Fyctia
Sans Titre
Chapitre 1
Point de vue d’Edouard.
Je lance un énième regard vers l’horloge accrochée dans le coin de la pièce et bien évidement seulement deux minutes se sont écoulées depuis la dernière fois que j’ai regardé l’heure. Je soupire discrètement. Je me demande si toutes les rentrées que j’ai vécu ont été aussi pénibles que celle-ci. Cette année est la dernière pour moi, avant les études supérieures. Je viens tout juste de changer de lycée, ce qui est plutôt inhabituel quand on rentre en terminale, mais mes parents ont décidé qu’un lycée privé ferait le plus grand bien à mon frère jumeau qui n’est pas l’élève le plus studieux de France. Ouais, c’est un drôle d’euphémisme pour décrire ses records d’absentéisme et ses notes catastrophiques qui étaient évidemment source de conflit entre lui et les parents, ces dernières années. Je repense soudain à ces soirées où, du fond de mon lit, j’entendais la voix de mon frère s’élever contre celle de mes parents, puis la porte claquer. Je crois que le pire a été le jour où ma mère a trouvé un paquet de cigarette coincé sous son matelas. Je n’avais jamais vu mon père autant en colère. Bien entendu, c’était plus simple que je sois dans le même lycée que mon frère ce qui explique le fait que je me retrouve dans ce nouvel établissement. Ce dernier ne me paraît pas particulièrement déplaisant, mis à part sa réputation plutôt stricte qui semble avoir convaincu mes parents, il n’est pas bien différent de mon ancien lycée. Je me surprends même à apprécier le parquet ancien qui craque sous les pas de mon nouveau professeur principal à l’air sévère et les murs à la peinture crème craquelée. Si ce n’était pas un lycée, je trouverais peut-être un charme à la bâtisse. Qu’est-ce que je m’ennuie. Je regarde alors autour de moi pour échapper à mes pensées : pas un visage m’est familier, je ne connais personne et étant de nature timide, je sais d’avance qu’il ne sera pas simple pour moi de m’intégrer, surtout que des groupes semblent déjà être bien ancrés au sein de la classe. D’un autre côté cela ne me change pas tellement de mon ancien lycée, dans lequel je n’avais pas vraiment d’amis. Quelques minutes plus tard, la sonnerie retentit enfin et je me rue vers la sortie comme pour respirer enfin après cette longue matinée clouée sur une chaise inconfortable. Sans doute un peu trop vite puisqu’une voix me retient.
« -Excuse-moi ! Tu as oublié ta veste ! »
Je me retourne. Une fille brune me tend une veste en jean que je reconnais tout de suite.
« -Merci, c’est gentil, je lance en la récupérant. »
Je me force à lui lancer un sourire histoire de ne pas sembler désagréable. Je me détourne ensuite pour dévaler les marches en pierre. Le bitume est encore humide de la pluie tombée en début de matinée et l’air est froid mais bizarrement j’apprécie sa morsure. Au moins je suis sorti de cette foutue salle de classe. Non pas que je déteste l’école, ce n’est pas à proprement parler une torture puisque j’ai de bonnes notes, mais je déteste la traditionnelle matinée de rentrée. La fameuse matinée où on nous distribue le carnet de correspondance, l’emploi du temps et toutes les instructions pour « réussir notre année ». Comme si ça changeait d’année en année. Au contraire, c’est toujours la même chose et c’est même parfaitement inutile. Je cherche du regard mon frère et son meilleur ami parmi la foule d’élèves. J’entends les habituelles conversations futiles qui animent les élèves chaque année : « ce prof a l’air tellement cool » « non mais on a vraiment un emploi du temps de merde ». Je les retrouve juste devant le portail clôturant le lycée, dans la zone où se retrouvent les fumeurs. Je fronce le nez par réflexe, dérangé par l’odeur qui se dégage du nuage de fumée. Mon frère Paul porte une cigarette à sa bouche. Il est le véritable cliché du « bad boy », c’est vraiment dingue, on se croirait dans un mauvais roman. Il est plutôt grand, mince, et porte un grand sweat noir, un jean noir et une paire de Converse noires défoncées. Je suppose que c’est censé coller avec son image de « rebelle ». Hum. Le soi-disant rebelle est dans un lycée privé à présent, alors ça casse un peu le mythe. Je ne peux m’empêcher de sourire cyniquement. À côté de lui se tient Aristide, son meilleur ami, avec qui il est en pleine conversation.
« -Salut les mecs, je lance en m’approchant.
-Salut Edouard, me répondent-ils.
-Alors vous êtes dans la même classe ?
Je m’attends à ce qu’ils me répondent par l’affirmative puisqu’ils sont tous les deux en filière littéraire et ils s’empressent de confirmer ma supposition.
-Tu viens à la soirée demain soir, mec ? me demande Aristide en passant la main dans ses cheveux bruns. »
Je resserre ma mâchoire.
« -Paul et moi on y va ...donc ne reste pas tout seul, faut vraiment que tu te fasses des potes, ajoute Aristide en me fixant de ses yeux verts. »
Ça fait à peine un jour que le lycée a repris et la première soirée de l’année scolaire est organisée. La proposition ne m’étonne pas de la part d’Aristide, qui est sûrement le plus gros fêtard que je connaisse. Je lève des yeux au ciel intérieurement. Je ne peux m’empêcher d’espérer qu’il n’aura pas une trop mauvaise influence sur Paul cette année. Je me rassure en me disant que mon frère n’est pas un grand caïd, juste un ado qui sèche les cours et fume pour se donner un genre. Putain, il faut vraiment que j’arrête de vouloir contrôler la vie de mon frère, il fait bien ce qu’il veut de toute façon. En plus, j’apprécie réellement Aristide que je connais depuis que je suis tout petit même s’il a toujours été plus proche de Paul, sans que cela me gêne particulièrement. Malgré le fait que Paul et moi n’étions pas dans le même lycée qu’Aristide avant cette année, on a toujours été proches tous les trois. Cette fois, je me résigne à faire un effort car je ne tiens pas à passer l’année seul.
-Ouais ouais je viendrais, gros, je lance vaguement.
Je commence à m’éloigner pour rentrer chez moi. Cette année semble déjà ressembler à toutes les autres, le même ciel grisâtre, les mêmes conversations, les mêmes discours sur le fait qu’il faut bien écouter en cours, et surtout cette même solitude qui semble me coller à la peau. Je baisse les yeux sur le sol pavé et enfonce mes écouteurs sur mes oreilles.
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Raëlfar
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Il y a 4 ans
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Il y a 4 ans
Dystopia_Girl
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Il y a 4 ans
Emma Litt
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Princilia Daci
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