Fyctia
2. Cassidy
Je m’arrête devant chez moi, une grande maison blanche à la pointe de la modernité avec un jardin entretenu à la perfection. J’avance jusqu’à la porte et sors mes clés de ma poche pour la déverrouiller. Je m’avance à l’intérieur et une odeur de tomates me vient tout de suite au nez. Ma mère est certainement à la cuisine puisque c’est vendredi et qu’elle finit plus tôt. Elle prépare toujours un de ses plats le vendredi : c’est une tradition familiale parce qu’on est tous là, on a aucun impératif le lendemain donc on peut profiter tous ensemble sans trop de prises de tête. Et aujourd’hui, au vu de l’odeur, il me semble qu’au menu il y a des pâtes à la bolognaise.
Je pose mon manteau sur la rambarde de l’escalier et retire mes baskets pour enfiler mes chaussons. Je monte ensuite dans ma chambre et dépose rapidement mon sac sur mon lit avant de redescendre aussitôt. Je longe le couloir principal du rez-de-chaussée et entre dans la cuisine. Effectivement, ma mère est en train de mettre les pâtes dans de l’eau bouillante et j’entends la sauce crépiter à côté. J’ouvre le placard où se trouve les assiettes et en sors quatre tout en lançant :
- Je mange avec vous et après je vais passer la nuit chez Esther pour qu’on fête la fin des exams.
Autant être direct après tout. Je connais ma mère, elle aurait tout de suite deviné que quelque chose se tramait. Elle arrête son mouvement et relève la tête vers moi puis elle répond très calmement :
- Tu sais ce que j’en pense, pas en période scolaire. Lundi le second semestre commence et il faut que tu sois bien reposée.
- Je sais, mais c’est juste Esther et moi et je serai de retour à la maison avant demain midi. C’est comme quand on révisait nos partiels mais cette fois il n’y aura pas de cours. Juste ma meilleure amie, moi, quelques potins et plein d’oreillers, dis-je en sortant les couverts du tiroir.
- Non, Cassidy. Je ne veux pas que tu te déconcentres.
- Aller maman, je ne vais tout de même pas te supplier. J’ai 19 ans et le droit d’avoir une vie.
- Certes, mais tant que tu vivras sous mon toit, tu respecteras mes règles alors arrête de discuter et finis de mettre la table, me dit-elle en haussant la voix.
- Sérieusement ? Même Julia et Thomas sortent plus que moi ! Je suis toujours là quand tu as besoin de moi et pour une fois je veux profiter un peu, déclare-je après avoir posé ce que j’avais dans les mains sur la table.
- Peu m’importe Cassidy. J’ai dit non, c’est non. Maintenant dépêche-toi de mettre la table car le repas va bientôt être prêt.
Puis elle égoutte les pâtes et les mélange à la bolognaise, avant de les mettre dans un plat. La discussion est close, elle ne reviendra pas sur sa décision.
On est tous à table, mangeant nos pâtes sans un bruit. Mon frère est bien évidement rentré en retard donc on a dû l’attendre et ma mère était furieuse de devoir faire réchauffer le plat au micro-ondes.
- Thomas, tu me feras plaisir la prochaine fois et tu essayeras d’être à la maison à l’heure, dit ma mère avec un ton très ferme. J’en ai marre de devoir toujours attendre l’un d’entre vous, je ne suis pas à votre disposition.
Et voilà, elle venait d’annoncer le ton de ce repas de famille qui était censé se déroulait dans une bonne ambiance. Ma mère et ses reproches, mon frère qui n’en a rien à faire, ma sœur qui n’attend qu’une chose : retourner dans sa chambre pour traîner sur les réseaux pendant des heures et moi qui essaye de paraitre à la hauteur des espérances. Finalement, tout était normal, cela faisait partie de notre quotidien et on finissait par s’y habituait. Tout était terne, fade et banal car personne ne partageait jamais rien : aucune expérience, aucun souvenir ni même une blague de mauvais goût. A se demander si on se connaissait vraiment ou si nous étions, en fin de compte, juste une famille de façade sans profondeur.
- Maman, est-ce que je peux inviter une ou deux copines demain à la maison ? demande Julia.
Hum, mauvais timing, petite sœur!
- Je ne suis pas sûre que ce soit raisonnable, Julia. Il faut que tu finisses tes devoirs il me semble.
- Je n’en ai pas pour longtemps, assure-t-elle. Dès que j’ai terminé je peux les appeler.
- Non. Demain c’est un de mes rares jours de repos alors je tiens à en profiter au calme chez moi, déclare ma mère sans équivoque. Tu verras tes amies une prochaine fois.
Ma sœur baisse les yeux sur son assiette sans essayer de discuter la réponse de notre mère car elle sait, nous savons tous, que ce soir nous ne pouvons plus rien attendre d’elle.
- S’il vous plaît, dépêcher vous de finir vos pâtes et de débarrasser la table, reprend-t-elle. Il commence à se faire tard et je veux que vous vous couchiez relativement tôt.
Personne ne répond mais on obéit tous. Ma sœur, mon frère et moi avions compris qu’il ne valait mieux pas l’agacer davantage.
Il était à peine 20h et nous étions tous dans notre chambre respective. Après avoir rempli le lave-vaisselle et nettoyer la table, Julia et Thomas ont voulu se mettre un film à la télé mais on vite abandonner l’idée pour finalement monter à l’étage.
Allongée sur mon lit, double évidemment, je contemple le plafond d’un blanc devenu cassé. Je n’ai pas bougé depuis près de 45 minutes et je commence à m’ennuyer sérieusement.
Après environ 20 secondes d’hésitation, j’attrape mon portable et compose le numéro d’Esther. Une sonnerie retentit avant qu’elle ne décroche :
- Hey, ça va ? me questionne-t-elle. Je ne m’attendais pas à recevoir un appel de ta part puisqu’on se voit ce soir.
- Justement, dis-je, ma mère m’a interdit de venir.
- Sérieusement ?
- Oui. Mais je serais là quand même, hors de question que je me plie à toutes ses règles.
- Tu es sûre de toi, sinon on peut se faire un truc toutes les deux un autre jour.
- On reprend les cours lundi et c’est vendredi soir, j’aurais largement le temps de me reposer ce weekend.
- Je sais, mais d’habitude tu ne raffoles pas de ce genre de soirée et je ne veux surtout pas que tu te forces pour moi, me dit-elle avec inquiétude.
- Non, j’ai envie de fêter ça. En plus j’ai tout déchiré donc j’ai une bonne raison.
- Génial dans ce cas. Je t’attends vers 22h.
- A toute, je t’aime.
- Et moi plus, déclare-t-elle en raccrochant.
J’ai pris une douche rapide et enfilé un jean avec un sweat passé par-dessus un t-shirt noir. Ma mère est très certainement dans sa chambre, endormie devant une de ses séries préférées donc je ne devrais pas avoir de problème pour sortir. Je me place devant mon miroir mural et applique une fine couche de mascara sur mes cils, en plus d’un discret trait d’eyeliner bleu. Je ne suis vraiment pas douée pour le genre de make-up ultra sophistiqué qu’on voit sur les réseaux donc je me contente du strict minimum pour paraître à peu près apprêtée. J’attrape mon sac et descends les escaliers à pas de loup, puis j’enfile mes chaussures et mon manteau, m’empare de me clés, revérifie que personne n’est éveillé et m’éclipse discrètement par la porte. Une fois dehors, je respire enfin
1 commentaire
Midnight_rain
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Il y a 2 ans