Fyctia
1. Cassidy
- Oui maman, tout s’est bien passé !
- Tu es sûre, en ce moment tu dis souvent ça mais finalement il s’avère que tu n’étais pas à ton maximum.
- Oui je suis sûre ! J’ai tout donné, j’ai révisé pendant des semaines à en sacrifier mes nuits ! Je t’assure que je n’aurais pas pu faire mieux.
- Très bien Cassidy. Je t’attends pour le dîner.
Et elle raccroche, pas un « à ce soir » ni même un « au revoir », juste un ordre masqué par une de ses formulations hyper sophistiquées et c’est tout.
Je marche dans les rues de Brest les mains fourrées au fond de mes poches et le visage rougi par le froid glacial de ce début de janvier. Je sors de mon dernier jour de partiels et à peine dehors je recevais déjà un appel de ma mère. Pas pour prendre de mes nouvelles mais pour savoir si j’avais réussi ce dernier examen, parce que c’est toujours comme ça : ma mère est comme ça. Elle veut le meilleur pour moi, donc elle fait en sorte que je réussisse. C’est une obsession pour elle. Il faut que j’excelle dans tout, je n’ai pas le droit à la moindre petite erreur car celle-ci pourrait me coûter cet avenir si parfait auquel elle me promet. Malheureusement ce trait de caractère a fini par déteindre sur moi, par conséquent je suis à présent tout autant obsédée par l’excellence qu’elle.
Il est 16h et je dois rejoindre Esther à notre café habituel pour fêter la fin de cette période stressante au possible. Esther est ma meilleure amie, on est à la fac ensemble et ça a tout de suite accroché entre nous. On aime penser que c’est un coup du destin puisqu’Esther a redoublé sa première année et que sans ça on ne se serait certainement jamais rencontrées.
J’entre dans le café et je la vois assise au fond de la salle, un de ses écouteurs aux oreilles. Je la rejoins et m’assois en face d’elle. Elle me voit et me sourit :
- Enfin ! J’ai cru que tu n’arriverais jamais !
- Je sais j’ai un peu trainé pour arriver, lui réponds-je en faisant cette tête de chien battu à laquelle personne ne peux résister.
- Arghh, arrête tout de suite de faire ça, m’ordonne-t-elle les yeux cachés de sa main.
- J’arrête si tu me pardonnes, déclare-je le sourire aux lèvres.
- Évidemment que je te pardonne imbécile, de toute manière ce n’est pas comme si je t’en voulais vraiment, dit-elle en riant.
- Bon, reprends-je avec plus de sérieux, comment tu t’en es sorti ?
- Tu sais comme d’habitude, le strict minimum me convient parfaitement donc je pense que je m’en suis plutôt bien sortie. En tout cas j’espère sinon je crois qu’il va falloir que je me réoriente.
- Je suis certaine que tu as assuré ! Il faut que tu ais assuré parce que je ne sais pas comment je ferai si tu changes de fac ? je ne survivrai pas, tu le sais ça !
- T’inquiète pas Cass, je le sens bien donc pas de stress. Et toi, je présume que tout s’est déroulé comme tu l’espérais. Je me trompe ?
- Non, tu as raison. Tout s’est passé à merveille.
- Je suis trop contente pour toi dans ce cas, me dit-elle en me serrant dans ses bras.
Normalement ce genre de contact me met mal à l’aise car je ne suis pas vraiment quelqu’un qu’on peut qualifier de tactile, mais venant d’Esther je suis toujours prenante.
Je me lève pour aller au comptoir et commander un chocolat chaud avec supplément chantilly parce qu’après tout c’est la fin des examens. En attendant ma commande, je check mes messages et suis soulagée de voir que je n’en ai aucun de ma mère. En revanche, j’en ai un de ma sœur qui me demande ce que j’ai fait de son pull fétiche car elle ne le retrouve plus. Si seulement elle savait où elle met ses affaires, elle arrêterait de m’accuser à chaque fois qu’elle en perd une. Je lui réponds donc que je n’ai aucune idée d’où se trouve son pull et envoie ensuite un texto à mon frère pour lui demander d’être rentré à la maison pour 19h.
- Alors comme ça on aime les suppléments chantilly ?
Je lève les yeux de mon téléphone et tombe face aux siens, d’un vert profond. Évidemment que Roman Dumas se tient à côté de moi, il est toujours là où on espère ne pas le trouver.
- Oui, ça t’étonne ? lui réponds-je en le fixant avec provocation.
- Non, pas tant que ça finalement. Je me disais bien que tu étais une fille comme les autres en fin de compte, dit-il avec ce sourire en coin que je déteste.
- En même temps, tout le monde aime la chantilly.
- Non, pas moi. Je trouve ça beaucoup trop sucré, et en plus ça gâche le goût du chocolat.
- Pardon, tu n’aimes pas la chantilly, aka la meilleure chose que ce monde ait pu créer ?
- Dis donc, on voit ton sens des priorités. Et non je n’aime vraiment pas cette « merveille », dit-il en mimant des guillemets avec ses doigts, toujours affublé de ce sourire narquois.
- Encore une raison de plus pour laquelle je ne devrai pas être en train de te parler en ce moment.
- Et pourtant tu es là. Avoue qu’au fond tu aimes ma compagnie.
- C’est ça ! Tu sais il fait jour dehors et les rêves, généralement, on les fait la nuit, affirme-je en prenant ma tasse de chocolat. Je me dirige ensuite directement vers ma table sans lui laisser le temps de me répondre, mais l’entends tout de même déclarer « On se voit en cours lundi, chère Némésis » derrière moi. Je rejoins alors Esther sans me retourner mais sentant son regard sur mon dos jusqu’à ce que je sois assise. Quand je relève les yeux, il est en train de passer la porte pour sortir, à croire qu’il était là uniquement pour me faire chier.
- Bon, maintenant on va parler sérieusement, m’annonce Esther pendant que je goûte mon chocolat, qui soit dit en passant est délicieux.
- Je t’écoute
- C’est la fin des partiels, ce qui signifie que ce soir c’est grosse soirée pour fêter tout ça !
- Carrément d’accord avec toi, mais je crois que tu oublies un petit détail.
- Ah oui ? Lequel ?
- Ma mère, tu sais bien qu’elle ne voudra jamais que je sorte pendant la période scolaire. Tu la connais.
- Allez, c’est chez moi. Tu lui dis que tu passes la nuit à la maison et tout passe nickel.
Je la regarde sans rien lui répondre, réfléchissant à toutes les options qui s’offrent à moi.
- S’il te plaît, ça va être incroyable, me supplie-t-elle. Cass, il faut que tu sois là, après tout tu es majeure tu fais ce que tu veux.
- Ok, je viendrai. Tu peux compter sur moi, lui fais-je avec un grand sourire.
- Génial ! crie-t-elle en sautant de son siège pour m’étouffer dans une étreinte pleine d’excitation. Ça va être la meilleure fête de notre vie !
- J’espère bien !
Esther a raison, j’ai bien le droit de m’amuser. J’ai 19 ans et la vie devant moi, alors pas question que je laisse ma mère dicter mes moindres faits et gestes.
J’embrasse mon amie et lui souhaite bonne chance pour la préparation tout en lui faisant promettre de m’appeler si jamais elle avait besoin d’aide.
Ce soir, ça va être une soirée d’enfer, il ne reste plus qu’à convaincre ma mère. Et si elle refuse, je me débrouillerai.
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