kleo Merytamon, princesse royale La force d'une mère

La force d'une mère

4.La force d’une mère

 

Néfertari s’était opposée à son époux dès qu’il lui avait annoncé la nouvelle. Elle savait que sa fille n’était pas une fainéante. Et comment avait-il pu croire aux propos néfastes de sa seconde épouse ? Lui, le juste, envers son peuple ! Ne l’était-il pas envers ses enfants ?

Furieuse de la décision de son royal époux, elle avait décidé de se rendre au harem royal, dans le but de soutenir sa fille. Toutes deux étaient reliées par une force inexplicable et Néfertari sentait la détresse de sa fille au plus profond de son être. Alors, après cette discussion houleuse, où Ramsès ne souhaitant revenir sur sa décision, elle partit, seule, dans le but d’avoir des explications. Les suppliques de Ramsès n’avaient eu aucun effet. Néfertari ordonna à sa garde personnelle de préparer sa litière et partit immédiatement. En peu de temps, elle pénétra dans l’enceinte du palais bleu. Elle était hors d’elle. Furieuse de sentir la chair de sa chair en difficulté. Mérytamon était son petit prodige, même si c’était une mère formidable, pour tous ses enfants. Elle les aimait tant, elle était prête à donner sa vie pour les protéger.

On la déposa aux portes du palais. La nourrice royale, Abina, la voyant arriver, se précipita vers elle. Néfertari s’approcha d’elle

      —Où est la princesse Mérytamon ? demanda-t-elle sévèrement à la nourrice.

      —Dans les appartements de la reine Isis-Nofret, répondit-elle d’une voix douce.

      —Accompagne-moi ! lui ordonna-t-elle sur un ton déterminé.

Une fois devant la porte, la grande épouse royale entra.

Immédiatement, les deux femmes s’échangèrent un regard : surpris pour Isis-Nofret et accusateur pour Néfertari. Par respect, Isis-Nofret baissa le sien. Néfertari observa, ensuite sa fille qui avait les yeux au sol, elle aussi. Oubliant le protocole, la reine se jeta dans les bras de sa progéniture. Elle la cajola comme elle le faisait au palais royal. Mérytamon se sentit alors en sécurité.

Cette odeur de rose, cette chaleur lui manquaient tant. Sa mère, c’était son pilier, celle qui savait l’écouter.

      —Comment vas-tu, Méry ? lui demanda-t-elle d’une voix douce et rassurante.

      —Tout va bien, mère… mentit la jeune princesse.

Néfertari se contint. Elle savait qu’elle venait de lui mentir. Si elle allait bien, comme elle l’affirmait, pourquoi voyait-elle des larmes dans ses yeux ? La reine reprit contenance en soupirant et en essuyant doucement les larmes qui coulaient le long des joues de sa fille. Tout en ne la lâchant pas des yeux, Néfertari lui déposa une bise sur le front :

Elle n’a pas le droit de te faire souffrir, Mérytamon, pensa-t-elle.

Elle se redressa, abandonnant son enfant, pour s’adresser à la supérieure du Harem :

      —Bonjour Isis-Nofret. J’aimerai savoir ce qui se passe avec ma fille ? lui demanda-t-elle d’un regard noir.

      —Il n’y a aucun problème, majesté, je ne comprends pas…reprit la supérieure du Harem, confuse et gênée.

      —Cesse de me tromper, Isis-Nofret. J’ai discuté avec le pharaon et il m’a raconté tes dires. Se fâcha Néfertari, horripilée par le mensonge d’Isis-Nofret.

Mérytamon assistait à la conversation, contrainte et forcée. Elle voyait sa mère comme elle aimait la voir. Elle défendait ses enfants coûte que coûte. Sa belle-mère flancha face aux remarques de la reine et le couperet tomba. La mère avait décidé :

      —Nous assisterons, le pharaon et moi-même au spectacle dédié à Hathor. Nous voulions faire une surprise à nos enfants, mais tu as tout gâché. Et Méry y sera présente à nos côtés. Et la prochaine fois, que tu as quelque chose à redire sur ma fille, tu me tiendras au courant ! Et un conseil Isis, ne la méprise pas, plus jamais.

Isis-Nofret se morfondit en excuses. Néfertari prit sa fille par la main.

      —Mérytamon est une jeune femme intelligente, animée par d’autres envies. Elle a plus de valeur que vous, elle ne se complait pas dans la perfidie ! ajouta Néfertari furieuse.

Les deux femmes sortirent, laissant la seconde épouse, confuse. La porte claqua. Isis-Nofret chancela. Elle ressenti le besoin de s’asseoir. Elle se sentait si démunie face à cette femme, cette reine, dans toute sa splendeur. Elle était si petite face à elle. Elle ne pourrait jamais être à sa hauteur, elle le savait si bien, mais voulait toujours l’espérer.

Dès qu’elles furent sorties, la reine se tourna vers sa fille.

      —Cette femme n’a aucun droit sur toi, Mérytamon. Tu dois me tenir au courant de ses faits et gestes contre toi.

      —Maman, je suis désolée, mais j’avais dit à Ahmosê que ces écrits, je les terminerai ce soir, je le fais toujours, se justifia la jeune fille.

      —Mérytamon, je sais que ton travail sera terminé, je n’ai aucun doute, mais tu n’ignores pas la position d’Isis-Nofret envers toi et surtout envers moi. Elle m’en veut et elle m’en voudra toujours d’avoir pris sa place. Et comme elle ne peut me toucher, elle fait de toi son souffre-douleur.

Néfertari releva le visage de sa fille et lui dit les yeux dans les yeux :

      —Elle n’en a pas le droit. Tu dois te défendre. Tu es une princesse royale, tu es supérieure à elle, par ta naissance. Ne te laisse pas faire !

      —Oui, maman, répondit Mérytamon, pour rassurer sa mère mais elle n’y croyait pas du tout.

Néfertari ajouta en reprenant la marche,

      —Et pour ton père, je m’en occupe. Ne tiens pas compte de son avis.

Mérytamon s’autorisa un petit sourire et suivit sa mère qui termina par cette annonce,

      —Ton père nous attend dans les jardins. Il a quelque chose à t’apprendre.

Cette nouvelle la refroidit. Qu’allait-il lui dire de si important, pour qu’il soit venu, ici, en personne ? Son mariage probablement. Elle n’était pas prête, elle le devinait, mais devait-elle suivre le conseil de Khâ ? Parler à ses parents, leur avouer son désir d’aller créer pour les dieux dans le village de la place des vérités ? Une princesse royale pouvait-elle devenir une servante pour les dieux ?

Très vite, elles arrivèrent au jardin. Le pharaon était assis face au bassin, avec une bière à la main. Il s’était abrité à l’ombre d’un sycomore. Portant un chendjit8, tenu par une ceinture dont la boucle forme un cartouche au nom de Ramsès, fidèle à lui-même, le pharaon regardait l’horizon, cette nature qu’il aimait tout autant que sa fille. Arrivée derrière lui, Mérytamon le trouva majestueux, même de dos.

***

Dès qu’il sentit leur présence, Ramsès se redressa. Son mètre quatre-vingt-dix surplombait les deux femmes. Le pharaon avait une carrure exceptionnelle, peu d’hommes étaient aussi grands que lui. Il ressemblait tout simplement aux dieux. Sa chevelure orange flamboyait avec les rayons du soleil. Il attendait impatiemment de revoir sa petite princesse, comme il la surnommait, affectueusement. Il portait ce simple pagne qui enroulait sa taille, un collier pectoral qui cachait la moitié de son torse et évidemment sa couronne : le Psencht, symbole de son pouvoir.

Ramsès était bien le fils des dieux, le fils du soleil. Amon-Ré était bel et bien en lui et il rayonnait, en ces lieux.

      —Ma petite fille !

Il la prit tout contre lui et la souleva de terre. Elle ressemblait à une poupée de chiffon, dans ses bras musclés et puissants.

      —Comment vas-tu ? lui demanda-t-il en la reposant au sol.

Pour toute réponse, Mérytamon lui sourit. Son père l’invita à s’asseoir à ses côtés et commença à lui parler. Elle avait peur de l’annonce et se sentait incapable de lui avouer ce qui la tourmentait. Elle l’écouta en regardant devant elle, cette nature qu’elle chérissait.

      —J’ai une grande nouvelle pour toi, ma petite princesse.

Elle ne montra aucune émotion, même si à l’intérieur d’elle-même, elle aurait voulu hurler sa détresse. Le pharaon continua, toujours aussi calmement :

      —Mais d’abord, sache que je ne suis pas satisfait de tes études ici ! Isis-Nofret me raconte que tu ne termines pas tes écrits ?

Elle l’avait donc déçue. Et décevoir ses parents, ce n’était pas ce qu’elle voulait. Avec tout ce qu’ils avaient fait pour elle, elle n’en avait pas le droit. Tout espoir s’envola, elle ne pouvait leur avouer son simple désir. Mais la grande épouse royale, toujours révoltée par cette injustice envers sa fille, prit sa défense en interrompant son mari.

      —Non, Ramsès, c’est Isis-Nofret. Elle aime s’en prendre à notre fille, je ne sais pour quelle raison. Mais sache que c’est à cause de huit hiéroglyphes qu’elle n’avait pas fini de tracer qu’elle a été réprimandée. Mais, regarde un peu ce dessin, Ramsès et dis-moi ce que tu en penses.

Néfertari lui donna le dessin de la déesse Maât que Mérytamon avait mis du temps à reproduire. La jeune princesse ferma les yeux. Elle se sentit, soudain mal à l’aise, elle craignait le jugement de son père et elle n’avait aucune confiance en ses productions. Elle cachait cette passion à son entourage, car le dessin était si futile aux yeux de la famille royale.

Elle attendit le verdict avec une certaine appréhension, le visage fermé. Puis, il reprit en gardant précieusement le papyrus, tout contre lui,

      —C’est divinement dessiné, elle a tes dons, ma douce ! Je n’ignore pas que Mérytamon n’est pas faite pour les études, c’est une artiste, comme toi.

Il gratifia d’un sourire son épouse puis, s’adressa à sa fille. Il la connaissait par cœur. Une petite princesse rebelle pensa-t-il, si bien qu’il eut un sourire. Il n’ignorait pas, qu’il n’en ferait pas une femme protocolaire, oisive et entretenant au mieux sa maison et ses domestiques. Non, Mérytamon était une artiste, une jeune femme exceptionnelle en devenir, mais les conditions de sa naissance lui donneraient un tout autre destin. Il n’avait pas le choix, même s’il savait que ses futures décisions, à son sujet, allaient à l’encontre de ses envies.

      —C’est pour cela, ma petite princesse que tu quitteras bientôt ces lieux qui ne t’apportent rien. Lui dit-il en affichant un joli sourire.

Il savait qu’il lui ferait plaisir.

Mérytamon se retourna vers cet homme qu’elle admirait tant. Son père avec qui elle avait passé son enfance, l’homme qui la lançait dans les airs, qui l’emmenait se promener sur son char, qui lui a donné le goût de la nature. Mais là, elle avait en face d’elle, le monarque, le maître des deux terres. Elle tourna son regard vers lui, elle avait un peu peur de ce qu’il allait lui dire. Mais elle vit ce sourire, celui qui la rassurait

      —Demain, nous partons en famille pour la place des vérités, lui annonça-t-il avec joie.

La place des vérités, le village des artisans, un lieu de rêve pour Mérytamon. Le rêve depuis son enfance.

Ce village où cohabitaient tous ces corps de métiers qui la faisaient rêver. Les meilleurs artisans de la terre des dieux, des hommes et des femmes qui sacrifiaient leur vie pour construire des demeures d’éternité aux pharaons. Dessiner, décorer, créer, sculpter pour gagner l’immortalité. Le rêve de chacun, le rêve de tous, du peuple et d’eux : les élus.

Un sourire égaya, alors, son visage et elle se tourna vers son père

      —Merci, Père… Merci beaucoup, vous ne saurez me faire plus plaisir.

      —Je m’en doute bien, ma princesse.

Il se pencha vers une petite table installée près de son fauteuil et prit un verre de bière fraîche, il continua, mais son ton changea

      —Ce sera l’occasion pour toi de rencontrer des hommes. Il est temps que je te choisisse un époux, un homme qui te rendra heureuse, ma princesse !

Sa joie fut de courte durée. La marier, le pharaon n’avait pas abandonné l’idée. Mais pourquoi l’aurait-il oubliée, puisque c’était la destinée de toutes les princesses royales ?

Se marier, entretenir un foyer, ne pas déroger à la règle et maintenir la lignée en enfantant des êtres purs…

Dans le but de prolonger l’équilibre et de gagner l’immortalité, la vie éternelle, celle qui permettrait d’accéder à la vie idéale, dans l’autre monde.

Mérytamon ne devait pas être celle qui déshonorerait la famille et mettrait l’équilibre en péril.

Tu ne peux rien dire. Tout cela doit rester secret, sinon, je les décevrai. Tu n’es pas comme Khâ. Sa demande était légitime. Il est sûr de lui. Mais toi, tu n’en es pas capable. Cette passion, ce sera mon secret.

Tu as aimé ce chapitre ?

47

47 commentaires

Elina Connor

-

Il y a 5 ans

Une bonne remise en place comme on les aime ! J'adore x) Même si je crains qu'il lui arrive quelque chose dans les chapitres suivants... Isis a l'air d'être du genre à vouloir se venger.

EvyCharly

-

Il y a 5 ans

Il me semble qu’Abina est mentionnée plusieurs fois sans que l’on ne sache vraiment qui elle est.

Lyaminh

-

Il y a 5 ans

Hé hé, Nefertari l'a bien remise à sa place la Isis !

Alec Krynn

-

Il y a 5 ans

Coucou binôme ! Me voilà pour continuer ma lecture ! Tu va me donner de quoi lire pour toute la semaine avec tous tes chapitres 😋 Je savais que super maman arrivée 😊 j'aime bien les femmes fortes comme ça qui protège leurs enfants coûte que coûte. J'aurais peut-être donné un peu de répondant à la belle-mère mais bon, ce n'est que mon avis, ton chapitre est très bien comme ça.

Charlie L

-

Il y a 5 ans

Ton ecriture se fluidifie au fil des chapitre. Tu sais faire passer les emotions pas les dialogues et l'emploi de la 3eme perdonne. Tu devrais exploité ça pour ton histoire. Ce point de vue nous permet un angle extérieur qui sert ton histoire. ici on decouvre Nefertari, quelle prestance. un très bon chapitre 😊 Conrinue comme ça

Sandra MALMERA

-

Il y a 5 ans

J'ai adoré ce chapitre, sûrement mon côté sadique envers les belles-mères. Mais ça reste un secret hein. N'empêche que je n'ai pas vu le chapitre. :) Et me voilà au dernier chapitre de ma lecture. Et à part les petits conseils que je t'ai glissé ici et là, je n'ai pas d'autres remarques. D'ailleurs, je trouve ton écriture fluide et agréable. On se plonge de mieux en mieux aux côtés de Méry au fil des chapitres. Et on découvre peu à peu la complexité de sa situation. A ce stade, tu installes plusieurs interrogations qui nous pousse vers la suite de ton histoire. J'ai aimé voyager en Égypte. :)

Camille Jobert

-

Il y a 5 ans

Elle est Néfertari ! Bien fait pour Isis

Eva_dk

-

Il y a 5 ans

ramsès sous son sycomore... l'image éternelle de Pharaon....

cornelie

-

Il y a 5 ans

C'est une histoire passionnante.

Madame Split

-

Il y a 5 ans

Très chouette lecture. Que de recherches tu as dû faire !
Vous êtes hors connexion. Certaines actions sont désactivées.

Cookies

Nous utilisons des cookies d’origine et des cookies tiers. Ces cookies sont destinés à vous offrir une navigation optimisée sur ce site web et de nous donner un aperçu de son utilisation, en vue de l’amélioration des services que nous offrons. En poursuivant votre navigation, nous considérons que vous acceptez l’usage des cookies.