Alexenrose Ma bonne étoile Chapitre 3 (1/3) - Grant

Chapitre 3 (1/3) - Grant

De mon index, je remonte mes lunettes aux verres fumés sur le haut de mon nez. Le soleil est éclatant, comme toujours en Floride. Et la chaleur combinée à l’humidité… putain c’est irrespirable ! Je libère mon cou trempé par la sueur en ouvrant les trois premiers boutons de ma chemise, et enroule les manches jusqu’aux coudes. Je me mettrais bien torse nu, mais faire ça devant le hall de l’aéroport sous les yeux des taxis et voyageurs serait une idée à la con. Déjà qu’on me regarde avec insistance, je suis certain qu’il y en aurait à coup sûr un dans le lot pour prendre une photo. Je dois faire profil bas et pour ça, ça commence par garder ma chemise même si j’étouffe.

Je consulte mon téléphone pour vérifier si ma mère n’a pas cherché à me joindre depuis notre dernier échange, lorsque l’avion a atterri. L’écran s’allume, et c’est le nom de Jamyson qui apparaît sur mes dernières notifications. J’ai dix messages non lus. Depuis qu’on s’est quitté hier, j’ai l’impression d’avoir du plomb à la place du cœur. Il pèse lourd dans ma poitrine alors que je devrais être apaisé. Je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal. On a fait le bon choix, j’en suis convaincu, mais j’ai cette étrange sensation que nos chemins sont désormais parfaitement parallèles, et qu’ils ne se croiseront plus. C’est idiot parce qu’on se reverra, on s’aura aussi au téléphone ou en visio. Notre amitié n’a pas bougé d’un pouce et ce n’est pas près de changer. Alors qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi ça me fait autant de mal ?

Le cœur serré, je n’ai pas goût à lui répondre. Au lieu de ça, je clique sur la conversation avec ma mère. Je relis le dernier message qui date d’il y a une bonne heure avec pour seule information : « J’arrive ». Elle habite où pour mettre autant de temps ? A l’autre bout de l’État ?

C’est la première fois que je viens la voir depuis qu’elle a déménagé ici, il y a un an. Elle a voulu se rapprocher de sa sœur Joy, la seule famille qu’il lui reste en dehors de moi. Et ces dernières années, on peut dire que j’ai été un fils indigne. Je me suis contenté de messages ou d’appels sans la voir en face à face pendant un temps que je ne compte même plus. Cette situation lui a fait beaucoup de peine, j’en suis conscient. Être la bête noire dans la vie des gens que j’aime est ma spécialité. J’essaie de faire les choses bien, mais ça finit toujours par foirer.

Je me mords la lèvre inférieure, nerveux à l’idée que ces retrouvailles se passent mal. Des tonnes de ces foutus « Et si… » m’inondent le cerveau. C’est ma mère, celle qui a dû assumer la fonction entière de « parent » après le décès de mon père, ma première supportrice, la femme de ma vie en quelque sorte. Tout devrait donc bien se passer, peu importe le temps qui s’est écoulé depuis la dernière fois qu’on a partagé un vrai moment ensemble. Ce n’est pas une étrangère. Monter dans un taxi et partir sans rien dire ne devrait donc pas être une option envisageable. Pourtant, j’y pense de plus en plus.

Oui, c’est une bonne idée, je vais faire ça !


— Grant ?


Une voix féminine dans mon dos me fait sursauter. Je me tourne pour tomber nez à nez avec une femme aux cheveux aussi blonds que les miens. Coupés au carré, ils encadrent son visage fin dont les traits sont plus tirés que la dernière fois que nous nous sommes vus.

Il est trop tard pour fuir…


— Salut, maman.


Elle m’offre un sourire crispé et s’approche d’un pas incertain. L’émotion se lit dans ses yeux verts, mais son corps est sur la retenu. Elle lève les mains, puis les rabaisse aussitôt. Son hésitation à me prendre dans ses bras ne fait qu’abimer un peu plus mon cœur déjà meurtri. Elle ne sait pas comment agir, et je ne suis pas mieux. Alors plutôt que de prolonger inutilement cet instant gênant, j’y coupe court.


— Merci d’être venu me chercher. T’es garée où ?


Ma question la surprend. Elle s’humidifie les lèvres avant de me répondre :


— Un peu plus loin sur la gauche.

— Super.


Je tire ma valise dans la direction qu’elle m’a indiquée. Elle a peut-être changé d’État, mais pas de voiture. Je reconnais sa vieille Cadillac noire dans laquelle elle venait me chercher à l’école.


— Tu n’as que cette petite valise ?

— Oui, confirmé-je en la mettant dans le coffre qu’elle vient d’ouvrir.

— Tu ne restes pas longtemps ?


Je tourne la tête pour plonger mon regard dans le sien. Elle semble déçue.


— Je ne sais pas encore.


Elle se contente de hocher la tête avant de refermer le coffre. Nous nous installons dans la voiture sans ajouter un mot de plus. Le début du trajet se fait dans le silence le plus total. Le malaise entre nous est palpable. Je le sens peser sur mes épaules. A nous voir assis là, tous les deux dans cet espace confiné, le regard fuyant, on a du mal à croire qu’un jour on a été fusionnel. Après la mort de mon père quand je n’étais encore qu’un ado, on a créé une relation si complice qu’aucun jour ne passait sans qu’on ne se voie. Et quand je suis entré à la fac, à Nashville, elle m’appelait tous les soirs pour que je lui raconte notre journée à Jamy et moi.

Ce lien me manque, mais je n’ai aucune idée de la façon dont je dois m’y prendre pour le renouer. J’ai déjà du mal à lancer un sujet de discussion. Il faut que je trouve quelque chose avant qu’elle ne décide de me poser des questions auxquelles je n’ai pas du tout envie de répondre.


— Tu te plais à Saint…


Merde, j’ai un trou.

Je suis incapable de me souvenir du nom entier de la ville où ma mère a décidé de poser ses bagages. Quel genre de fils oublie un truc pareil ?


— Augustine, complète-t-elle à ma place.


Je sais qu’elle me l’a déjà dit plusieurs fois, mais cette info s’est noyée au beau milieu des tourments de ma vie de fausse star. Je pince mes lèvres et m’enfonce un peu plus au fond du siège, un brin contrarié de ne pas me souvenir d’une chose aussi basique la concernant.


— Oui, j’adore la douceur de cette ville, ajoute-t-elle. Et toi, comment tu te sens ?

— Je pète la forme.


Mon manque d’enthousiasme ne lui échappe pas. J’ai tellement l’habitude de répondre que tout va bien quand on me pose cette question, que c’est devenu un automatisme.



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10

10 commentaires

Jane--Ice

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Il y a un an

oh bichette, on fait le plein de vitamine D et tout va bien se passer; on positive <3

Alexenrose

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Il y a un an

La positive attitude

Gottesmann Pascal

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Il y a un an

Pauvre Grant. On sent vraiment son mal être. Il voudrait renouer avec sa mère mais c'est pas si simple.

Alexenrose

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Il y a un an

Les relations humaines ne sont jamais simples, mais c'est aussi pour ça qu'elles sont belles

FleurDelatour

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Il y a un an

Un chapitre très touchant ! Grant a foutu en l'air toutes les relations importantes qu'il avait. Il devait etre sacrément mal dans sa peau pour en arriver là. J'aimerais beaucoup voir mère et fils aussi unis que par le passé. Mais le chemin des confidences ne semble pas aiguillé pour Grant !

Alexenrose

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Il y a un an

Comme il le dit si bien, il ne sait que rendre malheureux les gens qu'il aime. Mais ça va changer ^^
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