Catherine Domin même pas en rêve chap13 Investigation nocturne

chap13 Investigation nocturne

Elle :


Vendredi 15 mars 2024


Après ma discussion, encore une fois, très animée avec Letellier, je me suis couchée et je ne pouvais m’endormir.


Ce n’était pas à cause des allusions plus ou moins bien inspirées concernant mon absence de féminité et ma supposée orientation sexuelle. J’en ai malheureusement l’habitude, et je me fiche complètement des avis des autres concernant mon apparence. Je m’habille comme bon me semble, privilégiant le confort aux froufrous mal pratiques et inconfortables. Et puis à mon âge, je n’ai pas besoin de jouer les vamps.


Pour moi, la féminité, ce n’est pas forcément être maquillée comme un carré d’as et porter des hauts talons. Donc, si je porte des jeans, des pulls et de baskets, sauf quand je sors, c’est tout simplement parce que je me sens bien dedans. Je ne me sens pas forcément obligée d’être en représentation tout le temps, offerte au regard concupiscent des bonshommes. Et puis vouloir plaire tout le temps, c’est fatigant.


Ah ! les stéréotypes et les conventions ont la vie dure et je hais les « dress codes ».


Et s’il peut penser que j’étais ce que je ne suis pas, eh bien, qu’il reste avec ses vieux préjugés de mâle dominant non évolué. D’ailleurs, cet homme de Cro-Magnon semble être aux antipodes de la modernité. Etonnant pour un type de sa génération !


Ce qui me préoccupe vraiment est une idée qui traine dans ma tête depuis ma conversation avec la concierge. Les deux victimes étaient amants ! Personnellement, je ne m’en serais jamais doutée. Je ne leur prêtais pas une attention particulière, étant le plus souvent absente de mon domicile et rentrant souvent tard le soir. Et puis, quand je les rencontrais, ils ne semblaient pas présenter des signes probants. Loin de répondre aux stéréotypes dignes de « La cage aux folles », ils se conduisaient normalement. Je les voyais souvent ensemble, mais je pensais qu’ils étaient tout simplement amis.


En tout cas, ils étaient très discrets. Leur orientation sexuelle m’importait peu, contrairement à l’idée que leur relation pouvait être la cause de leur assassinat. Une histoire de jalousie ? Un autre motif, bien plus sordide ? Cela ne semblait en tout cas pas du tout préoccuper Letellier. Je le sentais même réticent quand je parlais de cette affaire avec lui. Savait-il ou craignait-il quelque chose ?

Le sommeil tardant à venir, j’ai donc décidé d’en savoir un peu plus. Mon hébergeur semblait dormir à poings fermés. Je me suis donc rhabillée et je suis sortie, laissant la porte ouverte car je ne sais pas où il a mis ses clefs. Je suis revenue chez moi chercher une lampe de poche, et en route pour l’aventure !


Commençons donc par la première victime du rez-de-chaussée. Surprise ! la porte était entrouverte et les scellés brisés. C’est louche ça ! Je suis entrée et un désordre indescriptible régnait dans le séjour. Les tiroirs grand ouverts, les papiers étalés sur la table de la salle à manger. Sûrement l’œuvre de la police.


Je jetai un œil sur les étagères d’une magnifique bibliothèque de style anglais, dont les livres étaient restés bien en place. Des photos relativement anciennes des deux amants, bras-dessus, bras-dessous témoignaient de leur relation amoureuse. L’une d’entre elle semblait plus récente, prise au bord de mer. Tiens ! on dirait les planches de Deauville.


Je dirigeai le faisceau de ma lampe vers la table, sur laquelle étaient éparpillés bon nombre de papiers.

Quel bazar ! des correspondances diverses et variées, des factures de téléphone, ces papiers apparemment anodins témoignaient de leur vie passée, celle de Monsieur Tout le Monde. Tout cela étalé à la vue de chacun. Je me sentis soudain gênée par mon intrusion dans leur intimité. Comme si je l’avais violée. Pour cela, je n’aurais jamais pu être flic.


Tiens ! il y a même la facture d’un garage normand concernant une réparation de carrosserie. Auraient-ils eu un accrochage ?


Celle-ci émanait, de mai 2023, d’un garage de Bonneville sur Touques et concernait la réparation d’une Audi A3 modèle 2020. C’était sérieux. Le pare choc avant et le capot étaient changés. Le pare-brise aussi. Quelle en était la cause ? Collision frontale, mauvaise rencontre avec un animal ? Je pense qu’avec une aussi belle voiture, ils avaient sûrement une bonne assurance.


J’en étais là dans mes réflexions quand j’ai entendu quelqu’un entrer. J’ai tout de suite éteint ma lampe et je me suis cachée sous la table.


La lumière aveuglante du plafonnier s’alluma tout à coup.


— Alice ! je sais que vous êtes là ! sortez immédiatement de dessous cette table !


Letellier ! il m’avait repérée. Je sortis immédiatement de ma cachette.


— Ça ne va pas, petite folle, de vous introduire chez les gens par effraction au beau milieu de la nuit ?

— Par effraction ? non ! pas du tout !

— Et le fait de briser des scellés, ce n’est pas de l’effraction peut-être !

— Ils l’étaient déjà quand je suis arrivée.

— Mon œil ! Et , bien entendu, vous avez fouillé dans ces papiers ! Regardez-donc le bazar que vous avez mis !

— Mais non, tout était dans cet état quand je suis arrivée. J’ai pensé que c’était à cause des policiers. Regardez ! vous ne trouvez pas que cette facture est plutôt étrange ?

— Une facture de réparation émanant d’un garage ! Oui et alors ?

— Ces dégâts ne seraient-ils pas ceux provoqués par une collision ?


Il tendit alors la facture au bout de ses bras et la regarda en plissant ses yeux. Je compris aussitôt qu’il était presbyte, comme moi, et je lui prêtai mes petites lunettes de vue. Il émit un sifflement en l’examinant.


— En effet, ils ne semblent pas y être allés de main morte ! Il y en a pour un paquet de fric. Je ne sais pas ce qu’ils ont heurté. Un chien ? Non, le pare-brise n’aurait pas été touché. Plutôt quelque chose de haut. Peut-être un animal sauvage ? La forêt de Saint Gatien est toute proche, et il y a des animaux sauvages, comme des renards, des sangliers, quelques chevreuils, qui auraient pu traverser la route, mais je ne pense pas que cela aurait pu faire un impact sur le pare-brise.


— S’ils ont eu un accident, il y a sûrement des échanges de correspondance avec leur assureur, avec un constat amiable.

— Bien vu !

Nous avons farfouillé dans l’amoncellement de papiers et avons trouvé un dossier « Assurance ».

— Bon, dit-il, nous allons emporter ces éléments là-haut et les examiner précieusement demain. Que-dis-je, aujourd’hui, puisqu’il est deux heures du matin. Et maintenant, au dodo !

— Ah, j’oubliais, j’ai retrouvé une photo récente des deux amoureux. Je pense qu’elle a été prise sur les planches de Deauville.


Il se dirigea vers la photo que je lui montrai, et l’embarqua elle aussi.


Soudain, il se retourna vers moi, avec un air inquiet que je ne lui avais jamais vu auparavant.


— Alice ! ne me refaites jamais des coups comme ça !


Et il fit une chose à laquelle je ne me serais jamais attendue de sa part. Il m’enlaça subitement et me déposa rapidement un baiser sur le front. Et il m’avait appelée deux fois par mon prénom !


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7

7 commentaires

Jeanne Carré

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Il y a un an

Je les aime bien ! 💕🌸

Catherine Domin

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Il y a un an

Merci ! je les aime bien moi aussi !

François Lamour

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Il y a un an

Like du "Connard romantique" 😁

Catherine Domin

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Il y a un an

Merci !

Gwenaële Le Moignic

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Il y a un an

👍😎🥰 belle journée !

Catherine Domin

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Il y a un an

Bonjour Gwenaële, merci beaucoup. bonne fin de week-end.
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