Fyctia
Sur le trajet
Après avoir fermé la porte derrière elle sans la claquer pour ne pas réveiller Chloé, Lila alla chercher son vélo dans le garage et se mit en route. Vu le temps clair et doux, elle aurait préféré y aller à pied mais la bibliothèque se trouvant presque à l’autre bout de la ville, elle n’avait pas d’autre choix.
Tout en roulant, elle pensait à son père. Elle se demandait si elle avait raison de postuler à la bibliothèque. Peut-être devrait-elle plutôt rester à la maison pour s’occuper de Chloé pendant que Gabriel cherchait du travail. Ou alors, travailler à la bibliothèque apporterait une somme d’argent supplémentaire qui pourrait les aider en y réfléchissant bien. Il faudrait qu’elle ait cette discussion avec lui. En attendant, elle pouvait toujours passer l’entretient, elle aviserait après. Et puis, elle n’était sûre de rien, il se pourrait qu’au final elle ne corresponde pas à ce que la gérante cherchait.
On entendit des klaxons. Lila jeta un coup d’oeil par dessus son épaule et comprit qu’ils lui étaient destinés. Elle regarda alors devant elle et aperçut le feu tricolore qui était passé au vert. Ceci expliquait cela. Elle reprit rapidement sa route avant qu’un conducteur pressé et agacé ne décide de lui rouler dessus.
Avait-elle seulement vu qu’il y avait un feu alors qu’elle était perdue dans ses pensées ? Sans doute, sinon pourquoi se serait-elle arrêtée précisément à cet endroit ?
« …tu devrais être plus vigilante » avait dit son père le matin même. Lila se répéta plusieurs fois cette phrase. Gabriel avait raison, et pour le coup elle n’était même pas entrain de lire, juste entrain de penser. Quoique au final, elle avait coutume d’être aussi dangereuse plongée dans un livre que perdue dans ses songes.
Lila se concentra à nouveau sur ce qu’elle faisait et entreprit de passer par le parc central pour s’éloigner du bruit de la circulation et des chauffeurs grincheux, mais aussi pour profiter des magnifiques parterres fleuris qui s’y éparpillaient un peu partout. Pensées, jonquilles, tulipes, roses, lilas; il y en avait pour tous les goûts et de toutes les couleurs ! Passant devant chacun de ses champs de fleurs, les uns après les autres, la jeune fille se sentit submergée par le torrent de parfums qui virevoltait jusqu’à elle. Cela était tellement enivrant, tellement apaisant, tellement réjouissant, qu’elle dû se retenir de fermer les yeux pour en profiter davantage. Le sourire au lèvres, Lila se promit d’acheter un bouquet sur le retour pour égayer la maison.
Avant, sa mère ramenait des fleurs une fois par semaine. Mais depuis sa mort, plus aucune fleur n’avait été amenée à la maison. La jeune fille savait que ce rituel manquait à toute la famille, à part peut-être à Chloé qui n’avait pas eu le temps de le connaître. A la fois nostalgique et pleine d’espoir, elle décida de restaurer cette habitude au moins une fois par mois pour commencer, histoire de s’y remettre tout doucement et de ne pas trop gaspiller d’argent là-dedans au vu de la situation financière actuelle des Doucet.
Alors qu’elle dépassait les derniers carrés de pensées, une brise plus prononcée se fit et alors que le vent jouait avec ses cheveux de jais, elle entendit une voix étrangement familière et lointaine murmurer à son oreille.
_Lila…
Lila se retourna brusquement mais ne vit personne sinon les passants qui se promenaient sans faire attention à elle et le sol qui semblait se rapprocher dangereusement. Elle essaya en vain de reprendre le contrôle de son vélo qui dérapait à toute vitesse avant de finir sa course folle dans les gravillons.
De grosses larmes roulèrent sur ses joues. Ce n’était pas particulièrement du à sa chute, ni à son jean à présent sale ou encore aux picotements qu’elle sentait au niveau de ses genoux et de ses coudes qui s’étaient un peu écorchés sous ses vêtements, mais plutôt à la déception. La déception d’avoir cru à quelque chose qui était pourtant impossible. Comment avait-elle pu imaginer une seule seconde que cette voix puisse être celle de sa mère ?
_Vous allez bien mademoiselle ? s’enquit une femme d’une trentaine d’années qui avait accouru en la voyant à terre.
_Ca..ça ira..oui…je vous remercie, sanglota Lila en se relevant avec l’aide de sa bienfaitrice.
_Vous êtes sûre ?
Lila se ressaisit et sécha ses larmes avec la manche de sa veste, elle souffla un bon coup et s’efforça de sourire devant la dame qui s’inquiétait pour elle.
_Oui, je vais bien. Merci de m’avoir aidée !
Chacune reprit son chemin et Lila se résigna à marcher aux côtés de son vélo. Après tout elle était presque arrivée et déjà qu’elle avait un jean bon à mettre à la machine à laver et des yeux rouges et bouffis autant éviter de se présenter avec un bras cassé. Durant le chemin qu’il lui restait à faire, la jeune fille repensa au parc, à sa chute et à ce qui avait amené cette dernière. Oui, elle était maladroite. Non, elle n’était pas folle. Et pourtant, cette voix qu’elle avait cru entendre la hantait, parce qu’elle était absolument certaine qu’il s’agissait de celle de sa mère et qu’elle n’avait pas rêvé.
Une fois devant la bibliothèque, elle s’arrêta et prit le temps de regarder la facade. Elle était sobre, claire malgré son aspect ancien et contrastait avec les boutiques avoisinantes qui avaient toutes une devanture plutôt moderne mais très morne.
Celle-ci, était faite de colombages comme dans les maisons alsaciennes, et les poutres étaient joliment décorées. « Les Livres de la Vie » était inscrit à la peinture blanche sur la poutre servant de panneau de présentation, le tout souligné de bleu pastel et orné du logo de la bibliothèque : un oiseau dessiné simplement en vert pastel.
Lila laissa son vélo à l’extérieur et se décida à entrer. Elle poussa la porte et déboucha sur une immense pièce éclairée uniquement à la lumière du jour et à la bougie pour les endroits les plus sombres. Des étagères où les livres étaient parfaitement rangés s’étendaient à perte de vue sans pour autant donner l’impression d’étouffer, ou de rétrécir la pièce. Lila s’y sentit de suite bien et les yeux fermés, tournoya sur elle-même en inspirant profondément pour s’imprégner de l’ambiance et de l’odeur de cet endroit. Des bruits de pas la firent redescendre sur terre. Une femme d’un certain âge, la gérante sans doute, émergea des escaliers chargée d’une pile de livre. Lorsqu’elle vit Lila, ses yeux s’écarquillèrent et les livres dégringolèrent sur le sol. Figée de stupeur, la vieille dame peina à articuler.
_Cassandre ?
18 commentaires
Crissie
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John Ross
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Il y a 7 ans
Crissie
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maioral
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Scred.Story
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maioral
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Crissie
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Rouquine13
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Siobhan
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