Fyctia
Chapitre 34 🌳👩⚕️💕🩹
— Simon, je suis flattée par votre marque de confiance à tous mais je n'ai pas prévu de rester. Je le redis, le deal, c'est deux mois, pas plus. Contrairement à vous, j'ai toujours été claire à ce sujet.
— On espérait que tu changes d'avis, dit-il en haussant les épaules. Marion m'a expliqué que c'était déjà mission impossible de te faire venir. Tout t'avouer serait revenu à se tirer une balle dans le pied. Elle avait peur que tu repartes.
— Ça a bien failli. Surtout quand on sait que le soir de mon arrivée, je n'étais vraiment pas à prendre avec des pincettes… J'ai été plutôt exécrable. La campagne, c'est pas trop mon truc à la base…
— Marion m'a confié que tu avais beaucoup hésité par moment, alors on s'est dit que…
— Je ne vais pas m'installer ici. Je ne changerai pas d'avis Simon, pas cette fois, m'entêté-je. Dans un mois, je reprends mon job.
— Pourquoi ? Pour le salaire ? Combien tu gagnes au CHU ?
— Non, ça n'a rien à voir, même si sans se mentir, cela rentre en ligne de compte. Je gagne un peu plus de 8 000 mensuel. Après un mois passé ici, je suis encore loin de ça, même si 5 500, c'est pas aussi terrible que je le pensais.
— Mon père tournait autour de 7 000 avec la patientèle des villages à côté. Il faut le temps de te faire connaître et on peut trouver d'autres solutions, comme un logement de fonction et une voiture pour tes déplacements par exemple. Il existe des aides financières à l'installation en zone rurale aussi…
— C'est pas juste ça… J'aime la ville, mon métier… Mon club de danse country me manque ! On ne change pas de vie comme ça en claquant des doigts !
— Je comprends… capitule Simon. Sache que nous ne voulons pas te forcer à quoi que ce soit. La décision ne revient qu'à toi. Mais juste… Réfléchis-y.
— Pourquoi je resterais Simon ?
— Pourquoi pas ?
J'étouffe un rire à sa question-réponse qui tombe à pic.
— J'aimerais que tu restes, reprend-il, sérieux.
À ses mots, la femme que je suis se sent honorée. Simon fouille dans sa poche de doudoune puis en extirpe un bijou qu'il me tend, mon bracelet. Bracelet que je n'avais même pas remarqué avoir égaré.
— Je crois que ceci t'appartient, non ?
— Où l'as-tu…
— Au pied de l'arbre derrière lequel tu t'étais cachée, me coupe-t-il. Tu n'es pas très douée pour espionner les gens, on te l'a déjà dit ?
Le rouge me monte aux joues et je baisse la tête, honteuse.
— Ce n'était pas chez moi, se justifie-t-il. C'était chez mon père. Et la femme avec laquelle tu m'as vu, c'était son infirmière à domicile et une amie de la famille. Il est suivi depuis son retour à la maison il y a une semaine. Elle avait oublié son double des clés et mon père ne répondait pas, ni à la porte, ni au téléphone. Elle m'a donc appelé et j'ai accouru aussitôt.
— D'où l'excès de vitesse… tu as eu peur qu'il lui soit arrivé quelque chose…
— Exact… Cet idiot était juste au fond du jardin sans son portable et il n'a rien entendu. Y'avait pas d'urgence. Entre deux missions de pompier et de maire, de prof ou de barman, j'aide mon père au quotidien. J'ai très peu de temps pour moi.
— Je comprends mieux l'histoire du chien… en fait, c'est pas le tien.
— Quand tu as raconté à Marion que Goliath a failli te déchiqueter, elle a compris aussitôt. Elle ne t'a rien dit car ce n'était pas à elle de le faire.
— J'ai jamais dit qu'il allait me déchiqueter !
Simon éclate de rire.
— Avoue que tu as eu la trouille de ta vie ! Goliath fait un peu peur de prime abord mais c'est un amour.
Je me sens tellement bête. Le silence de mon amie prend à présent tout son sens.
— Si jamais ça t'intéresse, elle ne m'attire absolument pas, ajoute-t-il. De plus, elle est mariée.
— Qui ça ?
— L'infirmière de mon père…
— Pour… pourquoi ça m'intéresserait ? bégayé-je.
— Pour la même raison que ça m'intéresse de savoir si tu es célibataire.
Je vire au pourpre, notre conversation amorce un virage abrupt que je n'ai pas anticipé. Alerte, je fonce droit dans le ravin !
— Je le suis, lui réponds-je, évitant le crash de justesse.
— Pas même un ex prêt à ressurgir de derrière les fourrés ?
— Je préfère qu'il y reste… dans les fourrés.
Simon affiche un sourire radieux à cette annonce. Son intérêt à mon égard semble aussi limpide que de l'eau de roche. Nous nous plaisons. Mais aller plus loin signifierait une remise en question de ma vie telle qu'elle est aujourd'hui et je me le refuse. Je suis chirurgienne et non médecin de campagne.
— Simon… Je ne suis pas sûre que nous deux… ce soit une bonne idée.
— Je sais. Tu vas repartir à Lille, rebondit-il, d'un air déçu et résigné.
Simon est une personne en or. Lui briser le cœur n'est pas dans mes intentions et à mon humble avis, c'est réciproque. C'est pour cette raison évidente que ni l'un ni l'autre n'avons entrepris quoi que ce soit jusqu'alors. Nous contenons tant bien que mal cette attirance alchimie en train de naître et grandir.
— Au fait, si jamais mon père vient faire un tour au village, surtout, ne lui dis rien sur ton départ. Cela ne ferait que le stresser davantage. Je fais tout pour le ménager au maximum. Pour l'instant, il a interdiction de sortir de chez lui mais bon, on ne peut pas retenir longtemps un lion en cage.
— T'es vraiment un mec parfait en fait… soufflé-je, avec une légère pointe d'ironie.
— Moi parfait ? rigole-t-il. C'est quoi cette réputation que je me trimballe !
— Vas-y, dis-moi en quoi tu ne l'es pas, que je rigole un peu ! lui balancé-je, en lui assénant un coup de poing léger sur l'épaule.
Surpris par ce rapprochement inopiné et naturel, son regard brille.
— D'abord, je suis plutôt… bordélique.
— Pfff, c'est pas un vrai défaut ça ! Tout le monde l'est un peu ! Bon après j'avoue, ça dépend à quel niveau… rassure-moi, c'est un niveau supportable, hein ?
— Mes parents n'ont jamais eu de crise cardiaque en voyant l'état de ma maison, alors je suppose que oui.
— Ouf alors !
— Je suis du genre à procrastiner.
— Procrastination, c'est mon deuxième prénom ! Essaie encore !
— Je ronfle.
— Aïe. J'avoue que là… c'est pas un bon point ! Autre chose ?
— J'ai besoin des autres pour me sentir vivant.
— Et en quoi ça l'est ?
— À cause de ça, je n'ai rencontré aucune femme prête à accepter ce côté altruiste à l'excès de ma personnalité. J'ai beau être entouré par tout un village, ne pas avoir une minute à moi, je suis seul lorsque je passe la porte de chez moi.
— C'est à cause de ça que ta dernière histoire s'est terminée ? Ton investissement pour la communauté ?
— Plus ou moins, dit-il vaguement.
— Pour qu'un couple fonctionne, il faut être amené à faire quelques concessions.
— Tu ignores par quoi je suis passé Élisa. Tu ne me connais pas.
Sur la défensive, son ton se fait soudain plus dur.
— Non, tu as raison, je ne te connais pas, rétorqué-je, avec bienveillance. Mais je sais que souvent lorsqu'on s'investit ainsi pour une cause quelle qu'elle soit, c'est qu'on a quelque chose à panser, à oublier.
Simon fronce les sourcils. J'ai touché un point sensible.
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clecle
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Patricia Eckert Eschenbrenner
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Il y a 2 ans