Jean-Marc-Nicolas.G Les Anachorètes Réveil à la clinique.

Réveil à la clinique.


Oui, mais tout à fait inopinément, je la traversais lorsque ce monde venait s’ouvrir à moi dans mon appartement. D’ailleurs, j’ai failli terminer comme nourriture si je n’étais pas parvenu à leur échapper. Je les nomme Anthropophagus parce qu’ils se nourrissent de la chair humaine et qu’ils ressemblent à des anthropomorphes d’une espèce jamais vue dans mon monde.


Maintenant que tu les as rencontrés, tu devras négocier avec eux, je te l’avoue, ils ne sont pas commodes et je ne serai être trop prudente en te conseillant de les rencontrer en terrain neutre avec la garde rapprochée des Artrides.


Mais tes sœurs et toi ne peuvent pas assurer ma protection ?


Là n’est pas la question Pierre, nous, nous ne représentons que notre communauté alors que les Artrides représentent l’autorité, le pouvoir, l’ordre, les Émissaires et indirectement les Anachorètes, les Maîtres du temps, des paradoxes temporels et mondes probables. Ce n’est pas rien, c’est même tout. Face à eux, toutes les créatures de notre champ de réalité se soumettent et le but de ta démarche, est d’obtenir le soutien de toutes les communautés de l’arrière-monde. Ce ne sera pas de trop, crois le bien.


**************


Je me réveille dans une chambre d’hôpital, que m’est-il arrivé ? Je suis allongé sur un lit, le néon grésille et la pièce est tour à tour lumineuse puis sombre. Pour finalement tomber définitivement dans la pénombre.

Tout me revient, désormais, j’étais à la clinique « Maison Blanche de Haute Ville », et le docteur De Grangier m’expliquait ce qui c’était produit lors de ma perte de connaissance.


Mais curieusement, on a déplacé le lit pour qu’il bloque la porte de la chambre et une barre a été enfilée à travers les arceaux de la porte. On a voulu empêcher quelque chose où quelqu’un de pénétrer dans la pièce. Mais pour quelle raison ?


Je me relève puis je pose les pieds par terre. Je suis pieds nus et le froid du carrelage au sol me saisit, je me heurte à des objets qui parsèment la pièce puis je me cogne à la table de nuit. Un air frais pénètre dans la chambre, je me rends compte que c’est parce que la fenêtre de celle-ci a été complètement éventrée, je remarque qu’il y a du sang sur l’embout pointu d’un tesson angulaire ainsi que sur le bas de l’encadrement de la fenêtre.


Je retourne en arrière, en tâtonnant et en heurtant à nouveau différents objets qui parsèment toujours le sol, pour me diriger vers le placard où se trouve mes habits. J’enfile rapidement mon pantalon, ma chemise, mes chaussettes et met rapidement mes chaussures. Je prends ma veste, je vérifie si elle contient toujours mon portefeuille dans la poche intérieure, mais il ne s’y trouve pas, je cherche autour de moi en scrutant le tour de la pièce puis je réalise qu’il a dû être placé dans le tiroir de la table de nuit que j’ai heurté il y a un instant.

J’ouvre le tiroir, le portefeuille est là, mais ce qui attire mon attention, à côté c’est mon petit carnet à spirales et un papier avec un mot de Carole, je reconnais son écriture et le stylo avec lequel elle a écrit est posé dessus.


« Pierre je suis chez moi si tu te réveilles rejoint-moi surtout n’ouvre pas la porte passe par la large corniche extérieure, tu n’es qu’au deuxième étage, tu pourras descendre sans trop de difficultés. Ici tout est devenu noir, le personnel et tous les visiteurs ont été massacrés. Surtout n’ouvre pas la porte. Je t’aime mon chéri. »


Putain ! Mais que s’est-il passé pendant mon absence ?

Puis, je réalise que j’étais à l’instant également avec les sœurs Damnées. Mon esprit s’embrouille, tout me parait confus. Je regarde le réveil électromécanique fixé sur le mur, il s’est arrêté à samedi huit Juin à seize heure treize. Je m’approche de la fenêtre éventrée et je me penche vers l’extérieur, dehors tout est noir, il fait une nuit d’encre le ciel ne laisse pas transparaître une seule étoile et je perçois les mêmes types de nuages lourds et crasseux du monde Noir.


L’ambiance est saisissante, d’un silence angoissant, il n’y a pas de doute je comprends ce que l’Émissaire a voulu me dire lorsqu’il a évoqué la venue du cauchemar dans mon monde. Je réalise que je ne suis plus dans le monde Noir mais c’est le Monde Noir qui est arrivé chez moi. Mais alors ou sont mes amis ?


Dehors, plus bas, je perçois des corps qui jonchent le macadam du parking de l’établissement. Des véhicules sont en arrêt et les portières de certains sont restées ouvertes. Plus loin, d’autre voitures se sont percutées. A voir l’état des corps, je comprends que la catastrophe s’est déroulée depuis plusieurs jours déjà, voire peut-être une semaine.


J’enjambe la fenêtre pour longer la large corniche, j’essaie de ne pas regarder en bas mais je ressens un terrible vertige, je me plaque contre le mur de paroi et je ferme les yeux.

Mon Dieu, comment vais-je faire ?

Carole est décidément plus courageuse que moi. Je n’ai plus aucune notion de temps.

Depuis quand est-elle chez elle ?

Est-elle parvenue à atteindre son domicile ?

Est-elle encore vivante ?

Mon vertige persiste, je dois revenir en arrière, tant pis. Malgré les conseils de Carole, je choisis de passer par l’intérieur de la clinique. Je pousse le lit qui était plaqué contre la porte d’entrée de ma chambre puis je retire la barre qui fixe celle-ci en forçant pour la désenchasser de son logement de fortune. Je tire prudemment la porte à moi, une horrible odeur de puanteur me saisit à la face. Mon pied heurte quelque chose de lourd. Dans la pénombre, je perçois que c’est une tête qui vient de rouler tandis que devant moi est entassé un amas de cadavres en décomposition. Ils dessinent une forme de magma puant et informe de chairs et de boyaux empuantis.


Je me bouche le nez en me pinçant les narines. La scène est saisissante. Et un profond sentiment de dégoût me saisit à la gorge. Je vomis par soubresauts répétitifs ayant l’impression de manquer d’air à chaque spasme. Putain, je me sens malade, mais je tente de m’éloigner le plus vite possible de cette scène de carnage, qu’a-t-il bien pu se passer ici ?


Je glisse sur le parterre à cause d’une substance graisseuse. Je me rends compte que le sol est tapissé par une couche noirâtre et infecte, c’est le sang coagulé des pauvres victimes qui s’agglutine sur ma veste et mes mains. J’entends comme un frétillement d’une multitude de petits êtres qui s’activent. Ce sont les millions d’asticots qui tapissent le sol et qui ont colonisés l’amas aqueux des corps en putréfaction.


Une panique me saisit, et je tente de me précipiter vers les portes battantes qui mènent au couloir de sortie vers les escaliers. Je pousse les battants mais ils sont bloqués par des obstacles, je comprends que ce sont des corps, encore des cadavres horriblement mutilés. J’insiste en forçant les vantaux par plusieurs poussées. Je finis par pouvoir m’aménager un passage par lequel je me faufile et forcer dans un dernier effort l’ouverture des deux battants.


...

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17 commentaires

Clair d'eau

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Il y a 6 ans

Ce qui est important ici et pour ton papa, c'est le souvenir que tu en retient et que tu retransmet. On a tous des peurs, des envies, des souhaits et des bonheurs, et avec ce partage on ne peut que construire. En fait, ta présence et ton "témoignage" ne deviennent donc que le ciment de cette quête qui fait que l'on ne peut oublier chacun sans laisser un héritage : celui qui nous fera évoluer en des êtres dignes de s'appeler humain. Je te souhaite une bonne continuation, car non, en faisant le choix de t'emanciper, tu ne peux certainement pas être seul, alors reçoit mes plus sincères encouragements, et surtout, vive les rêves ! :))

Jean-Marc-Nicolas.G

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Il y a 6 ans

Il n'y a rien à ajouter à ces mots de sagesse,de bon sens et d'espoir. C'est une vision juste de ce que nous sommes et de la vie. Merci de me soutenir et merci de m'offrir un peu de tes pensées. Bon courage dans la suite. Sans doute aurons nous le plaisir de nous croisez à nouveau dans un prochain concours. Je ne répondrai pas à celui des sorcières car je vais avoir besoin de temps pour terminer les Anachoretes et m'occuper de mes proches à la santé fragile ce qui demande également du temps. Tant pis car j'avais commençais une ébauche avec l'équivalent de quatre chapitres.J'avais une bonne idée sur ce type d'histoire. A bientôt j'espère.

Clair d'eau

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Il y a 6 ans

Coup de pouce :) Je rattrappe mon retard. Toujours aussi intéressant ce concept d'arrière monde et même si je pense que chacun "voit sa réalité à sa façon" tu nous démontre ici qu'il n'y a pas de limite à la pensée et donc que rien n'est impossible si on le désire. Ce qui est plutôt encourageant pour le monde d'aujourd'hui. Bon courage pour la suite.

Jean-Marc-Nicolas.G

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Il y a 6 ans

Merci d'avoir compris mon sentiment profond, on se sent moins seul .Merci encore d'avoir décelé en filigrane ce que j'ai souhaité transmettre. Aujourd'hui le monde dans lequel on vit est le produit de nos pensées,celui de nos idées. Je trouve quand même que les hommes ont manqués de tendresse pour le construire.Souvent, j’écoute une vieille chanson de Bouvril "La Tendresse" c'est une leçon sur l'existence à laquelle nous devrions nous inspirer. J'ai eu une enfance et une adolescence heureuse.Nous étions une famille unie et heureuse.Ces moments de bonheur m'ont laissés de tendres souvenirs meublant ma mémoire.Ma seule peur c'est de perdre l'esprit comme ce qui est arrivé à mon papa.Il a ainsi oublié tous les être qu'il a aimé.Il a finit prostré dans son coin le regard dans le vague.Pourtant entouré de sa famille . Il était dans un monde Noir,le sien

Helen Mary Sands

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Il y a 6 ans

"...je ne suis plus dans le monde Noir mais c’est le Monde Noir qui est arrivé chez moi..." Peut-on aller plus loin ?

Jean-Marc-Nicolas.G

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Il y a 6 ans

considère l'image suivante.Connais tu les poupées russe? Tu sais celles qui s’emboîtent les unes dans les autres.Et bien pour ma part dans mes fantasmes,je concidére à mon tour qu'il y a toujours l’arrière Monde d'un Arrière Monde et ainsi de suite.Nous avons tous une ombre et chaque monde a sa propre ombre.Une part de lui même qu'il n'accepte pas ,dont il a honte ou tout simplement qu'il ignore. Par conséquent,oui on peut aller plus loin ,par exemple le Monde Noir étant l’arrière monde de notre monde, a lui même son propre arrière monde ou Monde Noir,il se situe dans la zone de la Grande Nécropole sous lequel existent les Créatures des Profondeurs.Il existe des Mondes noir et ses propres créatures absolument illimités dans l'évolution de la souffrance et le terrifiant!!Ainsi les créatures des profondeurs ont elles même leur propre monde noir de cauchemar. Chaque culture,chaque espèce possède ses propres parts d'ombre ,son propre Monde Noir.Les Émissaires appréhendent quelque peu, mais n'en ont jamais eux vraiment la certitude par contre les Moines Noir ou Anachorètes dont l'évolution est encore bien plus importante à un plan de conscience plus évolué connaissent cette réalité que je viens de t'énoncer.J'aurais aimé développer plus en avant ce concept dans mon histoire, mais le temps 'a manqué et les chapitres limités à sept milles mots m'ont quelque peu handicapé. Bonne lecture de la suite et bon voyage dans la folie

Helen Mary Sands

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Il y a 6 ans

merci de cette superbe réponse... je pense que tout ce que tu cherches à dire s'exprime dans le texte ! oui, les poupées russes à l'infini, sauf que pour les poupées russes cela va de l'extérieur à l'intérieur, et au bout d'un moment c'est fini, alors qu'ici cela semble aller à l'infini...

Sand Canavaggia

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Il y a 6 ans

Nous y voilà, il se réveille et comble de tout ce qu'il a pu vivre dans son monde lumineux il est seul… Il voit le mot de Carole et à juste titre il est perdu, il enjambe et voit des tas de corps, paradoxe il a peur mais reste maître de ce qu'il observe et même dans la panique garde une force dans son espace. Que va-t-il se passer ? Va-t-il finir par découvrir ce qu'il s'est passé avec le sens certain que ce qu'il apprend depuis le début arrive, l'ouverture de l'espace temps faisant entrer le monde noir. Après son "coma" à l'hosto je comprends qu'il puisse être perturbé par les faits. Bonne suite de ton écrit, toujours un plaisir de te suivre. Merci pour ce partage ;)

Jean-Marc-Nicolas.G

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Il y a 6 ans

Fondamentalement chacun d'entre nous,créons notre propre réalité,nous regardons le monde qui nous attire par le propre filtre de nos préjugés.Les objets qui nous entourent n'existent pas indépendamment de nous mais à travers notre regard.Alors les réalités dans lesquelles Pierre évolue sont toutes aussi valables les unes que les autres.Merci Sandie de m'accompagner depuis le début de cette aventure
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