Dystopia_Girl
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Il y a 8 jours
MelinaSANYA
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Il y a 8 jours
Dystopia_Girl
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Il y a 8 jours
Sarael
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Il y a 8 jours