Fyctia
Vendredi 20 août, 20h (2/3)
- Mais bon sang, qui cela peut-il bien être sous ce déluge? Claire venait de prononcer ses mots à voix haute. Une manière pour elle de se rassurer? Peut-être bien.Il faut dire que dans ce petit patelin, il était bien rare que quelqu’un vienne leur rendre visite. Qui plus est sous des trombes d’eau. Leurs familles respectives habitaient à des centaines de kilomètres de la Gironde et leurs amis se pointaient rarement à l’improviste. Toujours est-il qu’elle s’extirpa de son canapé tout en prenant soin de ne pas répandre plus de café qu’il y en avait déjà sur le tapis de type oriental (qui leur avait coûté une petite fortune soit dit en passant…) et se dirigea d’un pas bien peu assuré vers la porte.
Une pensée fugace traversa au même instant son esprit alors qu’il ne lui restait que quelques mètres à franchir jusqu’au petit couloir qui faisait office d’entrée.
Et s’il était arrivé quelque chose à Louis? En une fraction de seconde, son sang ne fit qu’un tour, et une sensation désagréable envahit son abdomen. Vite, ouvrir cette fichue porte et chasser ses idées noires. Il s’agissait sûrement de la voisine qui venait chercher un peu de sel ou un inconnu tombé en panne devant la maison.
On frappa de nouveau, sèchement. Claire actionna la poignée. Devant elle se tenait un homme. Grand, vêtu de noir. Il semblait plutôt jeune, mais ce qui la cloua littéralement sur place ce fut son regard, deux yeux noirs, puissants, pénétrants. Une ombre : ce fut sa première pensée. La seconde suivante elle sombrait dans les ténèbres, un mouchoir d’éther sur le visage. La nuit l’emportait.
Louis pestait contre ce mauvais temps, contre ces automobilistes qui n’en finissaient pas de ralentir et surtout contre la terre entière qui l’empêchait de retrouver son foyer en cette fin de journée harassante. Et pour couronner le tout, ce satané portable qui s’était déchargé, impossible par conséquent de prévenir Claire qu’il aurait un peu de retard. Elle devait s’inquiéter, elle qui n’aimait pas se retrouver seule dans leur grande maison. Mais il n’en avait plus pour très longtemps à présent. La file de voiture qui paralysait la circulation depuis déjà une bonne heure commençait à se fluidifier. Il serait bientôt dans les bras de sa compagne, et rien que cette pensée atténuait considérablement son agacement.
Les derniers kilomètres le séparant du petit village furent plus simples à négocier. Une fois extirpé des grands axes, et ce malgré l’orage qui ne cessait de gronder tel un animal en furie, il sentit un apaisement qui reprenait le dessus sur la tension engendrée par le trafic infernal. La campagne environnante tissait doucement sa toile et semblait l’accueillir dans ses bras de verdure. Louis ne savait pas vraiment l’expliquer mais ce cadre, cette atmosphère, le réconciliait systématiquement avec le monde entier. La nature avait, sur lui, un pouvoir curieux et envoûtant, qui le transportait de l’autre côté de la vie. Là où tout n’est que légèreté et insouciance. Comme un parfum d’éternité.
Quelques minutes s’écoulèrent et Louis aperçut les premières lumières perçant la pénombre. Il n'était même pas 21h et l'on se serait cru au beau milieu de la nuit. Le village était tout près et Claire était à porter de son cœur. Il imaginait déjà son sourire lorsqu’il franchirait la porte. Un sourire qui effacerait probablement toute l’inquiétude accumulée depuis la fin de l’après-midi. Il gara sa voiture dans la petite cour gravillonnée jouxtant la demeure. La lumière filtrait des volets fermés et Louis pensait déjà à la chaleur de son foyer, au visage de Claire exprimant tant d’émotions et à la très bonne soirée qui s’annonçait, loin de cette pluie glacée et de ce ciel si menaçant. Mais lorsqu’il pénétra à l’intérieur, c’est un froid sépulcral qui l’accueillit, comme pour lui souhaiter la bienvenue dans son futur cauchemar.
Immédiatement Louis sentit le vide tout autour de lui, vaste, étouffant. Il appela tout de même Claire et se mit à faire le tour des pièces mais les murs de la maison ne lui renvoyèrent qu’inquiétude et troublant silence. Du café avait coulé sur le sol et le tapis du salon, une feuille format A4 baignait dans le liquide sombre. Étrange.
Louis tenta bien de ne pas céder à la panique mais il sentait que quelque chose clochait.
Il repartit vers l’entrée en essayant d'être attentif, tout était là : objets, vêtements, mais Claire, elle, avait bel et bien disparue… Elle ne serait pas sortie en pantoufle et sans son imper tout de même! Surtout avec ce déluge.
- Reste rationnel, se dit-il. Elle est peut-être passée chez la voisine, la maison est à un pas. Mon portable étant complètement déchargé, elle a dû me laisser un message. Louis s’empressa de brancher son smartphone et les secondes lui parurent bien longues jusqu’à ce que la sonnerie familière lui indiquant qu’il avait deux nouveaux messages viennent le rassurer pour de bon.
- Quel imbécile je fais! Pas besoin de paniquer ainsi!
Le premier appel provenait de sa mère, Mathilde. Elle confirmait sa venue pour la fin août, comme prévu! Depuis Noël dernier, ils ne s’étaient pas revus et elle expliquait avec force superlatifs, à quel point son fils et sa belle-fille lui manquait! Toujours aussi extravagante, mais tellement attentionnée. Louis et elle étaient bien différents, mais elle avait toujours été là pour lui. Suite à sa rencontre avec Claire, sa mère avait eu du mal à encaisser le coup: son fils adoré, dans les bras d’une autre… Mais il avait suffi de quelques instants passés auprès de sa future belle-fille pour que la glace s’effrite. Claire avait su séduire et charmer cette grande dame imposante, d’un battement de cils. D’ailleurs, se disait-il bien souvent, heureusement qu’elle résidait dans le Nord, dans la proche banlieue Lilloise, sinon elles seraient vite devenues inséparables.
Le second message devait donc être celui de Claire.
- Mr Manier? C’est votre conseiller, Mr Valin. Je vous rappelle comme convenu, concernant votre plan épargne-logement. Tout est en ordre, n’hésitez pas à passer en agence, pour les dernières signatures.
Le répondeur prit le relais et enjoignit Louis à rappeler son correspondant ou à effacer les messages.
Pas trace de Claire sur cette foutue messagerie. La situation devenait quelque peu angoissante.
13 commentaires
Chris Aargann
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Isolée
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MICHEL DELARCHE
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