Alex Volta Les Jumeaux de Piolenc L'identification

L'identification

Trois heures qu’il était retenu à la gendarmerie, pourtant le directeur de la Rocantine donnait l’impression d’avoir passé la nuit en cellule. La chemise froissée, les cheveux désordonnés, Biason était l’ombre de lui-même et Fabregas avait bien l’intention d’en profiter, d’autant que son aller-retour chez Lessage l’avait fortement agacé.

Le directeur avait clairement réagi face au portrait de Dupin mais n’avait pas voulu s’expliquer sur le moment. Le capitaine, prêt à durcir le ton, avait été interrompu par Vicart et cette histoire de menace à l’encontre du père des jumeaux. Fabregas dont le devoir était de se rendre sur place avait alors misé sur une technique éprouvée : laisser mariner le témoin sans plus de justification. À bien observer Biason, le capitaine se disait que la manœuvre avait fonctionné. Le directeur était visiblement prêt à parler et Fabregas n’avait plus qu’à appuyer sur le bon bouton.

Sans même dire un mot, il plaça de nouveau le cliché de Dupin sous les yeux du directeur. Biason remua sur sa chaise mais l’énergie qui l’animait à huit heures du matin avait totalement disparue. Il n’attendit même pas la première question, comprenant que parler était sa seule option s’il voulait rentrer chez lui.

– Je ne savais pas que cet homme était l’intérimaire que vous cherchiez ! Il faut me croire.

– Je suis prêt à vous croire, monsieur Biason, mais dans ce cas dites-moi d’où vous le connaissez !

Biason semblait peser le pour et le contre, comme si ce qu’il s’apprêtait à dire pouvait se retourner contre lui, pourtant il ne réclamait toujours pas l’assistance d’un avocat. Ce point jouait en sa faveur, aussi Fabregas mesura ses propos :

– Monsieur Biason, la vie de deux enfants est en jeu et je suis persuadé que vous ne voulez pas qu’un autre malheur arrive. Nous n’avons pas pu sauver Nadia mais il n’est peut-être pas trop tard pour Zélie et Gabriel. Si vous détenez la moindre petite information sur cet homme, il faut tout nous dire !

Le ton n’était ni agressif ni même autoritaire. Même si Fabregas ne croyait pas une seconde pouvoir atteindre une corde sensible chez cet homme, il était persuadé que le directeur ne laisserait pas passer la chance de se positionner en sauveur.

– Monsieur Biason, vous pouvez peut-être nous aider à comprendre toute cette affaire. Dites-nous simplement qui est Raphaël Dupin ?

– Cet homme a travaillé trois mois pour nous. Il venait une fois par semaine pour s’occuper de la maintenance informatique. Il a même réalisé notre site Internet.

– Et pourtant son nom ne vous a rien dit ? demanda Fabregas dubitatif.

– Parce que ce n’est pas le nom qu’il nous a donné ! Il m’a dit s’appeler Michel Dumas.

– Et vous n’aviez pas vérifié ?

– Vérifié quoi ? demanda le directeur sur la défensive. Comment pouvais-je savoir que ses papiers n’étaient pas en règle ?

– Vous ne faites pas une enquête de routine avant d’embaucher qui que ce soit ?

– Une fois de plus, capitaine, nous ne parlons pas d’un professeur ou d’un surveillant ! Il venait dans nos bureaux quatre fois par mois et ne côtoyait pas les enfants. Je n’ai pas imaginé une seule seconde que cet homme pouvait nous mentir sur son identité. Et visiblement, je ne suis pas le seul ! La société Elite s’est fait avoir de la même façon.

Déplacer la responsabilité sur un tiers. Un système de défense que Fabregas ne connaissait que trop bien et qui ne l’étonnait pas de la part de cet homme. Mais le capitaine devinait que le directeur n’avait pas tout dit.

– Si je comprends bien, ce monsieur ne travaillait plus à la Rocantine en tant que Dumas mais continuait à faire des intérims en tant que Dupin, c’est bien ça ?

– Il faut croire.

– Et pourtant vous ne l’avez jamais vu en tant que salarié de la société Elite, alors que cette dernière nous a dit qu’il y travaillait chez vous régulièrement depuis plusieurs mois !

– Je vous ai déjà dit que je ne vais jamais dans les cuisines !

Biason, qui avait repris petit à petit confiance en se livrant, perdait à nouveau patience. L’abcès percé, il imaginait certainement que les gendarmes écourteraient sa garde-à-vue mais son histoire ne satisfaisait toujours pas le capitaine.

– Et pourquoi avoir mis fin à son contrat ?

– Je ne crois vraiment pas que ce soit important.

Ils y étaient. Fabregas se doutait que le portrait de Raphaël Dupin n’avait pas pu mettre mal à l’aise le directeur à ce point simplement parce qu’il l’avait embauché sous un autre nom. Son comportement avait laissé transparaître quelque chose de plus profond, de plus dérangeant.

– Et moi je pense que c’est à moi d’en juger ! répondit-il alors sèchement. Que s’est-il passé pour que vous vous passiez de ses services ?

– Nous n’avions plus besoin de lui, tenta le directeur.

– Monsieur Biason, d’une manière ou d’une autre, j’apprendrais ce qu’il s’est passé ! Donc à vous de voir si vous préférez que je l’apprenne de votre bouche ou de celle de quelqu’un d’autre. Mais dites-vous bien qu’en fonction de votre décision, l’heure à laquelle vous sortirez d’ici ne sera pas de tout la même !


De nouveau, Biason s’était tassé sur sa chaise. Il n’osait même plus fixer le capitaine dans les yeux. Il finit par s’exprimer d’un filet de voix si faible que Fabregas fut obligé de le faire répéter un ton au-dessus.

– Je disais que ça relève de ma vie privée ! répéta cette fois le directeur presqu’en criant.

– Que les choses soient claires entre nous, répondit en échange Fabregas d’un ton calme mais cassant, votre vie privée ne m’intéresse en aucune manière ! Si j’estime que ce que vous vous apprêtez à me dire n’apporte rien de pertinent à mon enquête, alors nous en resterons là. En revanche, si j’apprends que vous m’avez caché quelque chose qui aurait pu nous permettre d’avancer, ne serait-ce que d’un seul pas, alors je serai le premier à tout balancer à la Provence ! Est-ce que c’est clair ?

– Vous bluffez !

– Vous voulez parier ?

Vingt secondes. Ce fut le temps nécessaire à Biason pour reprendre ses esprits et se mettre à parler :

– J’avais une liaison avec cet homme ! Elle n’a duré que deux mois. J’ai cru que nous étions amoureux, jusqu’à ce que je comprenne qu’il se servait de moi.

– Que vous a-t-il demandé ?

– Rien mais je l’ai surpris un jour dans mon bureau en train de copier des dossiers de mon ordinateur sur une clé USB. Je lui avais fait un double de mon passe pour qu’il puisse m’attendre en toute discrétion.

– Des dossiers, vous dites. Quels dossiers ?

– Des dossiers scolaires. Je n’ai même pas cherché à savoir pourquoi, je l’ai viré sur le champ !

– Et vous n’en avez pas parlé aux autorités ? s’étonna Fabregas.

Biason fixa le sol pour ne pas montrer sa gêne.

– Je ne voulais pas forcément que ça s’ébruite, et j’avais promis à Solène de ne pas causer de tort à son cousin.

– Solène ? répéta le capitaine manquant de s’étrangler.

– Oui, Solène. Mlle Gauthier si vous préférez.

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19 commentaires

Elo Robert

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Il y a 7 ans

Petites coquilles :"...avait totalement disparu.","...j'apprendrai ce qu'il...","...pas du tout..." La fin du chapitre me tue encore une fois x) C'est génial !

Alex Volta

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Il y a 7 ans

quoi ? comment ? mais c'est le drame !!! comment je vais faire moi pour publier le prochain chapitre :p

Sophie RUAUD

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Il y a 7 ans

Mais pourquoi je ne peux pas partager aujourd'hui ???

Alex Volta

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Il y a 7 ans

ah contente de te retrouver !!!

Sophie RUAUD

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Il y a 7 ans

Pfff j'ai rattrapé mon retard ; que de rebondissements !!! On en veut encore !

Alex Volta

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Il y a 7 ans

pardon pardon Demee, je ne voulais pas nuire à ton sommeil ! :-( bon, je vais calmer le rythme alors, histoire que tu puisses te reposer un peu ;-)

Demee

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Il y a 7 ans

T'es très forte, mais très chiante aussi ! Je sais que c'est le jeu et tu le joues très bien. Tu gardes la main. Mais pour les personnes qui peuvent sacrifier une nuit de sommeil parce qu'ils sont accro, c'est hard. C'est un exercice pour l'auteur, mais également pour le lecteur. Mais bon quand même, c'est bon ! Tu as du style Madame.

Cyril Carrere

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Il y a 7 ans

On en parle des auteur(e)s sadiques? :p

Ingrid Day

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Il y a 7 ans

Oui on en parle Cyril...c'est un point commun à de nombreux auteurs de thriller...ce qui fait ENCORE de moi une lectrice frustrée mais complètement accro... Je veux la suite c'est de la torture de nous faire attendre ♥️

Cyril Carrere

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Il y a 7 ans

haha oui, Alex est très forte :p vivement la suite !!! ^^ (moi je suis un jeune padawan à côté ^^)
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