Seb Verdier (Hooper) L’initiation du Ménestrel Une nomination inattendue

Une nomination inattendue

Le lendemain, Pétrin déboula dans le recoin des ablutions, torse nu, une serviette sur l’épaule, et s’écria :


— Bougez-vous les gars ! Pas question d’être en retard aujourd’hui !


— Comme tous les mardis, lança Millo en souriant malgré l’eau glacée qu’il s’envoyait sur la tête.


— Que se passe-t-il le mardi ? demanda le Ménestrel en séchant sa figure.


— C’est le jour où notre chef bien aimé peut briller… reprit Millo.


Des rires accompagnèrent cette déclaration et Pétrin répondit à la cantonade :


— Bien vrai ! Et aujourd’hui, je vous rappelle que c’est mon tour !


Il y eut alors des exclamations et le Ménestrel comprit qu’une démonstration était attendue de chacun à ce cours lié au Toucher, qu’aujourd’hui était le tour de Pétrin et que ce serait quelque chose de remarquable à voir.


— Tu vas défier qui ? demanda le petit Mie de Pain en faisant semblant de trembler. Pas moi, j’espère ?


Beaucoup rirent de l’autodérision de Mie de Pain mais tout le monde attendait surtout de savoir qui Pétrin allait défier.


— Commode, je parie ! s’exclama Millo.


— Moi, suis prêt, laissa tomber ledit Commode du fond de la salle.


Si Pétrin était tout en muscles saillants, grand et vif, Commode était plus grand encore, plus massif, mais incontestablement moins musclé, bedonnant, et d’humeur bien plus placide. Toutefois, les deux paraissaient, de loin, les plus costauds de tout le groupe.


— Non… répondit Pétrin d’un air mystérieux. Ce serait un beau duel oui, mais pas drôle…


— Qui alors ? demandèrent plusieurs voix.


— Vous verrez tout à l’heure, trancha le chef de chambrée. Mais d’abord, au p’tit déj ! Et vite !


A la grande surprise du Ménestrel, ils durent emporter des affaires de rechange. De plus, ils ne gravirent pas d’escaliers mais en descendirent. Plus étrange encore, l’air devenait plus tiède au fur et à mesure. Enfin, ils n’étaient pas livrés à eux-mêmes comme à l’accoutumée, mais accompagnés d’un Instructeur.


Praline, une jeune fille à la peau très foncée qui marchait à côté de lui et qu’il commençait à apprécier – notamment parce qu’elle aimait beaucoup la musique – lui expliqua de sa voix agréable que cela était nécessaire chaque fois qu’il fallait dépasser certains niveaux.


Au bout de quelques temps, ils débouchèrent sur ce que Praline nomma « les Antichambres des Fournaises », une salle qui ressemblait davantage à un vestiaire.


Le Maître était déjà là.


Ou plutôt, la Maîtresse.



— Ah ! lança le Ménestrel à l’oreille de Praline. Mais je la connais !


— Oh m… ! ne put s’empêcher de s’exclamer Pétrin derrière eux.


Une grande jeune femme, avec une queue de cheval flamboyante nouée au sommet de son crâne, les attendait.


— Samia ! lâcha Danseur.


Effectivement, sous la crinière orangée, le visage de Samia, fardé de couleurs vives, leur souriait.


— Comme on se retrouve, lança la jeune Anthère. Eh oui, messieurs (et mesdames), votre bonne Samia a passé les épreuves de Maître… Avec succès comme vous pouvez le voir. Avouez que vous ne vous y attendiez pas !


— Samia… fit Pétrin, manifestement surpris et gêné.


— Je t’avais dit qu’on se retrouverait très vite, mon grand, lui répondit-elle avec un clin d’œil.


— Samia, je… commença Pétrin qui cherchait Timide du regard.


— C’est Maîtresse Sirène, ici, mon grand, fit-elle d’un air faussement gêné. Dans le privé, tu pourras continuer à m’appeler Samia, mais pas ici, voyons…


Pétrin se tut, atterré de la situation et des sous-entendus grivois de Samia.


— Allez, assez bavardé ! balança-t-elle soudain à la cantonade. En tenue tout le monde !



Les élèves déposèrent alors manteaux et chausses dans les casiers qui couraient le long du mur.


— Allez Messieurs ! aboya-t-elle, encourageant les garçons à se mettre torses nus. Quand on a des muscles on les montre ! Gardez toujours à l’esprit que l’apparence est le premier coup porté à l’adversaire !


Comme si elle avait fait sien cet adage, elle ne portait elle-même qu’une courte brassière de lin blanc, dégageant ses épaules et dénudant son ventre, tout en mettant en valeur ses formes avantageuses.


— N’hésitez pas non plus à vous mettre à l’aise, Mesdemoiselles ! lança-t-elle de nouveau, invitant les filles à retrousser les bas de leur pantalon.


Elle, manifestement, n’avait pas hésité à se « mettre à l’aise » : serré par une fine ceinture de cuir soulignant sa taille, son pantalon de lin s’arrêtait à mi-mollet, laissant bien visibles ses chevilles autour desquelles scintillaient des anneaux d’or. Ses pieds, comme tout le monde, étaient nus et un vernis vermeil recouvraient ses ongles.


Enfin, jugeant que les élèves étaient prêts, Samia ouvrit une lourde porte qui dévoila une ouverture sombre et tiède.


— Allez ! Dans la Fournaise ! gueula-t-elle.


Le groupe s’engouffra alors aussitôt dans la bouche rougeoyante.


Ce ne fut pas la « fournaise » à laquelle il s’était attendu mais, pour la première fois depuis des éternités, le Ménestrel transpira.


Samia leur fit arpenter le couloir pendant quelques minutes, avant de descendre un escalier en colimaçon à la vis particulièrement serrée. Le Ménestrel perçut alors les murmures de ses camarades, surtout les filles, qui partageaient leur sentiment d’incrédulité ou de malaise face à cette nouvelle Maîtresse dont la nomination était, pour le moins, inattendue. Timide, sortant de sa réserve coutumière, chuchota même un « Pour qui elle se prend, celle-là ?! »


Ils débouchèrent ensuite sur une vaste salle, qui tenait plus de la caverne naturelle mais qui était surtout percée, en son centre, d’un trou circulaire de grandes dimensions. Il faisait trop noir pour en discerner le fond mais on le devinait lointain.


— Si j’en crois les notes que m’a laissées Brasier, c’est – comme par hasard – au tour de Pétrin aujourd’hui, c’est ça ? demanda Samia d’une voix qui résonna sourdement dans la cavité souterraine.


— Oui Maîtresse ! confirma Pétrin en levant le poing.


— Allez vous positionner, répondit simplement l’Anthère.


Pétrin se saisit alors d’une longue barre de fer qui traînait dans un coin et se dirigea vers le gouffre. Effaré, le Ménestrel voulut lui crier un avertissement mais, comme tout le monde se taisait, il fit de même. Il vit ensuite Pétrin avancer sur le gouffre lui-même ! Plissant les yeux, il discerna enfin une mince passerelle rocheuse, noirâtre, qui enjambait le puits et sur laquelle Pétrin s’avançait prudemment. Mais cette bande de pierre lui paraissait minuscule et il priait pour que Pétrin ne tombe pas.


Ce dernier, parvenu à l’extrémité du pont rocheux, se retourna lentement, tenant la barre de fer à l’horizontale.


— Nommez votre adversaire, rugit alors Samia.


Le Ménestrel se figea. Un adversaire ? Allait-il falloir se battre ? Sur cette minuscule languette de pierre, au-dessus d’un abysse ? Pétrin avait dit que ce serait marrant… Ou plutôt, que le choix de son adversaire serait marrant… Est-ce que par hasard, il serait « marrant » de précipiter quelqu’un dans ce gouffre ?


Qui donc ?




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4 commentaires

Leo Degal

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Il y a 5 mois

Mais quelle horreur...
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