Seb Verdier (Hooper) L’initiation du Ménestrel La Sindar

La Sindar

— Ah, c’est la bêcheuse qu’a parlé, réagit aussitôt Billy.


Le Ménestrel jeta un regard derrière lui, sur les deux enfants qui marchaient à sa suite. Il distingua alors un grand gaillard bien plus costaud que lui et une petite fille. C’était sûrement cette dernière qui avait parlé. Quoique… Il devinait déjà – par préscience naturelle – que, dans cette forteresse labyrinthique et glacée, on ne saurait jamais trop à quoi s’attendre. A tout sans doute. A rien, peut-être.


— Je m’appelle Diane, reprit la petite fille. C’est moi que ton ami surnomme la bêcheuse. Il n’y a que lui d’ailleurs pour m’appeler ainsi.


Le Ménestrel allait répondre et, peut-être, pour la première fois, donner son nom à cette jeune fille au regard mutin que de grandes lunettes rondes mettaient en valeur, mais Billy le coupa dans son élan :


— Méfie-toi, c’est une Sindar.


Le Ménestrel ne savait pas – pas encore – ce qu’était un ou une Sindar. Il connaissait ce mot bien sûr, même s’il ne l’avait jamais entendu que dans des insultes (« espèce de Sindar », par exemple), mais il n’avait jamais vu de gens qui soient eux-mêmes des Sindar.


— Et alors ? reprit Diane. Cela ne change rien à ce que je dis : ce gouffre a un fond car, comme toute chose en ce monde, il n’est pas infini.



Leur déambulation dans les mille et un couloirs de la citadelle semblait n’en plus finir. Ils descendaient à présent une petite volée de marches noires pour gagner une arrière-cour extérieure, entièrement plongée dans l’obscurité. Le froid de la nuit était mordant et la plupart des enfants se frottèrent les mains et se frictionnèrent les bras en la traversant. Et même après l’avoir traversée, de petites écharpes de brume continuèrent longtemps de s’échapper de leur bouche lorsqu’ils parlaient. Comme lorsque Billy crut bon de préciser :


— Comme tous les Sindar, elle ne croit qu’en la physique des choses !


— Exact, reconnut Diane en haussant un sourcil, mais c’est cette conscience de la physique du monde qui nous permet d’en mieux maîtriser les éléments éthérés, ce que vous autres, moins éclairés, appelez la magie.


— Tu vois, reprit Billy en se tournant vers le Ménestrel : une vraie bêcheuse !


— Ne l’écoute pas, Ménestrel, reprit Diane. Il confond tout.


Le Ménestrel voulut acquiescer pour faire plaisir à la jeune fille, mais il n’en eut pas le temps. La Balance et les autres enfants devant lui avaient cessé d’avancer.


Comme plusieurs voix émirent des soupirs de contentement, il comprit qu’ils étaient enfin arrivés à destination. Toutefois, comme ils ne marchaient plus et risquaient de se refroidir en ne faisant rien, les rangs se rompirent dans la coursive et tout le monde s’attroupa autour de l’instructeur qui sortit de sa poche un énorme trousseau tout guirlandé d’une multitude de clefs en fer.


— De toute manière, on le saura un jour, s’il a un fond ou pas, dit une voix.


Le Ménestrel mit un petit instant à se rendre compte que c’était la Balance qui avait parlé. Il fut surpris qu’une telle annonce, aussi péremptoire, soit acceptée aussi facilement par les autres, qui se turent brutalement après cette sentence. Aux regards perplexes que le Ménestrel jetait un peu partout, Billy devina ses pensées et lui expliqua alors, vite fait, qu’à un moment donné dans leur apprentissage, il leur faudrait aller sur les tourelles pour aider aux réparations. Il y avait alors des « chances » que, ce jour-là, l’un d’eux – comme bon nombre de ceux qui les avaient précédés – glissât et fasse alors le plus beau plongeon de son existence.


Dans la petite cohue impatiente autour de l’instructeur qui – lui semblait-il – mettait un temps infini à trouver la bonne clef, Le Ménestrel se retrouva face à Diane. Il put alors mieux la dévisager que tout à l’heure quand il s’était tordu le cou pour l’apercevoir. Elle était mignonne, jugea-t-il aussitôt. Elle arborait un petit visage sévère mais pâle, presque fragile, et il trouva que cette fragilité apparente la rendait sympathique. A moins que ce ne fut les cheveux bruns mi-longs qui encadraient ce visage aux traits fins ? Ou ses jolis yeux en amande ? Le Ménestrel sentit alors une petite étincelle dans son cœur. Et comme il la regardait peut-être un peu trop longtemps que nécessaire, Diane s’en aperçut et lui tira la langue. Une belle langue, bien rose, bien longue d’une trentaine de centimètres, et joliment fourchue au bout.




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42 commentaires

Ma. Bertoli

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Il y a 5 mois

C'est mon premier commentaire sur ton histoire et je me permet de le préciser car, il m'aura fallu quelques chapitres pour être accrochée. Tu as un superbe vocabulaire et des descriptions vivantes qui sont très agréables à lire! Le début du roman (je ne parle pas du prologue) est un peu faible question accroche je pense. Tu prends beaucoup de place avec les descriptions, ce qui vient ralentir le rythme de l'histoire. A partir du moment où Ménestrel rencontre les autres enfants, j'ai été tout de suite plus accrochée. (cela vient peut-être aussi du fait que jusque là, les sentiments/réactions de Ménestrel étaient beaucoup moins présentes. peut-être serait-il intéressant d'avoir son avis sur ce village qu'il a quitté? etc) J'ai remarquée que tu avais tendance à vouloir donner des détails qui sont un peu inutiles (exemple: "C’était sûrement cette dernière qui avait parlé." /"« espèce de Sindar », par exemple" / "après cette sentence" etc... Il y a pleins de petits ajouts de précision qui finalement, n'apportent pas plus que ce que le contexte laissait déjà pensé.) car compréhensible avec le contexte. J'ai remarquée également que tu utilise énormément de virgules et de phrases longues. (ce qui renforce cette impression de rythme lent.) Et parfois, peut-être qu'une simple remarque mise en valeur par rapport au texte serait plus intéressant. Au delà de ça, l'écriture est agréable et visuelle. J'aime le fait que l'on ne sache pas le vrai nom de Ménestrel (et j'avoue espérer que cela reste un secret gardé entier!^^) Je ne suis pas spécialement gênée par le point de vue utilisé. Je n'aime pas que l'on m'interpelle en tant que lectrice (comme dans le chapitre 1 si ma mémoire est bonne) mais ça c'est très personnel. Je suis intriguée par la suite et de découvrir ton univers, aussi bien celui de l'école et des dons des enfants, mais aussi du contexte avec les Sindar ! Tu distille bien les informations nouvelles au fil de l'avancée de l'histoire. En revanche, si les enfants ont 10ans, ils sont super jeunes, donc il faudra peut-être faire attention à ne pas leur donner trop de réactions qui conviendrait plutôt à des ados. Mais je te fais confiance, tu as l'air de maitriser ton sujet, de savoir où tu vas. (ce qui se ressent à la lecture d'ailleurs et qui est très appréciable!) Bonne continuation et bon concours! :)

Seb Verdier (Hooper)

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Il y a 5 mois

Merci beaucoup pour ce commentaire très détaillé. Tu soulèves des points intéressants, notamment sur le début de l'histoire : très descriptive et à la focalisation flottante. J'avais informé mes lecteurs (dans un MP je crois ou ailleurs, je ne sais plus), que tout ce début était mouvant, qu'il attendait de se nourrir de commentaires. Suite aux réactions d'ailleurs, j'ai totalement cessé les interventions métatextuelles (même si certains avaient apprécié cette originalité) pour me concentrer sur les personnages et l'atmosphère. A partir de ce chapitre c'est - j'espère - le cas. Concernant l'âge des protagonistes, tu as tout à fait raison et c'est quelque chose que j'ai rectifié dans le résumé, les vieillissant de quelques années. J'ai également ajouté une annotation dans le premier chapitre mais ce n'est pas très lisible. Par la suite cependant, je redonne leur âge à un moment (chapitre "convocation") et je m'en tiens à plus ou moins quatorze ans. Merci encore pour ton commentaire très éclairant sur les choix de narration et le style. Je vais tâcher aussi d'aller dans le sens de ce qui plaît davantage et le travailler.

Ma. Bertoli

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Il y a 5 mois

Ah je trouve qu'effectivement 14/15 ans c'est un très bon choix d'âge pour tes personnages! ça t'apportera plus de liberté pour traiter de sujets plus difficiles. Je lirais la suite avec intérêt dans tous les cas! :D

M.B.Auzil

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Il y a 6 mois

Vraiment génial ton univers. J'adore. Je reviens lire la suite dès que je peux !

Seb Verdier (Hooper)

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Il y a 6 mois

Merci beaucoup ;)

Leo Degal

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Il y a 6 mois

Les Sindars sont des reptiliens ! (trente centimètres, la vache !)

Seb Verdier (Hooper)

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Il y a 6 mois

Et ce n'est pas leur seule caractéristique... eh eh ;) Merci pour ton com.

Anthony Dabsal

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Il y a 7 mois

Ah, c'est déjà fini ? Vivement la suite :-D
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