Fyctia
Offrir un bout de son passé
Erios
Ce soir, j’ai peut-être le droit de parler de moi comme d’un humain et non d’un monstre. Ce soir, j’ai peut-être le droit de me confier comme j’en ai tant rêvé. Ce soir, ce sentiment s’éteindrait si elle appuyait sur ce bouton rouge. Aussi facilement que ça. C’est fugace et fragile. C'est aussi rassurant qu'angoissant.
Je ne devrais pas m'ouvrir. Je le sais. Montrer de la vulnérabilité c'est tendre le baton pour se faire battre. Je l'ai appris à mes dépends. Pourtant ce soir sa voix sucrée m'apaise. Malgré toute les leçons que je devrais avoir apprise, j'en ai envie. Ma tristesse crie au fond de moi, désepérée d'être entendue. Parce qu'il est possible que cette voix douce et belle ne résonne plus jamais à mes oreilles.
Pour la première fois, je ne suis pas défnis par mes yeux aux pupilles défromées. L'aniridie a toujours gâché la perception qu'ont les autres de qui je suis. Comme si en me regardant ils ne pouvaient voirs que ces trous noirs que sont mes pupilles. J'ai compris il y a longtemps que me regarder c'est comme se retrouver à un millier de mètre du sol. Même quand on a pas le vertige, on a peur. Et personne n'aime parler si près du vide, en ayant si peur.
Alors j'essaie de me convaincre que ma tour de solitude est un bel endroit. Mais la compagnie incessante de la souffrance finit par être pesante. Et ce soir, quand la voix éthérée de cette femme enrobe mon coeur, je...
Je ne devrais pas. Je le sais si bien bon sang.
Les secondes de silenes défilent. Le cri de mon coeur me fait mal. Et comme ça, malgré moi, malgré tout: je lâche prise. J'embrasse l'occasion qu'on m'offre d'être humain le temps d'une soirée.
Malgré moi, pour moi, je lui raconte. Aussi simplement que ça. Parce que j’ai désespérément besoin d’être entendu, au fond.
Je lui dis vivre encore avec ma mère à cause de sa pathologie. Elle me demande si elle peut en savoir un peu plus, si je veux en parler.
Et je souffle : “Oui.”
Comme je n'ai jamais murmuré "oui" de toute a vie. Je laisse les mots couler à la place de mes larmes silencieuse pour la première fois.
Je lui dis mon envie, mais aussi mon impossibilité de partir, à 18 ans. De simples détails aussi, comme ces vases brisés tout près de mon oreille, cette assiette cassée sur ma tête : j’avais fait un gâteau pour son anniversaire, j’ai fait l’erreur d’écrire “maman” avec le glaçage. Je conte aussi qu'elle aimait pourtant passer ses doigts dans mes cheveux enfant. Qu'elle m'a aimé parfois, c'étais simplement un amour qui s'éuise.
Je m'empêche d'ajouter que c'est surment de là que nait ma haine de l'amour.
J’évoque vaguement mon père absent et mon frère parti avec lui. Elle me murmure parfois qu’elle est désolée, mais sans jamais m’interrompre. Elle m’écoute, et je ne m’étais jamais senti aussi soutenu par un silence.
Quand le flot de mes mots se tarit, quand elle me murmure à quel point elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose, quand j’ai le cœur léger d’avoir parlé pour la première fois, elle finit par dire :
-Ayza. Mon prénom c’est Ayza. Tu m’as confié ton histoire, je te donne au moins mon prénom.
Ayza, Ayza, Ayza… son prénom est semblable au doux murmure du vent.
-C’est bien mieux que Sophia ! je souris.
-Oui, peut-être que choisir nos prénoms est la seule chose que nos parents ont bien fait pour nous…
-Si un jour tu veux toi aussi m’offrir un bout de ton passé, je t’écouterai. Promis.
Enfin, qu’est-ce qui me fait penser qu’il y aura une prochaine fois ? Lui révéler des choses aussi lourdes alors qu’elle est une simple inconnue est étrange. Elle est peut-être mal à l’aise.
-Est-ce que tu te sens plus léger ?
-De m’être confié ?
Elle confirme.
-Oui. J’ai l’impression de respirer un peu mieux, je n’en avais presque jamais parlé.
-Alors peut-être que je devrais parler un peu moi aussi.
11 commentaires
Alyssa Well
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Il y a 3 mois
TammyCN
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Il y a 4 mois
TammyCN
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Il y a 4 mois
Julia E. Lorrain
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Il y a 4 mois
Aline Puricelli
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Il y a 4 mois
Manonst
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Il y a 4 mois
Eli_joy
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Il y a 4 mois