Catherine Domin même pas en rêve Chapitre 3 - odeur suspecte

Chapitre 3 - odeur suspecte

Je me demandais il y a une semaine ce que je pouvais mettre dans mon roman d’amour.

Seule dans ma cuisine, je me refaisais le « spleen » de Baudelaire. « Quand le ciel, bas et lourd, pèse comme un couvercle… » Non, c’est hors sujet ça ! Bien que c’était d’actualité, ce ne pouvait pas entrer dans mon roman. Ou alors, pour décrire une atmosphère, mais ce n’était pas bien gai comme introduction.


J’avais beau retourner et retourner des idées dans ma tête, rien ne me venait. Alors, j’ai laissé tomber. Je ne suis pas douée pour la romance.


Et voilà qu’un beau matin…


Ah ! Il faut que je raconte cela. C’est incroyable ce qui est arrivé !


D’abord, je fais une rapide description des habitants de l’immeuble dans lequel j’habite depuis plus de trente ans.


Au rez-de-chaussée, il y a un couple. Les habitants de cet appartement sont très bizarres. Ils ont mis des rideaux noirs partout, des rideaux occultants qui les privent de lumière. Ils sont toujours fermés, de jour comme de nuit, hiver comme été. On se demande bien ce qu’ils maquillent là-dedans. De la fausse monnaie ? du trafic de drogue ? A moins qu’ils ne cultivent des endives en appartement ? Ce qui expliquerait qu’ils se privent de lumière. Et puis, on ne les voit pratiquement jamais. Peut-être qu’ils ne sortent que la nuit ? comme les vampires ? Ce sont peut-être des enfants de la Lune ? En tout cas, je sais qu’ils sont là car j’entends quelques fois des petits bruits. Donc, il y a de la vie là-dedans.


Il y a des tas de gens bizarres un peu partout. Peut-être qu’ils se disent tout simplement : « pour vivre heureux, vivons cachés ! » Enfin, cela ne me regarde pas, du moment qu’ils ne font pas trop de bruit. Je ne les ai vus qu’une fois. On dirait qu’ils sortent de la famille Adams. La femme ressemble à Morticia, avec ses long cheveux noirs avec une raie au milieu et l’homme ressemble à Gomez. Tout aussi gominé que lui avec sa gueule toute blanche et ses cheveux noirs aplatis. Des gueules blafardes et sinistres.


Le gars du deuxième étage, donc l’appartement au-dessus du mien, est un papy sourdingue qui perd la tête. Lui, du bruit, il en a fait. Pendant des années, il m'a cassé les oreilles en écoutant sa musique à fond les manettes. Du Michel Sardou en plus, alors que moi, j'aime les Beatles et les Rolling Stones. J’ai dû souvent frapper à sa porte le soir pour lui demander de baisser le son car, comme n’importe quel être humain, je dors la nuit !


Et, qui plus est, il perd un peu la boule et passe son temps à espionner les voisins en collant son oreille à la porte. Je l’ai surpris plus d’une fois à le faire.


Un jour, je lui ai dit « Alors, les nouvelles sont bonnes ? » Aussitôt, il a détalé pour remonter dans son appartement. Depuis, quand il me voit, il rase les murs. Et je sais qu’il m’espionne quand je sors de chez moi. Je le vois, derrière sa fenêtre, écartant les rideaux et me fixant, et dès que je le regarde, hop ! ceux-ci sont refermés illico. Si la police devait l’interroger sur tous les faits et gestes des copropriétaires, je crois qu’il pourrait les renseigner. Il est pire que le KGB. Il sait tout sur tout le monde.


Tiens ! A propos de police ! Il y a un flic au troisième. Enfin, un ex-flic ! un inspecteur de police à la retraite. Un ronchon qui râle tout le temps. Il est infernal. Il conteste tout lors des assemblées des co-propriétaires. Un véritable emmerdeur ! J’aimais bien sa femme et je fus triste quand elle est décédée. Je suis allée à son enterrement. Mais lui, il est insupportable parce que... chiant !


Et pourtant, c’est bien à lui que j’ai eu affaire. Et une affaire pas banale ! Un mort !

Oui, vous avez bien lu ! un mort ! un cadavre !


Depuis quelques jours, il y avait une odeur infernale dans l’immeuble. On avait beau ouvrir les fenêtres du palier, rien n’y faisait. On pensait que cela pouvait provenir des égouts.

Mais personne n’avait réagi. On ne se contentait que d’ouvrir les fenêtres. Quand même ! Ce n’est pas normal ! Le syndic devrait faire quelque chose !


Et puis, j’ai commencé à renifler car je voulais savoir d’où cela provenait. Apparemment, du rez- de-chaussée. Pas de celui de la famille Adams, mais de l’appartement d’à côté. J’ai cogné, mais personne ne répondait.


Bizarre, bizarre !


Je suis allée voir plusieurs voisins et leur ai demandé s’ils avaient vu M. Lebreton dernièrement.


— Non, m’avait-on répondu. Il est malade actuellement.

— Malade ? vous êtes sûrs ? A mon avis, il ne va pas bien du tout !


Et c’est pourquoi, inquiète et ne sachant pas quoi faire, je suis allée voir le flic du troisième.

J’ai sonné à sa porte, il a ouvert. Encore en peignoir de bain alors qu’on était en plein après-midi. Quelle feignasse ! Il me regarda, surpris car jamais je n’étais allée le voir auparavant.


— Qu’est-ce que vous voulez ? me demanda-t-il, d’un air pas très aimable.

— D’abord bonjour, cher voisin. Je suis désolée de vous déranger pendant votre sieste, mais il se passe quelque chose de bizarre au rez-de-chaussée.

— Hein ? quelque chose de bizarre ?

— Oui, comme une odeur suspecte. Vous n’avez rien senti ?

— Je ne sais pas, je suis rentré ce matin de vacances. J’ai roulé toute la nuit et j’ai dormi en arrivant et je viens juste de me réveiller.


C’était vrai, il avait l’air d’un ours qu’on venait de réveiller pendant son hibernation. Un ours mal léché ! Néanmoins, il semblait presque attendrissant avec ses cheveux ébouriffés. Cela lui donnait l’air d’un gamin.


— Quel genre d’odeur ? me demanda-t-il.

— Cela semble provenir de chez M. Lebreton. L’avez-vous vu récemment ? il paraît qu’il est malade !

— Oui et alors ?

— Une odeur d’égout qui semble venir de chez lui. Et il ne répond pas quand je sonne chez lui. J’ai bien peur qu’il soit plus que malade !


Il poussa un gros soupir.


— Bon ! entrez un moment et asseyez-vous dans le salon ! j’arrive. Le temps de prendre une douche et m’habiller.


J’entrais dans son salon. Pas mal ! L’appartement était bien tenu. Pas de désordre ! Il y a avait deux bibliothèques. Je m’en approchai. Apparemment, il aimait lire ! Il était peut-être plus cultivé que je ne le supposais au départ. Comme quoi on peut se tromper sur les gens.


Je commençais à regarder les livres. J’en pris un au hasard. Jean Giono : « Que ma joie demeure »

Et puis il y en avait d’autres, de Jean Giono, et puis toute la collection d’Emile Zola, la série des Rougon-Macquart. J’avais aimé les lire quand j’étais adolescente.


Et puis, Victor Hugo, Alexandre Dumas… Les trois mousquetaires. Il avait lu « Les trois Mousquetaires ! » J’adore ces romans moi aussi. Il remontait un peu dans mon estime.


Il réapparut au bout d’un quart d’heure. Tout frais, tout beau et habillé d’un jean et d’un pull. Je le regardai avec intérêt. Il n’était pas si mal que ça après tout ! Pour un sexagénaire.


— Bon quand vous aurez fini d'ausculter ma bibliothèque, on pourrait peut-être y aller, non ?


Toujours aussi aimable !



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7 commentaires

Alexandra G

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Il y a un an

like de soutien

Jeanne Carré

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Il y a un an

Pas banale cette rencontre! Soutien 🌸

Catherine Domin

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Il y a un an

Oui, plutôt ! c'est ce qui en fait tout le sel ! merci pour ton like !

chiara.frmt

-

Il y a un an

🫶🏻🎀
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