Fyctia
La cité dans les montagnes
Il faisait tout aussi froid à la forteresse que dans le village. Peut-être même plus, car la forteresse se situait à une altitude sensiblement plus élevée. Il avait d’ailleurs fallu gravir de nombreuses marches taillées dans le roc avant d’arriver devant un gouffre insondable qu’un pont étroit enjambait. Il ne s’était pas plaint de tout le voyage, ni du déchirement familial (on lui avait dit, plus jeune, que c’était une chose qui pouvait arriver), ni de la longue traversée de la forêt, ni des marches interminables qui lui tiraient les mollets. Mais la traversée du pont avait représenté une véritable petite épreuve pour lui : il ignorait, jusqu’alors, qu’il était sujet au vertige.
Le prêtreur avait d’ailleurs mis en garde tout le monde : la passerelle était verglacée par endroit et il ne fallait pas lâcher la rampe. Sinon… vous en aviez pour dix bonnes minutes à crier dans les ténèbres de votre chute. Le jeune garçon avait alors fermement tenu la rambarde de fer, bien qu’elle soit brûlante de froid et avait précautionneusement mis un pas devant l’autre, scrutant chaque mètre devant lui avec une intensité décuplée, malgré l’obscurité qui commençait à envahir le col. Il était cependant arrivé sain et sauf de l’autre côté et avait repris sa marche, toujours ascendante, sur des sentiers de plus en plus escarpés.
Il commençait à trembler de froid, se demandant quand il verrait la fin de ce périple et regrettant de ne pas avoir eu le temps d’emporter des vêtements plus chauds, lorsque la citadelle se découvrit tout à coup au sortir d’une combe gelée. La hauteur de ses tours le frappa en premier. Ensuite ce fut la couleur : une sorte de granit rose délavé. Enfin, il nota qu’un nouveau gouffre ceinturait toute la forteresse comme si elle avait été bâtie sur une île de glace au milieu d’un lac de vide. Une passerelle assez large pour permettre le passage de quatre chevaux de front semblait jetée en travers de l’abîme et rejoignait les premiers niveaux de la forteresse. De fait, en l’empruntant, le jeune garçon ne connût pas les mêmes tourments que plus tôt dans la journée. De plus, la vision de plus en plus envahissante de cette extraordinaire cité des montagnes l’avait hypnotisé jusqu’à lui faire oublier tout le reste.
Ce ne fut qu’une fois devant les portes colossales de l’entrée principale qu’il sortit de sa fascination. Tout en avançant vers elles, il les regardait avec un mélange d’appréhension et de respect, se demandant pourquoi elles étaient si hautes… Était-ce pour laisser passer des créatures d’une taille prodigieuse ?
Mais il n’eut guère le loisir de les observer davantage ni de donner plus de libertés à son imagination car la petite troupe s’arrêta. Les gardes retournèrent à leur poste et le prêtreur s’en fut à son office, lui disant simplement d’attendre là, dans la cour, et qu’un instructeur viendrait le chercher.
Après avoir longuement patienter, battant la semelle pour se réchauffer, sous quelques flocons qui commençaient à tourbillonner dans le crépuscule, il vit enfin venir vers lui un homme plutôt grand, enveloppé d’un manteau noir uni et trimbalant à sa suite une ribambelle de gamins de son âge. Comme il tapait toujours du pied sur les pavés inégaux et partiellement givrés de la cour, l’instructeur lui demanda ironiquement s’il battait la mesure. Comme notre jeune ami ne savait pas ce que cela voulait dire, il répondit, prudent : « peut-être ». L’instructeur lui trouva alors son surnom tout de suite : « Messieurs, voici votre nouveau camarade : le Ménestrel ! »
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Florian Gailland
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Il y a 5 mois
M.B.Auzil
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Il y a 6 mois
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Nadège Laforge
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Anthony Dabsal
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A.Pandora
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Catherine Domin
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Il y a 7 mois