Fyctia
3.2
Les temps qui suivent ne sont que lourdeurs et confusion. Je perds le fil du temps, perds tout contact avec la réalité.
La douleur est là. Tapie sous ma peau, logée dans mes muscles, agrippée à mes os. Elle ne crie pas, elle ronge. Lentement. Sournoisement.
Chaque mouvement est une épreuve. Mes bras sont lourds, trop lourds. Mes jambes ne répondent plus. Juste bouger un doigt me demande une énergie absurde. Une brûlure diffuse envahit mon dos, mon cou, mes épaules. Comme si chaque nerf était en feu, chaque fibre de mon corps tordue, comprimée, écrasée sous une force invisible.
Je voudrais me lever. Juste me lever. Poser mes pieds au sol, marcher, être normale. Mais le simple fait d’y penser m’épuise. Quand j’essaie, une décharge traverse mes muscles et me cloue sur place. Mon corps me trahit, encore une fois.
La douleur pulse, s’intensifie par vagues, comme un poison qui se répand insidieusement en moi. J’ai envie de crier, mais je n’ai plus la force. Mon souffle est court, chaque inspiration pèse sur ma poitrine. Mes pensées se brouillent. Tout devient flou.
Je ferme les yeux. J’attends. Parce que c’est tout ce qu’il me reste à faire. Attendre que l’orage passe, qu’il me laisse un répit.
Parce qu’il finit toujours par passer… n’est-ce pas ?
La douleur ne part pas. Elle s’accroche telle une sangsue, refusant de me quitter. Parfois, me lever de mon lit est impossible. Parfois, la douleur me laisse tranquille et me laisse faire ma journée.
Mais c’est de plus en plus rare. Il m’est arrivé de tomber dans mon bureau, de m’endormir dans ma chaise. Plus d’une fois, Sarah a dû me ramener chez moi.
J’ai tout essayé. Les antalgiques, les anti-inflammatoires, les séances de kiné. Mon père m’a envoyée consulter des généralistes, des spécialistes, des experts. J’ai passé des examens, subi des analyses poussées, rempli des questionnaires absurdes où l’on me demandait d’évaluer l’inévaluable : sur une échelle de 1 à 10, comment estimeriez-vous votre souffrance aujourd’hui ? Comme si la douleur pouvait se résumer à un chiffre. Comme si elle ne changeait pas, ne se tordait pas, ne me déchirait pas différemment selon les jours.
Lorsqu’ils me voient, certains médecins froncent les sourcils, perplexes, d’autres haussent les épaules, l’air blasé. On me prescrit encore un autre médicament qui ne me soulagera pas, encore un autre test. Parfois, on insinue que c’est dans ma tête. Parfois, on me regarde avec cet air gêné, celui qui signifie qu’on ne sait pas, qu’on ne comprend pas, mais qu’on ne veut pas le dire trop fort.
Et moi, je m’use à force d’attendre une réponse. À force d’expliquer encore et encore. À force d’espérer qu’un jour, quelqu’un posera enfin le mot sur ce qui me ronge.
9 commentaires
Jessica Nait-Kaci
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Il y a 5 jours
Sarael
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Il y a 7 jours
MelinaSANYA
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Il y a 7 jours
Dystopia_Girl
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Il y a 7 jours
Lys.
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Il y a 7 jours
Dystopia_Girl
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Il y a 7 jours
Sunny NDV
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Il y a 8 jours
Lillye_books
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Il y a 8 jours