Fyctia
Chapitre 7 - le journal
Elle :
Jeudi 29 février 2024
Voilà ! au lieu d’écrire un roman, j’ai décidé d’écrire un journal à la place, afin d'y consigner cette suite incroyable d’événements qui sont survenus depuis hier.
Je suis prise dans une sorte de tourbillon ! Moi qui souhaitais qu’il m’arrive quelque chose, je suis servie. Je n’avais pas escompté subir un dégât des eaux et vivre un double meurtre dans l’immeuble en si peu de temps. Dans quelle société vit-on ! Pleine de violence et de fureur !
Et là, j’ai l’impression de vivre dans un téléfilm. Si j’avais eu le choix, j’aurai préféré vivre une romance. Enfin, on vit ce qu’on peut !
Au moment où j'écris, je suis en pyjama, dans la chambre que m’a prêté le flic du troisième. Je suis assise sur le lit du bas, bien calée sur deux oreillers, l’ordinateur sur les genoux.
Voilà où j’en suis. Je n’ai plus d’appart. Je suis sinistrée, presque SDF, comme une chenille expulsée de son cocon. Heureusement que le flic du troisième m’héberge, mais il me faut trouver une solution rapidement. Je vais reconsulter mon contrat d’assurance. Il y a sûrement quelque part une indemnisation pour un hébergement provisoire.
Le flic du troisième ! Il faut que j’arrête de l’appeler comme ça. Mais c’est lui qui a commencé. Il m’a appelé « Miss Marple ». Je vais donc l’appeler « Hercule Poirot » pour l’emmerder. Ou alors « Colombo ». Non ! il serait plutôt du genre « Inspecteur Harry », ou quelque chose entre Colombo et Dirty Harry. Enfin, le spectre est large. Finalement, je délire, c’est du « n’importe quoi » !
Mais en vérité, je sais qu’il s’appelle Bruno Letellier. Et moi, je suis Alice Lemercier. Je me demande s’il n’est pas normand, comme moi. Enfin, on n’en est pas là. On n’est pas encore copains. Il m’héberge provisoirement, c’est tout ! Et puis il est plutôt condescendant à mon égard. Tiens, il me fait penser au commissaire Laurence dans « les Petits Meurtres d’Agatha Christie ». Aussi désagréable ! Et en plus, je m’appelle Alice, comme Alice Avril, sa tête de turc favorite. Ça n’aide pas ! Et c’est vrai que, physiquement, il a un petit côté « Samuel Labarthe ». Grand, brun, pas mal de sa personne… Et puis moi, c’est sûr je ne suis pas Marlène… ni Alice Avril. Je ressemble plutôt à… moi !
Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu regardes trop la télé, ma vieille ! Et puis le sieur Letellier n’est pas un adonis…
Quand même, ça m’angoisse un peu de venir dormir chez lui, mais c’est quand même mieux que l’hôtel. Et puis rester dans mon appartement humide et dévasté me parait impossible. Je ne m’y sens plus en sécurité. Donc, de deux maux, il faut choisir le moindre. J’espère que ce type n’a pas d’idées derrière la tête. Comme de me draguer par exemple ! ou pire…Non, ce n’est pas possible, et je ne suis sûrement pas son genre. Et puis je ne sais pas d’ailleurs de qui je serais le genre.
Allez, il faut lui faire confiance, mais pas trop. J’ai emmené ma bombe lacrymo avec moi. Finalement, il est quand même sympa de m’avoir proposé de m’héberger, même si je sens que sa proposition a été formulée du bout des lèvres.
Etant donné que je n’ai plus de cuisine, il m’a aussi invité à dîner chez lui. J’ai d’abord refusé en lui disant que j’allais commander une pizza, mais ça avait l’air de le contrarier. Alors, je suis montée avec ma valise, dans laquelle j’ai mis quelques bricoles que j’emmène quand je pars en week-end. Et nous avons dîné, en face de la télé, sans nous parler. Finalement, il a commandé deux pizzas avec des tiramisus, et nous avons bu des coca. Plutôt calorique comme menu ! Et côté conversation, zéro ! il avait plutôt l’air d’être plus intéressé par les infos que par ce que je racontais. Alors, je n’ai plus rien dit.
Peut-être que je l’intimide. Timide, lui ? ça m’étonnerait. Finalement, ce type est un mystère.
Allez ! j’éteins et dodo.
Lui :
Jeudi 29 février 2024
C’est incroyable tous ces événements ! Ils sont suffisamment intéressants pour que j’alimente de nouveau mon journal. Je l’avais abandonné quand ma femme est décédée. J’étais si dévasté à cette époque. Et puis après, je me suis embourbé dans le quotidien du retraité. Je suis devenu un « pépère », avec pantoufles, journal, petite promenade digestive après déjeuner, le petit film de l’après-midi sur Arte.
Et de temps en temps, je garde mes petits-enfants qui viennent me voir. Heureusement, ils m’apportent un peu de mouvement.
Et j’ai l’impression que j’ai pris un peu de bide depuis ces derniers temps. C’est sûr, je m’encroûte ! Ah, il est loin le fringant Capitaine de police Letellier, du 36 quai des Orfèvres. Si mes collègues me voyaient, ils rigoleraient bien.
Et, comme les Anglais, « Miss Marple » a débarqué avec sa grosse valise. Elle a amené trois bricoles, m’a-t-elle dit. Trois bricoles ! Eh bien, j’ai plutôt l’impression qu’elle va s’installer ici pour un mois. Et en plus, elle a apporté son ordinateur ! Mais pour quoi faire ?
Et puis qu’est-ce qu’il m’a pris de lui proposer de venir chez moi ? Enfin, c’est juste pour une nuit. Après, elle dégage ! Je n’ai pas envie qu’elle bouscule mes habitudes, et qu’elle étale son bordel partout. Enfin, son bordel… j’ai trouvé son appartement plutôt bien rangé, si on exclut les gravats des plafonds tombés un peu partout.
Et puis, je me plains que je m’encroûte. Elle pourrait apporter un peu d’animation. Enfin, j’en veux bien, mais à dose homéopathique.
Je reconnais qu’hypocritement, je l’ai accueillie avec le sourire. Et j’ai senti sur moi son air narquois. Elle a dû sentir, la fine mouche, que ce n’était pas de gaieté de cœur. Cette fille-là, elle a des antennes. Elle sent les choses. Et concernant cette affaire de meurtre, elle a fait des réflexions plutôt sensées. En fait, je suis vexé qu’elle ait deviné avant moi que le message n’était pas de Dubus.
— J’espère que cela ne vous dérange pas de dormir dans un petit lit de 90 cm de large, lui ai-je dit hypocritement en lui montrant l’ancienne chambre de mes fils.
Il y a deux lits superposés, des posters de moto partout. C’est une chambre de garçons quoi ! Et c’est là que dorment mes petits fils, des jumeaux, quand il viennent. J’aurais pu lui donner celle de ma fille, romantique, avec un lit de 120 cm, décorée de posters pour les filles, avec des fleurs, des poupées et des nounours et tout le tremblement, et restée dans son jus des années deux mille, mais je lui ai donné l’autre… pour l’embêter. Je ne sais pas si elle va prendre le lit du haut ou celui du bas. Enfin, peu m’importe. C’est son problème. J’ai mis des draps propres dans les deux lits. Mais finalement, elle n’a rien dit. Et elle m’a même remercié.
D’ailleurs, une chambre de garçon, ça lui va bien. Elle n’a rien de féminin. Elle est toujours en pantalons. Elle ne se maquille pas. Elle est toujours un peu coiffée en pétard. Elle est… nature ! Voilà, nature ! c’est l’expression qui convient.
Cependant… elle a quand même, il faut l’avouer, un certain charme, si on la regarde bien. Enfin, faut regarder longtemps !
8 commentaires
KBrusop
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Il y a un an
Catherine Domin
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Il y a un an
Alexandra G
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Il y a un an
Jeanne Carré
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Il y a un an
Catherine Domin
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Il y a un an
Alice Bruneau
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Il y a un an
Catherine Domin
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Il y a un an
chiara.frmt
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Il y a un an