Fyctia
Chapitre 33 🏠🧽🤥😡
Marion se cache derrière un mur d'indifférence tout en nettoyant, au moins quinze fois, à l'aide d'une éponge, le plan de travail luisant, sans oser me regarder dans les yeux. Sa colère latente fait froid dans le dos bien que, pour le coup, je ne suis pas celle en faute. Alors, pour éviter une nouvelle dispute, je me réfrène et opte pour une approche plus calme et un ton sans reproches.
— Tu croyais que je ne le saurais jamais ? Pourquoi m'avoir caché la vérité Marion ? C'est quoi l'intérêt ? dis-je calmement.
— Tu connais déjà la réponse Éli. Ne feins pas l'étonnement, finit-elle par lâcher tout en frottant énergiquement la surface en bois.
— Je crois que c'est propre, tu sais, lui fais-je remarquer.
Sans tenir compte de ma réplique, Marion semble se murer dans un profond silence, pas prête le moins du monde à s'expliquer sur ses mensonges.
— Marion, tu m'écoutes ?
Elle arrête soudain son astiquage et se fige sans daigner affronter mon expression désemparée.
— Tu veux que je te dise quoi, Éli ?
— Je sais pas moi ! N'importe quoi ! m'exclamé-je. Je veux comprendre !
— Tu serais jamais venue.
— Clairement non, tu as raison.
— Tu as donc la réponse à ta question, ajoute-t-elle en reprenant son lustrage indispensable.
— Le deal, c'était deux mois. Pas un jour de plus, lui rappelé-je.
Avec Marion, nous naviguons ensemble sur une mer d'incompréhension. Ces dernières semaines nous avaient pourtant rapprochées, cette randonnée nous avait aidées à retrouver notre amitié abandonnée sur le bord du quai il y a plusieurs années déjà. Et sur ce point, je ne peux que m'en prendre à moi-même, Marion ayant tout tenté pour conserver un lien malgré la distance. Mais je n'y ai tout simplement pas mis du mien, en tout cas pas suffisamment, et me suis cachée derrière moults prétextes ridicules. Cette rancœur qu'elle possède à mon égard est donc logique. Je ne peux prétendre à l'Oscar de la meilleure amie qui soit.
La petite brune range son éponge et son produit désinfectant dans le placard sous l'évier puis plonge enfin ses deux iris sombres dans les miens. Son index accusateur pointé dans ma direction, je n'en mène pas large. Du haut de son mètre soixante, elle m'impressionne par son air intransigeant, audacieux et maîtrisé, bien plus que lorsqu'elle laisse sa rage exploser.
Depuis notre rencontre, je ne l'ai vue furieuse que très rarement. Une première fois au lycée contre un garçon qui me harcelait, une autre fois car elle a été accusée de tricherie à un examen alors qu'elle n'y était pour rien (Marion déteste l'injustice) et le jour de mon arrivée à Châtelet-plage. Autant dire que ses accès de colère se comptent sur les doigts d'une main. Mon amie est d'une patience à toute épreuve, une personne posée et à l'écoute des autres. Un peu comme Simon quand j'y pense. Ce trait de caractère semble être de famille.
— Oui et ? s'agace-t-elle. Tu resteras deux mois et puis voilà ! On se retrouvera sans médecin et on en cherchera un autre. C'est pas comme si on ne l'avait pas déjà fait ! De toute façon, ce ne sera plus de ton ressort. Je ne vois donc pas où est le problème ! Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je vais aller nettoyer la salle de bains.
— Elle est propre, elle aussi, lui signifié-je.
— M'en fiche.
— Marion…
— Je vais la renettoyer, dit-elle en quittant la pièce.
Mon amie de toujours m'abandonne dans une brume opaque dont je n'arriverai pas à m'échapper sans son aide. Je suis déçue, perdue et m'en vais réfléchir, seule.
Assise sur le banc depuis lequel j'ai observé les étoiles avec Simon, je me vide l'esprit et ma déception s'atténue au rythme des vagues. L'air frais et un peu de solitude me procurent le plus grand bien.
— Salut…
Étonnamment, c'est un Simon marchant sur des œufs qui s'installe à mes côtés.
— Salut.
Mon ton piquant n'invite pas à la discussion. Pourtant, monsieur Le Maire se lance tout de même sur ce chemin pentu et glissant, désireux de gravir cette montagne de désappointement que je représente. Son ascension risque d'être semée d'embûches.
— Élisa…
— C'est Marion qui t'a envoyé ? Elle refuse de s'expliquer. Je ne comprends pas sa réaction. Quelque chose m'échappe dans cette histoire. Il manque une pièce du puzzle.
— Je sais, soupire-t-il, d'un air attristé.
— Vous m'avez menti. Tous.
— Disons qu'on a gardé le secret car tu étais plutôt réticente à venir t'installer à Châtelet. Mais, je suis d'accord, on aurait dû jouer cartes sur table avec toi dès le début.
— En effet.
— J'avoue qu'avec le recul, ce n'était pas forcément la meilleure option. Je regrette. Marion aussi. Ne lui en veux pas s'il-te-plaît…
— Je ne lui en veux pas, rétorqué-je, au bout de longues secondes.
Mon ton se radoucit quelque peu devant sa sincérité évidente. Ce côté séducteur dont il n'est pas conscient… encore et toujours.
— Enfin pas vraiment. C'est juste, je déteste être prise pour une imbécile. Mets-toi à ma place cinq minutes.
— Ce n'est pas entièrement sa faute. C'est la mienne aussi. Tu sais, j'ai perdu ma mère et il est hors de question que je perde également mon père. Il doit prendre sa retraite. Cette vie qu'il menait a failli l'emmener tout droit au cimetière, me confie-t-il, tout à coup.
— Ton… ton père ?
— Mon père, oui. Xavier Lemaire.
— Le docteur Xavier Lemaire… C'est ton père ?
— Je pensais que tu avais compris, me dit-il, en se grattant l'arrière de la tête, embêté.
— Ah non, pas du tout ! m'esclaffé-je. Voilà pourquoi tout le monde t'appelle monsieur Lemaire en continu ! Je trouvais ça un peu exagéré par moment mais Monsieur Lemaire, Le Maire du village… Tout tombe sous le sens maintenant ! Ça prêtait vachement à confusion !
— Je n'ai jamais menti à ce propos.
— Un peu quand même, tu ne me l'as jamais dit explicitement. Ni Marion.
— Tu n'as jamais demandé quel était mon nom de famille non plus !
Simon se met à rire avec légèreté.
— On cherchait à remplacer mon père depuis des semaines… poursuit-il. Les gens ont besoin de soins. Pas simple de trouver des médecins qui acceptent de nouveaux patients dans la région sans faire des kilomètres ou aller aux urgences. Les personnes sont âgées ici, l'idéal, c'est un cabinet sur place. L'idéal Élisa… c'est toi.
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Rose Foxx
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Il y a 2 ans
R.T. Manon
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Il y a 2 ans
Patricia Eckert Eschenbrenner
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Valentine M
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Mélia MC
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Il y a 2 ans
clecle
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Il y a 2 ans
Jessie Moon auteure
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Il y a 2 ans