Fyctia
30-Enfin ensemble
Surpris par la puissance de la déflagration, Adrian jette un regard inquiet derrière eux. La lueur orangée qui illumine le ciel rempli de légers flocons fait foi de l’incendie qui dévore le manoir. Malgré tout, il ne peut s’empêcher de craindre que les corps soient découverts d’ici quelques heures.
« Peut-être que Maeva ne sait pas tout des techniques modernes utilisées par les enquêteurs ?», songe-t-il.
Habituellement, il prend beaucoup plus de soins pour masquer ses traces, mais les derniers jours ont clairement changé sa façon d’agir.
Pour la première fois de sa vie, il ne pense plus qu’à lui-même.
Malheureusement, cela pourrait très bien leur causer de graves problèmes.
Incapable de garder ses craintes pour lui-même, l’assassin s’éclaircit la gorge pour discuter de leurs options, lorsqu’une succession de détonations encore plus fortes que la première viennent brusquement déchirer le silence. Certain de sentir le sol trembler sous la voiture, Adrian lance un regard incrédule à sa compagne.
Sans aucune émotion apparente, cette dernière le fixe en retour avec un petit sourire qui prend naissance sur ses lèvres.
— Tu crois vraiment que j’allais laisser de quelconques traces de notre présence là-bas ? demande-t-elle d’un ton ironique, un sourcil légèrement arqué pour marquer le coup.
— Es-tu en train de me dire que tu avais des explosifs planqués chez toi ?
— Je te l’ai dit tout à l’heure, j’ai l’habitude de disparaître dans un nuage de fumée. Disons que la chimie fait partie des nombreuses connaissances que j’ai acquises dans ma longue existence.
— Donc, en gros, j’ai bien failli me faire désintégrer par tes bombes artisanales et cela ne t’inquiète pas le moins du monde !?
D’un côté, Adrian est sincèrement choqué par la situation, mais il doit reconnaître que cette précaution prise par la jeune femme vient de lui retirer bon nombre d’inquiétudes. À la place, un questionnement franchement troublant surgit en lui.
« Aurais-je survécu à une telle explosion maintenant que j’ai un pacte avec lui ? », se demande-t-il, les yeux fixés dans le vide devant lui.
— Oui, tu y aurais survécu, répond simplement Maeva, sans le regarder.
Surpris, l’homme se rappelle toutefois de la capacité de sa compagne de lire dans les esprits. Il réalise alors que sa main est posée sur la sienne.
— Crois-moi, c’est traumatisant de voir son corps déchiré et d’assister à sa réparation tel un spectateur impuissant. Tu en viens à supplier pour que la douleur physique remplace la torture mentale que cela représente.
Troublé par les propos de Maeva, l’assassin oublie totalement sa rancœur de ne pas avoir été informé pour les explosifs. Sincèrement attristé par toute cette souffrance vécue par la jeune femme, il sent son cœur se serrer dans sa poitrine. Avant de lui répondre, il remarque l’absence de toute blessure sur son visage et ses bras, et ce malgré les dommages encourus par l’explosion survenue dans la cuisine il y a une dizaine de minutes de cela.
— Tu veux dire que tu n’as même pas souffert de cette grenade qui a explosé juste à côté de toi ? demande-t-il calmement.
— Tout ce qui m’importait, c’était de savoir si tu avais été blessé, mais ces hommes sont entrés et j’ai voulu éliminer la menace avant qu’ils ne s’en prennent à toi.
— Je suis rassuré de savoir que tu n’as pas souffert au moins.
— Comme je viens de te dire, la souffrance est morale. Je croyais t’avoir perdu et cela fait infiniment plus mal que la plus vilaine blessure que j’ai pu subir du temps où je ressentais la douleur.
— Je suis là et je compte rester auprès de toi jusqu’au bout. J’ose espérer que tu n’auras plus à souffrir maintenant que tu n’es plus seule dans ta mission.
— J’aimerais te donner raison, mais une douleur terrible m’afflige et ne disparaîtra possiblement jamais.
— Je t’aiderai à la surmonter, je te promets !
— Cela risque d’être difficile puisque tu en es le centre. Vois-tu, je ne vois pas comment je peux me pardonner de t’avoir entraîné dans cette galère avec moi. Tu ne mérites pas de devoir endurer ce genre d’existence ! Pas à cause de moi !
Complètement dévastée par ses pensées, Maeva arrête le bolide en bord de route et se cache le visage dans les mains. Au travers de ses doigts, Adrian peut voir les larmes tracer leur chemin le long des joues de la jeune femme dont la poitrine s’agite dans une succession de soubresauts.
— Je ferais n’importe quoi pour te libérer ! hurle-t-elle au travers de ses sanglots.
Complètement assommé par l’assaut des émotions de Maeva, l’assassin se tourne vers elle et pose ses mains sur ses cuisses pour lui montrer sa présence. Lorsqu’elle retire finalement ses mains de son visage pour le regarder, il place les siennes sur ses joues et ancre son regard dans le sien.
— Je suis certain que tu sais à présent que moi je retournerais sans hésiter dans la pire des cellules si c’est pour te permettre de vivre quelques moments de bonheur. Je t’en prie, cesse de croire que tu es responsable de mon malheur, car c’est totalement faux. Je préfère être damné à tes côtés que de devoir vivre loin de toi en sachant que tu souffres d’une condamnation que tu n'as pas méritée toi non plus. Personne ne m’a obligé à prendre la route que j’ai choisie et je suis responsable de terribles actes dont je ne regrette pourtant rien. Crois-moi, je mériterais de devoir supporter d’infinies souffrances pour tout ce que j’ai fait. Pourtant, toi tu n’as voulu que fuir un monstre et tu as dû payer un prix qui dépasse l’entendement. J’aimerais pouvoir te redonner l’espoir et te permettre de vivre un peu de bonheur. Si j’y parviens, tout le reste est sans importance, je t’assure.
Le corps toujours tremblant, aux prises avec une tempête d’émotions contradictoires qui tourbillonnent en elle, Maeva tente désespérément de comprendre pourquoi cet homme est prêt à aller aussi loin pour elle. Après tout, ils ne se connaissent que depuis moins de quarante-huit heures.
« Comment peut-il être prêt à tout abandonner pour moi ? », se demande-t-elle sans dire un mot.
— C’est pourtant simple, commence Adrian, grâce à toi, j’ai enfin un objectif clair qui ne provient pas d’un ordre de mission. Pour la première fois de ma vie, je suis responsable de mes choix et ceux-ci n’impliquent pas de prendre la vie, mais bien de la rendre heureuse pour une personne qui m’est chère.
Réalisant du coup ses nouvelles aptitudes, l’homme se contente de sourire à sa compagne et il dépose ensuite un bref baiser sur ses lèvres.
— On dirait que nous sommes maintenant à armes égales, ma chère ! se contente-t-il de lancer en reprenant son sourire narquois.
— Attends que je maîtrise les armes de fort calibre et je vais te faire danser à des kilomètres de distance !
Un sourire sincère étire finalement les traits de la jeune femme qui reprend une couleur plus vivante. Ravi, son partenaire lui prend doucement la main avant de répondre.
— Je ne demande qu’à voir ça !
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