Fyctia
Chapitre 17 🤫🚽🧻🍻
Vingt heures. Comme promis, Marion m'emmène au bar-brasserie du coin. Celui, face à l'église. Le seul et l'unique. L'endroit est sombre mais étrangement assez convivial et de décoration plutôt tendance. La peinture bleu canard donne du peps à l'ensemble. Pour le côté nostalgique, les cadres en bois accrochés un peu partout racontent l'histoire du village et de ses habitants, en noir et blanc. Des portraits joyeux ou tristes mais toujours pris sur le vif, pour plus d'authenticité. À l'entrée, se trouve un coin tabac et jeux à gratter, point poste et relais colis. Dans sa continuité, l'immense comptoir en bois lustré siège au centre de la pièce. Des tables vintage d'aspect vieilli, avec chaises et banquettes assorties, meublent l'espace. Celles installées près de la baie vitrée donnent une vue magnifique sur le clocher. Je dois bel et bien reconnaître que ce bar possède un certain cachet.
Le gérant, Jean-Paul Selle travaille sans relâche de neuf heures à vingt et une heures, et ce, six jours sur sept. Alors, personne ne lui en tient rigueur lorsqu'il ferme exceptionnellement un vendredi, comme hier. Ce dernier, derrière son comptoir, lunettes posées sur le haut du crâne, essuie des verres à la chaîne avec un torchon blanc. Certains habitants déjà croisés se désaltèrent en jouant aux cartes. Yves Leborgne, Antoine Argan et son gel hydro-alcoolique, ainsi que Robert et sa femme, Jeanne-Marie, les éleveurs de vaches laitières. Thomas, le marchand de légumes et Clotilde, la crémière, affichent leur relation au grand jour sans se soucier du qu'en dira-t-on. Les deux roucoulent dans un coin. Pauvre Cerise.
— Oh, bonsoir docteur ! m'interpelle Robert. Komint k'sa va ? Bin installée ?
— Et moi, je pue ? s'indigne Marion.
— Ti sais ben qu'non ma p'tite ! ricane celui-ci.
— Je vais très bien Robert, merci ! Et Titine et Élisa ?! m'exclamé-je.
— Mère et veau s'portent très bin, répond Jeanne-Marie, un petit bout de femme au chignon serré et au caractère bien trempé. C'est grâce à vous. Merci encore.
— Vous v'nez jouer, doc ? propose Yves.
— Non non, ça ira. Je ne veux pas vous déranger.
— Moi oui, si ça t'intéresse ! ajoute la jalouse à mes côtés tout en se dirigeant vers le monsieur je vois tout de Châtelet, auquel elle claque la bise.
Les deux rient de bon cœur et discutent un peu pendant que je m'installe directement au bar.
— Bonsoir doc ! Je suis Jean-Paul ! Qu'est-ce que j'peux vous servir, hein ?
— Une Ch'ti ?
— Excellent choix. J'vous apporte ça ! Marion qu'est-ce tu veux, ti ?
Mon amie lui fait signe de préparer la même chose et Jean-Paul s'exécute. Quelques minutes plus tard, après avoir servi Marion en premier, il pose devant moi une bière pression bien mousseuse, accompagnée d'une coupelle de tranches de saucisson de la région.
— Doc… dit-il, d'une voix si basse que je peine à l'entendre à cause des rires bruyants qui résonnent.
Accoudée au comptoir, je me penche légèrement en avant pour mieux écouter ses confidences.
— Oui ?
— J'étais fermé hier.
— Oui, j'ai cru comprendre…
Silence. Quel mystère !
— Eh ben, si j'ai fermé l'boutique, c'est parce que j'éto tellemint mal.
— C'est-à-dire ?
— Bah, komint vous dire…
— Je vous écoute…
— Bah, j'ai chopé une sacrée drisse.
— Une drisse ? répété-je, plus fort que je ne l'aurais voulu, attirant l'attention sur nous.
— Nan ! Jean-Paul Selle qu'a la drisse ! rigole Yves Leborgne. C't'un comble, nan ?
— Mêle-toi d't'un cul, Yves !
— C'est clair qui vaut mieux pas s'occuper du tien ! se moque Robert, faisant rire toute l'assemblée.
Moi, je suis au milieu et je ne comprends pas. Le ch'ti, je connais de manière générale, mais certains termes sont trop spécifiques, même si parfois, en fonction des échanges, il est possible d'en décoder le sens. Et franchement, je crois saisir pourquoi Jean-Paul devient soudain rouge comme une tomate.
— Oh t'inquiète, ça arrive au meilleur d'entre nous ! tente de le rassurer Marion.
Tous se reconcentrent finalement sur leur partie de poker qui commence à échauffer les esprits.
— Monsieur Selle… qu'est-ce que c'est, la drisse ? Je pense savoir mais je n'en suis pas certaine…
La tranche de sa main contre sa bouche, il chuchote :
— Eul diarrhée doc. Eul diarrhée. J'avais trop mal au vintre pour v'nir et min remplaçant à partir de neuf heures ne travaille pô le vendredi d'habitude. J'ai dû fermer.
— Ah OK. Venez au cabinet. Je vous ferai une prescription.
— Je veux bien mais eul problème, c'est que j'ai app'lé, mais bon, vot' planning y'est complet et j'avais b'soin d'un médoc tout de suite.
— Et là, ça va mieux ?
— Je fais avec. J'minge du riz.
— Si ça peut attendre lundi, venez à huit heures quarante-cinq. Je vous prendrai avant l'ouverture. Sinon, ce sera direction les urgences demain. Buvez beaucoup surtout.
— D'l'eau hein ! Pas d'eul binouze ! se mêle de nouveau Yves.
La porte d'entrée grince, nous prévenant de l'arrivée d'un nouveau client. Ce nouveau client, je le reconnais bien avec sa chevelure blonde et son look de prince charmant. Simon. Le Maire. Il salue tout le monde d'un geste de la main, bloque un instant lorsqu'il m'aperçoit et m'adresse un sourire timide et envoûtant. Ce dernier a troqué son look de politicien contre celui de mec lambda. Lambda mais séduisant. Lambda mais d'un charme indéniable. Doudoune bleue de saison, jean sombre et chaussures montantes couleur camel. Il retire son manteau puis l'accroche à une patère au niveau de l'entrée, effectue le tour du comptoir et se positionne face à moi en tee-shirt blanc, dévoilant un tatouage celtique sur son avant-bras. Eh bien… Monsieur Le Maire est étonnant de sex-appeal.
— Bon ben, j'te laisse Simon ! J'y vais, j'vais m'reposer ! Ferme bin avant d'partir ! dit Jean-Paul, en retirant son tablier et lui tendant le torchon.
Simon est barman ? Bah ça alors, si je m'étais doutée !
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ClemZ
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Valentine M
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Maddy Son
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Patricia Eckert Eschenbrenner
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Caroline Guerini
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clecle
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Elisha Lowann / Myrtille Lalau
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Il y a 2 ans