Fyctia
Chapitre 23 Jasna
Paris, le même jour, dans la soirée.
J’enfouillis le mobile rose de Rose au fond de mon sac à main. Il faut que je m’en débarrasse et vite.
Tout en m’habillant, je réfléchis… Je vais aller le jeter dans une poubelle, dans la rue… Non… Dans celle des Fabre… Ou bien je l’égare dans le hall de la gare Montparnasse, puisqu’elle c’est de là qu’elle a fait son aller et retour à Bordeaux.
Quelle option me conseillez-vous ?
J’enfile mon anorak. Mon sac en bandoulière, je ferme l’appart à double tour. Lorsque j’arrive au rez-de-chaussée et que j’ouvre la porte d’entrée de l’immeuble, je tombe nez à nez avec…
Devinez qui ?
Oui, c’est lui !
Je roule des yeux en m’étonnant :
— Monsieur Fabre ! Qu’est-ce que vous faites ici ?
Dans ma poitrine, mon cœur joue au yoyo et, dans mes veines, mon sang bouillonne, enflammant mes joues. Que fait le procureur général ici ? Il n’est jamais venu chez moi !
— Bonsoir, Jasna. Je viens te présenter mes excuses pour les désagréments que je tu as subis, hier au commissariat. Tu sortais ?
— Heu… J’allais faire quelques courses.
— Je repasserai, si…
— C’est un moyen détourné pour vous assurer que votre fille n’est pas chez moi, bien sûr, dis-je le doigt pointé en l’air pour désigner les étages.
— Pas spécialement, mais si tu m’autorisais à...
— Entrez, je vous en prie. Ce sera une bonne chose de faite et ça m’écartera de la liste des suspects !
Je fais volte-face et me dirige vers l’escalier en bois, les jambes en coton. Alors que je me cramponne à la rampe, le magistrat dans le dos, je fournis un effort incommensurable pour qu’il ne remarque pas mon trouble. Je suis trahie lorsque je m’y reprends à trois reprises pour insérer la clef dans la serrure de la porte de mon logement.
— Inutile de paniquer, je souhaite juste avoir des nouvelles de ma fille. C’est le père qui se présente devant toi, pas le juge, me rassure-t-il.
J’entre sans me retourner. Il me suit en poursuivant :
— Le plus inquiétant c’est qu’il n’y a plus de mouvements sur son compte bancaire. Je présume qu’elle se cache chez quelqu’un qui lui offre le gîte et le couvert.
Et bien, dites donc, il a creusé jusqu’à dans l’historique du compte de Rose ! Elle nous l’avait dit, souvenez-vous ! Un bon point pour elle ! Elle a assuré sur ce coup-là !
— Je suis cette personne, d’après vous ?
— Depuis sa disparition, ma femme et moi ne savons plus quoi penser. Nous avons l’impression de ne pas connaître notre fille. Est-ce que tu es au courant qu’elle a échoué à la deuxième partie du concours d’entrée à…
Alors que je tourne le buste vers lui, je remarque qu’il balaie la pièce d’un œil suspicieux. Je ne peux m’astreindre à le laisser continuer :
— Elle n’a pas osé vous le dire, Monsieur Fabre ! Je suis complétement d’accord, Rose est une étrangère pour vous ! Vous croyez vraiment qu’elle est faite pour votre monde de corbeaux noirs ? Je comprends que vous souhaitiez le meilleur pour elle, mais il n’y a pas de sot métier ! Vous l’idéalisez magistrate, procureure ou je ne sais quoi encore, alors que son rêve à elle, c’était de devenir photographe ! Vous lui avez coupé les ailes ! Vous vous souvenez de ce que vous lui avez répondu quand elle vous a annoncé vouloir candidater à l’ENS Louis Lumière ?
— Elle te répète tout ce qui se passe chez nous à ce que je constate.
Ce n’est pas moi qu’il regarde quand il parle. Il inspecte les lieux.
— Si vous le dites… Je vois que vous admirez chaque recoin de mon salon, Monsieur. Ne vous gênez pas, fouillez, vous êtes venu pour ça ! Allez vite vérifier que Rose n’est pas en train de flétrir sous mon lit. La chambre, c’est par là… sur votre gauche !
Eh bien, il y va, figurez-vous !
Je profite de son absence pour foncer à la cuisine afin de ranger le paquet de cornflakes.
Ben oui, si Rose avait l’idée de m’appeler alors que son père est chez moi, la boîte de chocapics serait prise d’incontrôlables tremblements car, à l’intérieur, mon mobile secret est sur vibreur.
Je garde sur moi mon blouson et mon sac qui conserve le téléphone de Rose au chaud. Monsieur Fabre ne pensera pas à me demander de l’ouvrir… Du moins, c’est ce que j’espère.
— Elle n’est pas sous le lit, merci Jasna, lance-t-il en s’appuyant contre le chambranle de la porte de la cuisine, mon ordinateur portable en main. Et depuis tout ce temps, tu n’as pas eu de nouvelles ?
Le paquet de céréales à la main, je ne peux refréner un sursaut de surprise.
— Je t’ai fait peur ? ricane-t-il.
Je repose la boîte sur la table en essayant de ne pas la renverser de mes doigts tremblotants et je rétorque :
— Je vous jure que Rose va bien, mais je ne vous dirai pas comment je le sais. Elle est majeure et a le droit d’aller où elle veut. Si vous voulez vérifier mes mails, mon Facebook et mon Instagram, ne vous gênez pas !
— Rose n’est plus visible sur les réseaux, mais je veux bien voir tes mails… Et son téléphone ?
— Je suis à sa recherche depuis que les policiers m’ont soutenu qu’ils l’avaient géolocalisé dans les environs et qu’il ne pouvait être qu’ici, mais il peut tout aussi bien se trouver chez vous ! dis-je en lui prenant mon ordi des mains.
Je pose l’appareil sur la table et ouvre toutes mes boîtes mails. Pendant qu’il s’assied pour inspecter mes messages, je l’interroge à mon tour :
— Vous avez regardé dans la chambre de Rose ?
Sans quitter l’écran des yeux, il se gratte le menton, pensif. C’est le moment que choisissent les chocapics pour se manifester. J’appuie une paume sur la table et fais un pas à gauche pour les cacher derrière mon dos. Hélas, monsieur Fabre n’est pas sourd.
— Il n’y a pas un truc qui vibre ? lève-t-il les yeux vers moi.
Je m’empourpre pendant que mon cerveau mouline à plein régime. J’ai besoin d’un subterfuge, vite ! Sans me séparer de mon sac, je l’ouvre et en extirpe mon téléphone officiel en marmonnant :
— C’est moi… Je rappellerai tout à l’heure.
Je remets l’appareil à sa place et insiste :
— Vous avez jeté un œil chez vous ?
— Son ordinateur n’est plus dans sans chambre. Comme il n’a pas l’air d’être ici, non plus, elle l’a certainement emporté avec elle. Je n’ai pas poussé les recherches, mais je vais suivre ton conseil aussitôt que je serai rentré.
Il referme le capot de l’ordi et se lève en enchaînant :
— Merci pour ta coopération, Jasna… Tu ne veux toujours pas me dire où elle se cache ?
— Non, elle a le droit de faire ce qu’elle veut, mais elle reviendra. Tout ce que je peux vous dire c’est que Malik n’est pas impliqué dans cette histoire.
— Effectivement, il tombe des nues ! Cependant, l’enquête de proximité a dévoilé qu’il n’était pas fidèle en amour.
— Je sais et Rose a des doutes…Vous allez me faire placer en garde à vue ?
— On n’en est pas là ! Je ne vais pas t’importuner plus longtemps, je te…
À cet instant, une idée me traverse l’esprit.
— Je peux vous accompagner ? Je parie que le téléphone de Rose est chez vous !
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Judith | Fyctia
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