Fyctia
La défunte
Allongée sur le sol, Ambre ne fait aucun mouvement. Elle est immobile, telle une statue. Ses cheveux forment un halo blond clair autour de sa tête ce qui lui fait ressembler à un ange. Dans la maison, tout est calme, on entend uniquement ma respiration saccadée. Et sûrement les battements de mon cœur, rapide. Ma tête tourne et me fait mal. Mon corps transpire de tous les pores. Mes yeux ne savent plus où se poser.
Morte, elle est morte.
Et pourtant, je n’arrive pas à me faire une raison à cela. Il a fallu que cinq secondes, cinq secondes pour que tout bascule. Elle était là, debout, bien vivante, me disant pourquoi elle avait fait cela et maintenant, elle est étendue comme un pantin désarticulé. Son cou est légèrement tordu avec une flaque de sang qui se forme sous sa tête et imbibe ses cheveux de rouges.
Morte, elle est morte.
Prenant peu à peu conscience de ce que j’ai fait, de ce qui s’est passé, je me mets à paniquer et à trembler de tous mes membres. J’ai tué quelqu’un. C’est un accident certes, mais le résultat en ait le même. Elle est morte. Décédée. Détruite. Défunte. Inanimée. Tuée.
Morte, elle est morte.
- Non, non, non ! gémis-je en m’approchant de son corps. Ambre, parle-moi je t’en supplie ! Bouge ne serait-ce que le petit doigt.
Mais elle ne bouge pas, elle ne respire pas. Ses yeux sont ouverts, mais vides. Ils sont fixés sur moi, me transpercent de leurs regards. Et je pleure. Et je crie. Et je m’écroule. Je suis jeune, beaucoup trop pour aller en prison. Je ne serais encore qu’une déception pour ma mère. Qu’une erreur pour mon père.
Et je meurs moi aussi.
Je ne veux pas de ça. Je ne voulais pas faire ça. Ce n’était qu’un accident. Un regrettable accident que je vais me reprocher toute ma vie. Ce n’était pas ma faute, mais, comment pourrait-on le deviner ? Cela y ressemble fortement. Après tout, je l’ai poussé et ça, ce n’était pas un accident. Elle a volé ma dignité, elle a couché avec mon copain prenant du plaisir à me faire souffrir. On pourrait donc croire que c’était de la jalousie. C’en était sûrement d’ailleurs, mais je ne peux pas être punie pour ça. Je ne veux pas être punie pour ça. J’ai voulu lui faire du mal. Lui retourner la monnaie de sa pièce. Mais maintenant, je le regrette.
Sauf que c’est trop tard pour ça. Le mal est fait.
***
Je ne sais pas pendant combien de temps je suis restée planter dans la cuisine à contempler son corps sans vie. Peut-être des minutes ou des heures à la fixer pour chercher des solutions.
Que dois-je faire ? Quel chemin prendre ? Celui de la vérité ou du mensonge ?
Que de questions sans réponses qui sont interrompus par des coups frappés à la porte. Mon cœur bat de plus belle. Je n’attends personne et, à part Ambre, personne ne vient me rendre visite sans me prévenir au préalable. Même pas Jason. Alors, qui ça peut bien être ? Et que veut cette personne ? Ne voulant pas faire un scandale à cause du corps sans vie devant moi, j’ignore la personne. C’était sans compter le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvre. Le son de ses pas qui s’approchent et s’approchent de moi, de la cuisine et donc du lieu du crime.
Pour éviter que mon sort soit scellé, je me précipite vers l’entrée pour éloigner la personne le plus vite possible.
Dans le couloir de ma maison se trouve quelqu’un que je n’aurais jamais cru voir ici, Andrew, le solitaire de mon lycée. Celui qu’on ne remarque pas, celui que l’on n’entend pas. Un genre de loup, de personnage un peu bizarre, un peu différent, toujours dans son coin que l’on ignore, que l’on ne voit pas. Il se fond tellement dans le décor qu’il est devenu en quelque sorte, une partie du lycée. Jamais je ne l’ai vue avoir un contact, quel qu’il soit avec un élève ni même avec un professeur. Il ne participe pas, même lorsqu’on le lui demande. Les seules fois ou l’on entend sa voix, c’est lors des orales obligatoires. Hormis ça, il est aussi discret que possible, à la limite de l’invisibilité, de la transparence si bien que je suis étonnée qu’il soit là.
– Merde Andrew, tu... tu fous quoi à entrer chez les gens comme ça ? je bafouille sous le coup de la peur. C’est une violation de la vie privée des gens, tu sais ça ? lui dis-je sur la défensive en évitant son regard.
– Au cas où que tu l’aurais oublié, on à un travail en commun que l’on doit terminer le plus vite possible. Tu t’en fous peut-être, petite fille de riche pourrie gâtée, mais pas moi. Et puis ce n’est pas considéré comme de la violation de la vie privée étant donné que la porte de ta maison est grande ouverte.
Le travail en commun, cela m’était complètement sorti de la tête, il s’agit d’un compte-rendu de géographie sur les espaces exposés aux risques majeurs. Passionnants. S’il existe une matière que je déteste, c’est bien la géographie. Je n’y excelle pas, je tourne autour des 13 ou 14 contrairement aux autres matières ou j’arrive à m’en sortir sans trop de difficulté.
– Tu... Tu dois partir tout de suite, dis-je sous le coup de la panique.
– Pas tant que tu ne m’auras pas donné les documents pour faire l’exposé, dit-il en croisant les bras d’un air renfrogné.
Je souffle excédé. Il ne manquait plus que ça. Jamais on ne s’était parlé, il n’y a pas plus opposé que nous deux et voilà qu’il se retrouve chez moi. Je ne sais même pas comment il a trouvé mon adresse alors que celle-ci n’est pas dans les pages jaunes ni nulle part ailleurs.
– OK, OK, je vais te les donner, ils sont dans mon sac, j’explique en me dirigeant vers celui-ci dont le contenu est répandu par terre. Tu aurais pu me le demander demain, tu sais ? Ce n’était vraiment pas le...
– Oh putain, entends-je crier Andrew.
Je relève la tête d’un coup et regarde autour de moi à sa recherche même si je sais où il se trouve. Je me relève en quelques secondes et cours dans la cuisine en manquant de glisser par terre. Sur le seuil de la pièce, je vois le dos de Andrew devant le corps défunt de mon ancienne meilleure amie.
Et maintenant ?
– C’était un accident, je l’ai poussé, elle a trébuché et sa tête à cogner la table je... Je ne voulais pas la tuer. Je ne voulais pas, je ne voulais pas, je ne voulais pas, parlé-je d’une traite pour tenter de m’expliquer.
Mon corps est parcouru de frisson, je me mets à sangloter et à paniquer. C’est fini pour moi. Complètement finie, voilà la réalité dure et froide. Je n’ai que 17 ans et ma vie vient de se finir, aujourd’hui. Il va courir à un poste de police afin de me dénoncer. Je passerai une bonne partie de ma vie en prison. Ma mère me reniera complètement. Je ne ferai que confirmer à mon père qu’il a bien fait de m’abandonner. Je devrais faire une croix sur tous...
Mais contre toute attente, Andrew interrompt mes pensées.
– Cachons ce corps.
– Quoi ? fais-je étonner.
– J’ai dit, cachons ce corps.
35 commentaires
BbyBarbie
-
Il y a 7 ans
x-zanita
-
Il y a 7 ans
Alain Leclerc
-
Il y a 7 ans
x-zanita
-
Il y a 7 ans
Aurélia Vernet
-
Il y a 7 ans
Aurélia Vernet
-
Il y a 7 ans
x-zanita
-
Il y a 7 ans
Jeanne F.
-
Il y a 7 ans
x-zanita
-
Il y a 8 ans
CaroWritings
-
Il y a 8 ans