Fyctia
Chapitre 1
Tashesh, silhouette agile et discrète, se tenait tapie derrière un épais tronc d'arbre. Elle rassembla ses cheveux oranges crépus, en une tresse longue serrée, luisant faiblement dans la pénombre.
Elle attendait, les yeux fixés sur le sentier boueux. Elle n'avait pas le choix pour survivre. Une calèche dévala le sentier. Vu l'or sur les portes, elle appartenait à de riches bourgeois.
Chaque battement de cœur résonnait dans son esprit comme le compte à rebours d'une décision inéluctable. Il lui fallait de l'or et des bijoux. Cette calèche transportait forcément une fortune, rien qu'avec les propriétaires. Elle n'avait pas le choix pour survivre, c'était son mantra.
Vêtue de cuir sombre, et de tissu délabré, elle se fondait dans les ombres de la forêt. Une dague effilée pendait à sa ceinture, et ses doigts jouaient nerveusement avec le bout pointu en forme d'aile de fiirs. Elle n’avait pas le choix.
Dans la forêt vaste et humide de Cym, un silence lourd et feutré régnait. Mais plus pour longtemps.
Le craquement lointain des roues sur le chemin détrempé la tira de ses pensées. Une autre calèche pourpre, richement ornée d'arabesques dorées, apparut entre les troncs. Les chevaux, blancs comme neige, avançaient péniblement dans la boue, tirant derrière eux l'équipage opulent.
Tashesh retint son souffle. Si la première calèche faisait seigneur, celle-ci fait grand duc !
— Deo seo, le fiir Kar-El a planté une graine dans une terre aride et l'a arrosée de ses larmes; il a fait naître Orcett. La persévérance fait fleurir même les déserts. Seo dun.
Elle sortit de sa cachette avec la grâce d'un félin, sa dague scintillant dans la lumière diffuse. Un mouvement de sa main libre, et ses veines émit une lueur rouge sang. Sa main hurla de douleur mais c'est le prix de la piété. Une brise glaciale souffla soudainement à travers la forêt, faisant hennir les chevaux de frayeur et stoppant la calèche net. Les gardes, surpris, tirèrent leurs épées, mais Tashesh ne souhaitait pas plus de mort.
— Arrêtez-vous, ou je n'hésiterai pas à vous faire mal ! cria-t-elle, sa voix résonnant avec une autorité indéniable.
Personne ne sait le prix de la piété à part les orcettiens. Alors les duper restent très facile.
Les gardes échangèrent des regards inquiets mais n'eurent pas le temps de réagir. Tashesh fendit l'air avec sa dague, désarmant un premier garde d'un geste précis. Un autre se jeta sur elle, mais les veines de main rougirent plus encore, et ses ongles grelottérent pour invoquer une flamme éblouissante qui le fit reculer en hurlant.
Un cor retentit dans la forêt. Une armada surgit de l'ombre, soldats en armure pourpre et noir. Leurs bannières, le tonnerre et une aile de fiirs, flottaient au vent.
Un homme imposant à la chevelure grisonnante et aux yeux perçants, descendit de la calèche. Tashesh déglutit, c'était le duc de Cadwallen. Drapé d'un manteau pourpre et or, il observait la scène avec une sérénité glaciale. Sa présence inspirait haine et rancoeur dans le cœur de Tashesh. Une détestation immense pour ces monarchies de papiers.
Cette dernière recula mais son dos buta sur un soldat. Elle était encerclée. Sa main n'émit plus qu'un faible éclat avant de s'éteindre, vaincu par la douleur spasmatique et la peur d’être découverte.
— Rends-toi, ordonna le duc d'une voix grave et autoritaire.
Tashesh, essoufflée et désespérée, finit par céder. Ses épaules s'affaissèrent tandis que les soldats lui passaient des menottes aux poignets.
Le duc s'approcha, la scrutant avec un intérêt marqué. Il remarqua ses traits distinctifs, une peau noire et des cheveux crépus, signes de son origine d'Orcett. Qui plus est, ils étaient oranges, donc elle venait des couches supérieures. La fille d’un petit seigneur peut être ?
— Quelle est ton nom, jeune femme ? demanda-t-il, une étincelle de curiosité dans les yeux.
— Tashesh, répondit-elle, la voix tremblante mais fière.
— Tu es d'Orcett ou de Decus ?
— Decus.
— Orcett monsieur ! S'écria un garde. Elle maîtrise la marée.
Tashesh le maudit du regard. Elle a été trop imprudente.
— Je vois, murmura le duc, réfléchissant un instant. Tu n'as pas besoin d'artefacts ? La marée coule dans tes veines ? Elle peut donc aussi couler dans la mienne ?
— C'est de la piété. De la foi pure et dévoué pour les fiirs.
Le duc hocha la tête, dédaigneux, son intérêt visiblement piqué.
— Emmenez-la, ordonna-t-il à ses hommes. Mais traitez-la avec respect. Elle portera mes enfants.
Les arbres imposants, drapés de mousse et de lierre, s'étendaient à perte de vue, créant une voûte verte et sombre au-dessus des sentiers boueux. Des gouttes de rosée perlaient sur les feuilles, et un tapis de fougères et de champignons tapissait le sol, embaumant l'air d'une fragrance terreuse et fraîche. La
forêt la regardait donc partir pour un destin fatidique.
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M.B.Auzil
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Lilaas93
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