Fyctia
De l’amour à la haine
Une autre fascination, qu'il contrôlait bien, était celle de faire du mal gratuitement. Combien de fois avait-il eu envie de mettre le feu quelque part, comme ça, pour voir brûler, pour le pied, il s'était toujours retenu. Casser, ça lui plaisait beaucoup. Il ne le faisait pas ou pas encore pensait-il. Un jour, dans dix mille ans peut-être ! La seule chose qui le retenait était son respect immodéré de la vie. Risquer de détruire une vie humaine lui était vraiment insupportable. Il sentait bien que ce verrou était près de sauter dans son esprit. Devant telle situation particulière, il se disait que, en possession d'une arme à feu ou d'explosifs, il pourrait facilement faire le pas.
Un jour dans le métro, il avait son sac en bandoulière et, le réajustant à son épaule, il en avait donné un coup à un voyageur assis sur uN strapontin. Un enfoiré de première qui s'était mis à hurler après Miel. Comme si celui-ci avait fait ce geste intentionnellement ! Pauvre type ! Miel était resté tellement étonné devant cette réaction exagérée, qu'il avait été incapable de dire un mot. L’autre, ayant pris cela pour de la faiblesse, l'avait traité de “pédé. ” Miel avait trouvé la parade et en souriant, il lui avait dit :
- Oui, bien sûr ! Mais ça vous dérange que je sois pédé et violent ou ça vous fait envie ?
L'autre était devenu menaçant devant l'assurance de Miel et celui-ci était descendu en ravalant des insultes, quitte à passer pour un dégonflé. Sur le quai, il avait imaginé qu'ayant un revolver dans sa poche, il se serait retourné vers l'imbécile à la première imprécation, lui aurait calmement flanqué le canon dans la bouche et aurait tiré sans hésiter en disant à l'infâme conard un truc du genre : “- Va niquer tes morts, boule à nœuds !”
Puis il serait descendu sur le quai, royalement, en soufflant sur l'extrémité de son canon, exactement comme il le faisait avec son faux flingue en bois lorsqu'il était petit garçon.
Cette double réflexion, sur son envie pour cette femme avec qui il avait vécu pendant trois ans et sur son désir intermittent de meurtre, lui ramena à l’esprit que les deux choses étaient certainement incompatibles. Il se souvint d'un soir, alors qu'ils sortaient tous deux du théâtre où il jouait depuis trois semaines, ils avaient vécu une drôle d'aventure qui relativisait ses désirs précédents.
Ils avaient pris le métro à Louis Blanc et devaient descendre à Pont-Neuf. Ils étaient assis côte à côte sur une banquette dont il débordait un peu dans l'allée ; il n'y avait pas grand monde dans le wagon, à peine quinze personnes. A la station “Gare de l'Est ”, deux filles étaient montées et avaient bousculé Miel, lui reprochant de tenir beaucoup de place. Il les avait envoyés chier proprement en leur disant que les gros avaient aussi le droit de vivre et que, si la majorité devait empêcher de vivre tous ceux qui ne plaisent pas, elles ne seraient, elles, certainement pas là vu qu'il y aurait bien assez de monde par les temps qui courent pour les juger de trop. C'était une black et une arabe. Les filles s'étaient postées en face d'eux au bout du wagon et elles avaient copieusement insulté Miel, le traitant de "gros plein de merde" et autres délicatesses. Il avait ignoré les deux pétasses, se rendant compte rapidement qu'elles n'étaient pas dans leur état normal. Elles étaient sans aucun doute sous cachets ou autres saloperies du même genre. Il l'avait dit tout de suite à Marie et lui avait demandé de ne plus répondre à la provoc. Ils continuaient tous deux à discuter comme si rien ne s'était passé.
Les deux filles étaient alors venues s'asseoir en face d'eux et faisaient des commentaires à haute voix sur Marie et son physique. Malgré les conseils pressants de Miel, elle se mit à leur répondre et l'une des filles à la toucher. Miel dit à Marie de se lever et de passer derrière lui, ce que Marie fit. Les deux défoncées essayèrent de la poursuivre mais Miel bouchait le passage entre les sièges en se cramponnant à ceux-ci des deux mains. “Pont-Neuf ” était la prochaine station. Miel vit qu'une des filles, la reubeu, tenait quelque chose dans sa main qu'elle cachait nerveusement ; il pensa à une lame ou un cutter et libéra son bras gauche pour protéger son corps et son visage. La black avait un parapluie et se mit à en donner de furieux coups, ses lunettes giclèrent derrière lui mais il réussit à se saisir du pébroc, il tira un coup sec et le lança loin derrière elle. La reubeu monta à l'assaut, ce n'était pas une lame qu'elle dissimulait mais une bombe incapacitante qu'elle fit fonctionner à dix centimètres du visage de Miel. II sentit d'abord le produit lui glacer l'oreille gauche et le cou puis il ne vit plus rien. Les portes s'ouvrirent, il recula en donnant des coups de pied en avant et empêcha, sans les voir, les deux cinglées de descendre. Marie avait récupéré ses lunettes mais elles ne lui servaient à rien, il ne pouvait plus ouvrir les yeux. Tout s'était passé en quelques minutes, aucun des voyageurs n'avait bronché !
Un jeune homme descendu au même moment qu'eux d'un autre wagon leur dit qu'il était étudiant en médecine et que Miel ne devait absolument pas mettre d'eau sur ses yeux vu que cela aurait pour effet d'étaler un peu plus le produit. Marie prit Miel par le bras et l'aida à rentrer. Il puait ce putain de produit qui imprégnait ses fringues ; Marie les mit immédiatement à la machine à laver et Miel se passa sous la douche en évitant de se mettre de l'eau sur les yeux. Le produit abondant sur son cou, descendit avec l'eau sur tout son corps et il ne s'en aperçut que lorsque ça lui brûla férocement les roubignoles.
Il ne lui fit pas l'amour ce soir là, pas à cause de ses valseuses en feu, non, juste à cause de son manque de retenue qui l'avait choqué profondément. Il avait tout de même failli se faire esquinter un maximum par les deux pétasses et elle, elle avait plutôt rajouté de l'huile sur le feu au lieu de ravaler sa fierté et de calmer le jeu. Il se dit qu'elle pensait sans doute qu’avec un mec de son acabit, elle ne risquait rien et pouvait aisément faire sa petite maligne. Miel en était profondément troublé ; en y repensant, Miel se souvenait qu'ayant le sentiment de risquer sa peau, il n'avait jamais eu envie de détruire ces deux furies. Autant le connard du métro, qui ne lui balançait que des mots, aurait pu se prendre facilement une balle dans la tête sans aucun problème, autant il avait été incapable de sécher les deux nanas avec seulement ses deux poings.
l aurait pourtant pu vraiment les démolir, les massacrer allègrement ces deux connes ! S'il ne l'avait pas fait, c'est qu'il n’était tout pas violent, c'était aussi simple que cela,
5 commentaires
Cynemoon Inkepolis
-
Il y a 5 ans
Michbonj
-
Il y a 5 ans
Cynemoon Inkepolis
-
Il y a 5 ans