Fyctia
Chap 6.2 - Jalousie
Haewon était aux anges. Siryane l’avait invité à la fête du Mil !
Il revoyait leur discussion en boucle, lors de son retour, se perdant dans le souvenir de son regard limpide. Elle était une des rares personnes qu’il pouvait regarder en face sans déclencher son pouvoir, même si ce n’était que pour un court instant.
Jun, lassé de son attitude, avait filé devant, heureux de retrouver la tante de son maître qui lui accorderait un peu d’attention.
Askadesse fronça les sourcils en voyant arriver son protégé. Elle sourit quand son Souffle lui transmit son état d’esprit. Même si l’héritage paternel de Ska lui conférait certains talents utiles dans le monde hostile des Hautes-Terres, la faisant passer tour à tour pour une guérisseuse ou pour une sorcière en fonction des lieux où elle résidait, elle n’en restait pas moins une Empathe.
Elle se pensait la dernière survivante du jour du Scellement. Grâce à l’aide d’Anthôme, le père de Haewon et ami de toujours, elle avait résisté à l’appel du Mistral Noir lors de la création de la Barrière de Cairn. Elle avait vu mourir toutes ses sœurs et ses plus chères amies. Elle avait ressenti leur mort jusqu’au plus profond de sa chair. Sans Anthôme, Horlâme de haut niveau, elle serait devenue folle.
Par précaution, elle utilisait son pouvoir avec parcimonie afin d’éviter de se faire repérer par cette très chère Dayis. Bien qu’elle estimât la distance entre elles suffisante, elle ne voulait pas prendre de risques.
Pendant qu’il aidait sa tante, elle le questionna, l’air de rien.
Il finit par lui raconter sa rencontre avec Siryane. Ska ne l’avait jamais vu si enjoué, comme s’il avait oublié sa nature.
— Tu devrais te préparer si tu veux être à l’heure à ton rendez-vous. Regarde sur ton lit, il y a un paquet qui vient de la couseuse. Je l’ai spécialement fait faire pour aujourd’hui. De toute façon, il était grand temps, ton pantalon allait bientôt sortir de tes bottes, plaisanta-t-elle en jetant un coup d’œil à ses chausses.
Heureux, il partit se changer après l’avoir remercié puis quitta la chaumière en courant, Jun sur ses talons, tout aussi enthousiaste. Sa nouvelle tenue en cuir souple lui allait à merveille.
Près de l’entrée du village, Jun se stoppa net, la truffe en l’air. Il émit un grognement qui signala un potentiel danger. Haewon s’arrêta aussi et scruta les alentours.
— Mais qu’est-ce qu’il beau ! retentit une voix grave.
Tan, le fils du boucher, dépassa le rocher qui cachait sa présence. Il le toisait de toute sa hauteur, un sourire narquois aux lèvres. À la main, il tenait ses outils : une fourche et une large serpe. Derrière lui se tenait Maril, le fils de la couseuse, qui ricanait dans son dos.
Tan voulait épouser Siryane et considérait Haewon comme un obstacle. Sans lui, elle serait déjà sienne.
Haewon ne les supportait pas. Ces deux-là s’amusaient en permanence aux dépens des autres, mais comme leur stature imposante leur permettait travailler les champs avec vigueur, les habitants de Chènefier fermaient les yeux sur leur comportement. Il sentit la colère monter et tenta de l’enrayer. Il n’avait pas peur d’eux, il évitait que cela puisse dégénérer. Il voulait juste rejoindre Siryane à la fête du Mil. Il décida d’ignorer les provocations et de continuer son chemin.
— Hé, où tu vas comme ça. Tu crois que tu peux nous éviter ? lança Tan en se dirigeant vers lui.
Jun grogna et Tan inclina sa fourche, prête à l’embrocher.
— Laisse-moi tranquille, Tan. Je n’ai pas de temps à perdre avec toi, répliqua Haewon, une main sur le dos du loup.
— Oh, tu te prends pour qui ? Tu crois que tu es mieux que nous ? Tu n’es qu’un bâtard sans famille, sans racine ni avenir ! cracha Tan. Tu crois que je ne sais pas qui tu vas rejoindre. Laisse-la tranquille, elle est à moi !
— Elle n’est pas à toi, Tan. Elle est libre de choisir ce qu’elle veut faire de sa vie. Alors, arrête de la harceler et de me menacer, dit Haewon les poings serrés, le regard sur Jun.
— Et que ferait-elle de toi ? Tu ne regardes même pas les gens en face !
Jun grogna. Une plainte sourde et grave qui sortait de son poitrail. Cette fréquence qui émanait de lui permettait à Haewon de se concentrer sur la faim qui le dévorait. Tout son être tremblait de l’intérieur tellement sa tentative de maîtrise lui prenait son énergie.
— Tan !
Tan se retourna et vit Siryane arriver vers eux. Sa voix habituellement douce gronda depuis l’entrée du village. Elle se rapprochait en marchant d’un pas vif.
— Laisse-le tranquille, il ne t’a rien fait. Ne dirige pas ta colère contre lui !
— Siryane, ma belle, tu es venue me voir ? dit-il d’un ton cynique.
— Ne me fais pas rire, Tan. Tu sais très bien pourquoi je suis là. Tu n’as pas le droit de t’en prendre à Haewon, de t’acharner ainsi sur lui parce que je te repousse. C’est mon ami, alors laisse-nous tranquilles ! lui rétorqua-t-elle en le fusillant du regard.
— Tu me le payeras, espèce de vermine ! Vous me le payerez tous les deux ! vociféra Tan, la mâchoire serrée.
— Ne t’avise pas à te venger où tu goûteras à la poigne de mon père ! lui retourna-t-elle avec sérieux.
Siryane prit la main de Haewon et l’entraina vers le centre du village où les préparatifs de la fête étaient terminés. Des énormes troncs, positionnés en cercle autour d’un immense feu servaient de bancs. Elle alla chercher une chope de Mirhe au tonneau, une sorte de bière faite à base de Mirthe — une baie orangée qui ne poussait que dans les environs —, et en tendit une à Haewon qui la prit, hésitant.
— Ne t’occupe pas de lui, lui dit-elle en s’asseyant à ses côtés. Il va se calmer et passer à autre chose, finit-elle souriante.
Haewon, sous le charme de sa douceur, avala une gorgée amère du liquide ambré. Une chaleur douce descendit le long de sa gorge. Les effets de la Mirhe adoucissaient un peu sa rancœur.
Ils restèrent ainsi pendant une bonne heure, à savourer des racines de Mil grillées, à se servir de morceaux charnus sur les cochons qui tournaient au-dessus les flammes. Haewon, malgré son arrivée difficile, passait une agréable soirée.
Siryane s’excusa d’une envie pressante et s’éclipsa. Haewon fit de même — Il n’avait pas l’habitude de boire autant — et quand il revint, il s’étonna de son absence. Il balaya l’endroit du regard, mais sans succès.
Une angoisse sourde lui noua le ventre comme un mauvais pressentiment.
« Et si Tan… »
Son sang se figea et il pria Jun de la retrouver — au pire, il valait mieux la déranger —.
Jun, guidé par son flair, sortit du village et emprunta le sentier. Il s’enfonça dans le sous-bois lorsqu’un cri retentit. Haewon peinait à le suivre et se fia à son ouïe. Un hurlement déchira le silence de la nuit qui le tétanisa.
« Son loup était en danger ! »
Il se fraya un passage au travers des branches en accélérant le pas. Ses mains, égratignées, couvraient son visage. Une clairière se dessinait au loin. Des torches l’éclairaient faiblement et lorsque Haewon y arriva, il fut saisi d’effroi par ce qu’il vit.
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Micael M.
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Marion_B
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Jakae chappinj
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