Fyctia
Chapitre 24 (1/2)
— Mon dieu ! cria ma mère alors que j’essayais de reprendre mon souffle, toujours accroché à la cuvette des toilettes.
Mon sang ne fit qu’un tour. Je tirai la chasse en hâte et me jetai dans les escaliers.
— Maman ! Tu rentres tôt…
Ma cheville se tordit et je dégringolai les marches. Encore une fois. La douleur m’arracha un hurlement. Ma mère se précipita sur moi.
— Mais c’est pas vrai ! cria-t-elle. Tu te fous de moi, Alix !
Elle agrippa mon bras pour me remettre debout.
— C’est quoi ce bordel ? cria-t-elle plus fort. Pourquoi mes affaires sont par terre ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il n’en fallut pas plus pour me faire éclater en sanglots. Elle attrapa mon visage entre ses doigts froids pour me forcer à la regarder.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? souffla-t-elle, de son ton maternel.
J’étais incapable d’articuler quoi que ce soit. Je m'étouffai avec ma propre salive, l’air ne voulait plus circuler. Elle me força à m’assoir et s’agenouilla devant moi.
— Respire, mon coeur. Prends une grande inspiration. Allez. C’est bien, comme ça, souffla-t-elle en me caressant le dos. Respire.
J’essayai tant bien que mal de reprendre mon souffle, le coeur au bord des lèvres. Je suffoquais, c’était atroce. Ça faisait des mois que ça ne m’était pas arrivé. Je pensais que j’allais mieux. Mais il fallait croire que j’avais donné trop de crédit à mes capacités. On ne recollait pas les pots cassés. Jamais vraiment. J’étais brisé, et personne ne pouvait me réparer. Pas même moi.
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-elle, plus calmement. Tu t’es disputé avec Swann ?
Je secouai la tête. Elle caressa mes cheveux en bataille. Ma cheville me lançait tellement, c’était insoutenable.
— Viens, mon coeur. Tu vas t’installer dans le canapé, viens.
Ma mère passa son bras autour de ma taille et m’aida à me mettre debout. Mais lorsque je posai pied à terre, la douleur se répercuta jusque dans ma colonne vertébrale.
— C’est pas vrai, Alix, soupira-t-elle.
Elle me souleva du mieux qu’elle put et me jeta dans le canapé, à bout de souffle. Puis, elle souleva le bas de mon pantalon et retira ma chevillère.
— Mon dieu, chéri. C’est pas vrai, répéta-t-elle. Bon… tu ne t’es pas loupé, sur ce coup.
Je me remis à pleurer. Je n’arrivais pas à faire autrement. J’avais tellement mal. Et pas seulement à la cheville.
— Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? paniqua-t-elle. Parle-moi, s’il te plait. Tu commences à m’inquiéter. Tu es sûr que vous ne vous êtes pas disputés ?
— Il… il… il n’est pas venu, articulai-je. Il n’est pas venu, répétai-je.
— Swann ? Mais… il a dû avoir un empêchement…
— N… non, c’est… à cause de… ce que tu as dit sur… son père, hoquetai-je. Mais moi… moi j’y suis pour rien, articulai-je avant de me remettre à pleurer de plus belle.
J’étais tellement, tellement ridicule. Je faisais pitié. Ma mère ne savait plus quoi faire.
— Eh, Alix, eh, respire mon coeur. Respire, s’il te plait. Calme-toi. Je suis vraiment désolée. Vraiment, vraiment désolée. Je n’aurais jamais dû dire ça. Je me ferai pardonner, d’accord ? Essaie de te calmer. Et dès que ça ira mieux, on retournera aux urgences. Parce que là, je crois que c’est une facture. Je vais te donner un antidouleur.
Ma mère disparut dans la cuisine. Mon téléphone gisait au milieu des décombres. L’écran s’alluma, mais j’étais beaucoup trop loin pour pouvoir l’attraper. Et je n’avais pas la force de ramper sur le carrelage pour le récupérer.
Je fermai les yeux pour tenter de faire le vide et de retrouver un semblant de santé mentale. J’avais vraiment perdu la face. Je détestais ces moments, où les ombres m’enveloppaient. Mes démons s’en donnaient à coeur joie. Mes insécurités et ma peur de l’abandon prenaient le dessus sur ma raison.
Je manquais cruellement de sommeil en ce moment, c’était peut-être pour ça que j’étais reparti dans mes travers. Je pris une grande inspiration. J’accueillais l’air, qui circulait à nouveau. Je prenais conscience de chacun de mes mouvements, de chaque partie de mon corps. Je redevenais maître de moi-même, doucement. Lentement. Ma mère réapparut avec un grand verre d’eau. Elle me tendit le médicament, que j’enfournai, soulagé. J’avais tellement mal.
— Ça va mieux ? demanda-t-elle, inquiète.
Je hochai la tête.
— Un peu, répondis-je. Je suis vraiment désolé… pour tes affaires. Je…
— Je m’en fiche, de mes affaires, souffla-t-elle. Ce n’est que du matériel. Ce qui m’importe, c’est toi, Alix. Je n’aime pas te voir dans cet état.
Je baissai les yeux. Ma mère en avait bavé avec moi, après le départ de mon père. Je ne comptais plus le nombre de fois où elle avait dû m’amener aux urgences. Et pas pour une cheville foulée.
— Désolé, maman. Je ne veux pas te faire souffrir, balbutiai-je avant de me jeter dans ses bras.
Elle tangua légèrement mais reprit appui et m’étreignit. Elle sentait un mélange d’odeurs de lessive et d’hôpital. J’enfouis ma tête dans ses longs cheveux et inspirai profondément. Si elle n’avait pas été là, à me soutenir et à me sortir la tête de l’eau, à m’accepter comme elle l’avait fait, je ne serais plus là. Elle était mon roc. Celle sur qui je pouvais compter, toujours.
— On y va, mon coeur ? me demanda-t-elle en se détachant de moi.
— S’il le faut, soupirai-je en essuyant mes joues.
— Il le faut, dit-elle d’un ton sans appel.
***
8 commentaires
Lyaure
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Il y a 2 ans
Mauranne BP
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Il y a 2 ans