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1 TRÔNE, 2 COURONNES - VII
« Fais moins de bruit crétin. Tu vas finir par nous faire repérer !
— Facile à dire. J’y vois que dalle, il fait aussi noir que dans l’trou du cul d’un gnome par ici !
— Vos gueules tous les deux ! murmura leur chef. Nous ne sommes plus très loin ! »
Les pins de la forêt n’étaient pas propice à une excursion nocturne. Le ciel s’était couvert et la lune n’éclairait plus aussi bien le chemin qu’ils arpentaient. Marchants à pas feutré, les trois hommes avançaient à tâtons (les mains bien en évidence pour ne pas percuter les arbres sur leurs passages). Le noir qui les recouvrait épousait la pénombre de la nuit. La capuche sur leur tête cachait non seulement leur vilain visage, mais les dissimulait d’avantage.
Tous les trois avaient le nez crochu. L’un d’eux avait un poireau poilu sur le menton. Un autre possédait un œil de verre alors que le dernier portait une tache de vin sur tout le côté droit du visage.
Dague à la main, les mercenaires étaient penchés sur nos deux amis qui dormaient du repos du juste. Ils avaient eu pour mission de capturer la sorceleuse mais personne ne leur avait dit s’il fallait qu’elle soit en vie ou non. L’homme au poireau brandit sa dague dans les airs mais l’aigle au-dessus d’eux glatit d’horreur avant de prendre la fuite, avertissant Nanno que le danger était finalement arrivé.
La guerrière ouvrit les yeux, attrapa son épée et trancha les mains de l’homme qui roulèrent à ses pieds. Le mercenaire regarda ses moignons recouverts de sang et tomba à la renverse, pleurant comme un enfant. Les deux autres se mirent en garde alors qu’elle se releva. À sa demande, Enzo partit se cacher derrière les arbres.
Celui à l’œil de verre fit virevolter sa dague de gauche à droite pour tenter de la toucher, mais Nanno était beaucoup trop rapide et esquivait parfaitement chaque coups portés. Elle para son dernier coup et posa une main sur le torse de l’homme. Une vague de feu en sortit et consuma le mercenaire jusqu’à ne plus être qu’un squelette carbonisé. Son œil de verre n’étant plus que la seule chose permettant de le reconnaître.
Il n’en restait plus qu’un à présent. L’homme à la tache de vin récupéra une deuxième dague afin de mettre toutes les chances de son côté. Les nuages s’écartaient pour laisser la lune observer le spectacle. Sa lumière blanche éclairait à tel point que le combat se reflétait contre elle. Les lames s’entrechoquaient et résonnaient dans la nuit étoilée. Le combat aurait pu durer des heures si cette petite chose trapu - à peine plus haute qu’Enzo - n’était pas sorti des bois avec le jeune homme en otage.
Caché derrière lui, un couteau sous sa gorge, le nain y alla de sa plus grande voix. « On s’arrête, sorceleuse ! Ou ton ami risque d’en perdre la vie ! »
Nanno s’arrêta juste avant de planter son épée dans le cœur de son agresseur.
Le nain avait une armure en bronze avec une cape en peau d’ours. Son casque reposait sur sa tête où ses longs cheveux bruns en ressortaient. Sa barbe hirsute était si longue quelle se terminait en une tresse arrivant jusqu’à son torse. Une cicatrise en forme de croix était gravé sur chacune de ses joues.
Le feu pétillait dans les yeux de Nanno à la vue de cette lame refléter sur la gorge de son ami.
« C’est ça, lance ta magie l’affreuse. J’espère cependant que tu vises parfaitement ! »
Le nain faisait attention à ne pas trop se dévoiler, ne voulant subir la colère de la sorceleuse. Il appuya la lame sur le cou du garçon et l’enfonça jusqu’à ce que les premières gouttes de sang apparaissent. D’un geste lent mais maîtrisé, il l’ouvrit sur trois bons centimètres. Enzo ne cria pas. Il plissa les yeux et serra les dents alors qu’on lui tranchait lentement la gorge.
Le feu dans les yeux de la guerrière se dissipèrent. Elle déposa son arme au sol, gardant ses mains bien en évidence « C’est bon, tu as gagné ! Je me rends ! Inutile de répandre plus de sang.
— C’est ça, bonne fifille, s’extasia le nain. Passe-lui donc les chaînes le moche. »
L’homme à la tache de vin s’exécuta. Il avança vers la sorceleuse avec la plus grande dès prudence. Il lui donna un coup à l’arrière de la cuisse pour qu’elle tombe à genoux. Nanno grimaça mais se laissa faire alors qu’il lui passait les chaînes, son regard ne déviant pas d’Enzo toujours sous la coupe du nain. À leur merci, la tension redescendit d’un cran. Enfin pratiquement.
« Un de mes hommes est mort et l’autre est éclopé, s’écria furibond le mercenaire encore debout. Tu ne nous avez jamais dit que c’était la sorceleuse que tu recherchais. Sais-tu seulement combien elle est dangereuse ? As-tu la moindre idée de sa valeur ?
— Bien sûr que je le sais. Vous ne seriez pas là autrement.
— Notre accord ne tient plus le nain ! Je ne me contenterai pas des miettes que tu nous jettes. Je veux plus de la moitié dorénavant.
— Bande de chiens galeux, souffla de rage le petit homme. Vous êtes avare et d’une cupidité sans nom. Vous croyez vraiment que je comptais partager la récompense ? Simple d’esprit ! Je n’avais besoin de vous que par pure distraction. Vous n’étiez que les appâts pour ferrer le gros poisson. Tes hommes et toi n’étaient là que pour subir les premières foudres. Mais maintenant que l’orage est passé, vous ne mette plus d’aucune utilité. »
Le mercenaire ouvrit grands les yeux à ses propos et attrapa sa dague. Mais il était déjà trop tard. D’un coup de double hache puissant, le nain lui sectionna les jambes. L’homme tomba à terre et mourut en se vidant de son sang. Il se tourna ensuite vers l’éclopé qui le suppliait de l’épargner, levant ses deux moignons en guise de protection. Mais le nain lui enfonça sa double hache dans le crâne avant de cracher sur sa dépouille.
Le petit homme rangea sa Labrys dans son dos et ramassa l’épée de Nanno qui traînait à ses pieds. « Assez lourde et gravée de symboles lumineux. Je devrais la garder, je suis sûr quelle me rapportera grande fortune.
— Rends-moi ça, s’écria Enzo. Elle ne t’appartient pas ! »
Le garçon s’élança sur le nain qui le repoussa d’une seule main qu’il plaqua contre son visage. Enzo retomba sur les fesses et s’apprêta à retourner au charbon lorsque Nanno se releva pour s’interposer entre lui et le nain dont ils ne savaient rien.
« Et maintenant ? le questionna Nanno.
— Il est temps pour moi de toucher ma récompense. Le royaume de Landon est à quelques lunes d’ici, et il me tarde d’être riche.
— Que va-t-il advenir du petit ? s’inquièta la guerrière.
— N’aies crainte, il sera du voyage. Je m’assurerai ainsi de tes bonnes grâces. Tant qu’il sera dans les parages, je suis certain que tu ne tenteras rien de regrettable. »
Un silence gênant se glissa entre les arbres. Le nain se racla la gorge et montra à Nanno des yeux le cheval à côté d’elle.
« Quoi ? Vous voulez que je monte dessus peut-être ? »
Tout gêné, le nain lui répondit : « S’il vous plaît, oui ! Je vous aurai bien mis le pied à l’étrier, mais… » D’un regard pour sa taille raccourcie, le nain lui fit comprendre que cela lui était impossible.
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Judith | Fyctia
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