lea.morel Le tueur de femmes 3.1

3.1

Je rentre chez moi, avec des pieds de plomb. Comme ce matin, quand je suis partie de ma maison. Le vent et la pluie se mélangent sur mon visage frigorifié. Quelle idée j'ai eue de venir à pied ce matin ! Je marche vite. Très vite. Je trottine presque. Je ne sais pas si je le fais à cause de cette satanée pluie, ou de cette foutue peur d'être suivie sans arrêt. Je me rappelle la scène d'il y a quelques minutes, quand je me suis caché comme un gros bébé derrière un bureau, un flingue à la main. Non mais sérieusement... Je me fais honte.


Enfin arrivé dans ma luxueuse demeure, j'enlève vite mes chaussures de sécurité pleine de boue et me débarrasse de mon manteau. La chaleur me réchauffe les joues immédiatement.


— Ma chérie ! crie mon mari depuis ce qui me semble être la cuisine. Tu as aimé ta journée de boulot, j'ai l'impression...


J'entends ses pas lourds de l'homme musclé qu'il est, se rapprocher moi, toujours sur l'entrée, l'air désespérer sur le visage.


— ...ou pas.


Je n'arrive pas à retenir les larmes sauvages qui s'échappent de mes yeux. Jim vient tout de suite me prendre dans ses bras, me caressant les cheveux avec autant de douceur possible. Ses mains sont douces. On reste comme ça pendant plusieurs minutes. Pendant le temps qu'il me faut.


— Je t'ai préparé un bon dîner, et ensuite, je te préparerais un bon bain chaud, mon amour. Tu veux me dire ce qui te met dans cet état ?

J'acquiesce de la tête en essuyant mon surplus de larme. Nous nous installons dans la cuisine, quand l'odeur de la viande me met l'eau à la bouche. De la fumée s'échappe de la casserole.


— Mon plat préférée...


Mon adorable mari m'a préparé un bon bœuf bourguignon. Je le regarde avec des yeux remplis d'amour pour l'homme qui comble ma vie depuis dix longues années, et qui plus est mon mari depuis bientôt un an.


On s'installe autour de la table en bois déjà prête, et je raconte ma journée.


— Mon chef veut me mettre sur un dossier. Un dossier d'un tueur de femme.


— Je trouve ça plutôt génial ! s'enthousiaste-t-il. Une femme qui se bat pour les droits de toutes les autres femmes, tu vas punir un tueur misogyne. Je trouve ça épatant. C'est une belle vengeance !


— Personne n'a dit que j'allais accepter, et que même si je le faisais, je ne sais pas si je suis capable de l'arrêter.


Mon mari n'ajoute rien, déçu par la phrase que j'ai prononcé sur un ton plutôt sec et froid. Je continue mon monologue, lui expliquant les caractéristiques de ce fameux tueur et de mes inquiétudes au sujet que ça puisse être mon bourreau.


— Ton chef ne te ferait pas une chose pareille, quand même, s'il te dit qu'il n'en sait rien, il f ut le croire. Ce tueur peut être n'importe qui.


Je hausse simplement les épaules. Je trempe ma fourchette dans un bon de viande que je mâche lentement.


Jim a raison. Mon chef ne me ferait pas ça. S'il me met sur cette affaire, aussi importante soit-elle, c'est qu'il croit en moi. Il faut juste que je me reprenne.


Je continue de raconter ma journée en parlant de mes dossiers quasiment tous bouclé, puis à ma peur...


— Quoi ? ricane-t-il sans pouvoir sans empêcher. Tu t'es caché derrière un bureau parce que tu as entendu toquer à la porte ?


Je lui tape sur le bras, le taquinant.


— Ce n'était pas un simple toc-toc. C'était un énorme bruit sourd, comme si la foudre c'était abattu sur la porte.


Il rigole de toutes ses dents, et c'est mon bruit préféré.

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