Fyctia
Réveil à la clinique.
…
— Oui, mais tout à fait inopinément, je la traversais lorsque ce monde venait s’ouvrir à moi dans mon appartement. D’ailleurs, j’ai failli terminer comme nourriture si je n’étais pas parvenu à leur échapper. Je les nomme Anthropophagus parce qu’ils se nourrissent de la chair humaine et qu’ils ressemblent à des anthropomorphes d’une espèce jamais vue dans mon monde.
— Maintenant que tu les as rencontrés, tu devras négocier avec eux, je te l’avoue, ils ne sont pas commodes et je ne serai être trop prudente en te conseillant de les rencontrer en terrain neutre avec la garde rapprochée des Artrides.
— Mais tes sœurs et toi ne peuvent pas assurer ma protection ?
— Là n’est pas la question Pierre, nous, nous ne représentons que notre communauté alors que les Artrides représentent l’autorité, le pouvoir, l’ordre, les Émissaires et indirectement les Anachorètes, les Maîtres du temps, des paradoxes temporels et mondes probables. Ce n’est pas rien, c’est même tout. Face à eux, toutes les créatures de notre champ de réalité se soumettent et le but de ta démarche, est d’obtenir le soutien de toutes les communautés de l’arrière-monde. Ce ne sera pas de trop, crois le bien.
**************
Je me réveille dans une chambre d’hôpital, que m’est-il arrivé ? Je suis allongé sur un lit, le néon grésille et la pièce est tour à tour lumineuse puis sombre. Pour finalement tomber définitivement dans la pénombre.
Tout me revient, désormais, j’étais à la clinique « Maison Blanche de Haute Ville », et le docteur De Grangier m’expliquait ce qui c’était produit lors de ma perte de connaissance.
Mais curieusement, on a déplacé le lit pour qu’il bloque la porte de la chambre et une barre a été enfilée à travers les arceaux de la porte. On a voulu empêcher quelque chose où quelqu’un de pénétrer dans la pièce. Mais pour quelle raison ?
Je me relève puis je pose les pieds par terre. Je suis pieds nus et le froid du carrelage au sol me saisit, je me heurte à des objets qui parsèment la pièce puis je me cogne à la table de nuit. Un air frais pénètre dans la chambre, je me rends compte que c’est parce que la fenêtre de celle-ci a été complètement éventrée, je remarque qu’il y a du sang sur l’embout pointu d’un tesson angulaire ainsi que sur le bas de l’encadrement de la fenêtre.
Je retourne en arrière, en tâtonnant et en heurtant à nouveau différents objets qui parsèment toujours le sol, pour me diriger vers le placard où se trouve mes habits. J’enfile rapidement mon pantalon, ma chemise, mes chaussettes et met rapidement mes chaussures. Je prends ma veste, je vérifie si elle contient toujours mon portefeuille dans la poche intérieure, mais il ne s’y trouve pas, je cherche autour de moi en scrutant le tour de la pièce puis je réalise qu’il a dû être placé dans le tiroir de la table de nuit que j’ai heurté il y a un instant.
J’ouvre le tiroir, le portefeuille est là, mais ce qui attire mon attention, à côté c’est mon petit carnet à spirales et un papier avec un mot de Carole, je reconnais son écriture et le stylo avec lequel elle a écrit est posé dessus.
« Pierre je suis chez moi si tu te réveilles rejoint-moi surtout n’ouvre pas la porte passe par la large corniche extérieure, tu n’es qu’au deuxième étage, tu pourras descendre sans trop de difficultés. Ici tout est devenu noir, le personnel et tous les visiteurs ont été massacrés. Surtout n’ouvre pas la porte. Je t’aime mon chéri. »
Putain ! Mais que s’est-il passé pendant mon absence ?
Puis, je réalise que j’étais à l’instant également avec les sœurs Damnées. Mon esprit s’embrouille, tout me parait confus. Je regarde le réveil électromécanique fixé sur le mur, il s’est arrêté à samedi huit Juin à seize heure treize. Je m’approche de la fenêtre éventrée et je me penche vers l’extérieur, dehors tout est noir, il fait une nuit d’encre le ciel ne laisse pas transparaître une seule étoile et je perçois les mêmes types de nuages lourds et crasseux du monde Noir.
L’ambiance est saisissante, d’un silence angoissant, il n’y a pas de doute je comprends ce que l’Émissaire a voulu me dire lorsqu’il a évoqué la venue du cauchemar dans mon monde. Je réalise que je ne suis plus dans le monde Noir mais c’est le Monde Noir qui est arrivé chez moi. Mais alors ou sont mes amis ?
Dehors, plus bas, je perçois des corps qui jonchent le macadam du parking de l’établissement. Des véhicules sont en arrêt et les portières de certains sont restées ouvertes. Plus loin, d’autre voitures se sont percutées. A voir l’état des corps, je comprends que la catastrophe s’est déroulée depuis plusieurs jours déjà, voire peut-être une semaine.
J’enjambe la fenêtre pour longer la large corniche, j’essaie de ne pas regarder en bas mais je ressens un terrible vertige, je me plaque contre le mur de paroi et je ferme les yeux.
Mon Dieu, comment vais-je faire ?
Carole est décidément plus courageuse que moi. Je n’ai plus aucune notion de temps.
Depuis quand est-elle chez elle ?
Est-elle parvenue à atteindre son domicile ?
Est-elle encore vivante ?
Mon vertige persiste, je dois revenir en arrière, tant pis. Malgré les conseils de Carole, je choisis de passer par l’intérieur de la clinique. Je pousse le lit qui était plaqué contre la porte d’entrée de ma chambre puis je retire la barre qui fixe celle-ci en forçant pour la désenchasser de son logement de fortune. Je tire prudemment la porte à moi, une horrible odeur de puanteur me saisit à la face. Mon pied heurte quelque chose de lourd. Dans la pénombre, je perçois que c’est une tête qui vient de rouler tandis que devant moi est entassé un amas de cadavres en décomposition. Ils dessinent une forme de magma puant et informe de chairs et de boyaux empuantis.
Je me bouche le nez en me pinçant les narines. La scène est saisissante. Et un profond sentiment de dégoût me saisit à la gorge. Je vomis par soubresauts répétitifs ayant l’impression de manquer d’air à chaque spasme. Putain, je me sens malade, mais je tente de m’éloigner le plus vite possible de cette scène de carnage, qu’a-t-il bien pu se passer ici ?
Je glisse sur le parterre à cause d’une substance graisseuse. Je me rends compte que le sol est tapissé par une couche noirâtre et infecte, c’est le sang coagulé des pauvres victimes qui s’agglutine sur ma veste et mes mains. J’entends comme un frétillement d’une multitude de petits êtres qui s’activent. Ce sont les millions d’asticots qui tapissent le sol et qui ont colonisés l’amas aqueux des corps en putréfaction.
Une panique me saisit, et je tente de me précipiter vers les portes battantes qui mènent au couloir de sortie vers les escaliers. Je pousse les battants mais ils sont bloqués par des obstacles, je comprends que ce sont des corps, encore des cadavres horriblement mutilés. J’insiste en forçant les vantaux par plusieurs poussées. Je finis par pouvoir m’aménager un passage par lequel je me faufile et forcer dans un dernier effort l’ouverture des deux battants.
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Clair d'eau
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Il y a 6 ans
Jean-Marc-Nicolas.G
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Il y a 6 ans
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Il y a 6 ans
Jean-Marc-Nicolas.G
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Helen Mary Sands
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Jean-Marc-Nicolas.G
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Sand Canavaggia
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Jean-Marc-Nicolas.G
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Il y a 6 ans