Fyctia
Panionos le Cnidien
Panora était là, cheveux courts, tenue d’homme, voix grave. Elle marchait la tête basse, craignant la réaction de ses parents. Elle ne tarda pas.
Klymene resta bouche bée, immobile, elle regarda fixement sa fille qu’elle avait beaucoup de mal à reconnaître hormis ses yeux émeraude. Où étaient passées ses belles boucles ? Pourquoi avait-elle osé les couper ? Elle qui était si fière de sa chevelure.
Aetes, quant à lui, recracha son vin dans sa coupe, il ne s’attendait pas à un pareil spectacle. Était-ce vraiment sa fille qui venait se sortir de la chambre ?
— Panora ? C’est bien toi ? Mais qu’est-ce qui t’est passé par la tête ?
La demoiselle, totalement imprégnée dans son rôle, le reprit d’une voix grave.
— C’est Panionos maintenant papa, il faudra t’y habituer.
— D’accord Panionos ! dit-il en articulant lentement le prénom de sa fille. Et donc, pourquoi ce changement si soudain ?
— En fait, Hippocrate…
— Reprends ta voix normale s’il te plaît Panora, j’ai l’impression d’accueillir un étranger à la maison ! dit Klymene en retrouvant ses esprits.
La demoiselle comprit la demande de sa mère et reprit sa tessiture de jeune fille.
— Donc, Hippocrate m’a encore refusé ses cours parce que je suis une fille. Je pouvais travailler et y mettre tout mon cœur, il ne m’aurait jamais accepté.
Klymene haussa un peu le ton.
— Et c’était une raison pour te transformer ainsi ? Toi qui adorais te tortiller les cheveux, tu vas le regretter, je te le dis.
— Mais maman ! J’y ai réfléchi toute la nuit, il n’y avait pas d’autres solutions. Si je veux suivre les cours d’Hippocrate, il faut que je sois un garçon.
— Mais c’est plutôt extrême comme changement, ma chérie. Tu n’as pas peur de regretter ce choix ? demande Aetes.
— Je veux prouver qu’une femme peut devenir médecin papa, s’il faut en passer par là pour y arriver, alors soit, je le fais ! Et vous m’avez promis de me soutenir.
— Nous te soutenons Panora, mais tu peux comprendre que nous soyons surpris. Je quitte la maison, j’ai une jolie petite fille, je rentre le soir pour découvrir un jeune garçon, il y a de quoi être étonné.
— Et comment veux-tu défendre les femmes en te déguisant en garçon ? Tu donnes raison à Hippocrate en agissant de la sorte ! renchérit Klymene.
— Quand j’aurais fait mes preuves, il sera obligé de reconnaître que les femmes sont aussi capables que les hommes.
Sur ces mots, elle regarda ses parents avec un air de défi. Ils comprirent rapidement que le mal était fait et qu’ils ne pourraient pas lui faire changer d’avis.
— D’accord Panionos, tourne-toi pour voir ! C’est bien ce qu’il me semblait. Apporte-moi les ciseaux, tu as raté quelques cheveux sur l’arrière, on va couper tout ça.
Panora amena les ciseaux à sa mère qui lui retira les dernières bouclettes qui ornaient sa nuque.
— Voilà, maintenant tu fais vraiment petit garçon, dit Klymene.
— Et tu as prévu d’expliquer comment à Hippocrate et aux habitants du village ton apparition soudaine sur notre île ? Je suppose que tu as préparé un plan pour ça aussi ?
La demoiselle sourit, en effet, elle avait tout prévu. Elle jouerait avec les sentiments d’Hippocrate et lui dirait que Panionos venait de Cnide.
— Pourquoi Cnide ? Et en quoi cela affecterait Hippocrate ? demanda Aetes.
— Pendant certains de ses cours, il parlait de l’école Cnidienne qui apprend également la médecine, il l’a en horreur car ils s’appesantissent sur des détails et ne se concentrent pas sur le patient dans sa globalité. Je voyais à chaque fois ses yeux se noircir dès qu’il en parlait.
— Mais donc si tu lui dis que tu viens de Cnide, il va te renier, tu ne cherches pas la facilité.
— Justement, je vais lui dire que j’ai fui mon ancienne école car j’ai entendu parler de la sienne, qu’elle s’approche beaucoup plus de ma vision de la médecine et que je vois en lui un mentor, un guide.
— Et tu crois qu’il va accepter ?
— Il ne pourra jamais refuser de voler l’étudiant de l’école rivale papa, sois-en certain !
Aetes et Klymene se regardèrent et rirent en chœur, leur fille avait vraiment pensé à tout dans les moindres détails, ils en étaient époustouflés. Ils décidèrent qu’elle pouvait garder sa voix grave à la maison également pour ne pas s’emmêler. Dorénavant, ils l’appelleraient Panionos le Cnidien.
Toute la famille alla se coucher et Panora passa sa première nuit sous les traits de son alter ego masculin. Elle décida de rester quelques jours ainsi à la maison pour s’entraîner à parler et à se comporter comme un homme.
Les journées de Panora se déroulaient de la manière suivante. Le matin elle aidait Klymene à la maison, les après-midis elle reprenait ses tablettes pour connaître ses cours sur le bout des doigts, elle les répétait à haute voix pour l’entraîner. Le soir, elle passait une à deux heures avec Aetes pour connaître les habitudes des garçons, leurs manies.
C’était le petit plaisir « honteux » d’Aetes, il avait secrètement rêvé d’avoir un garçon et il en avait enfin un sous les traits de Panionos. Bien évidemment, il aimait sa fille de tout son cœur, mais de l’imaginer en homme le gonflait d’orgueil.
Klymene, à l’opposé, voyait sa fille lui échapper peu à peu, elle avait peur qu’à force de vouloir devenir un garçon, Panora oublierait son ambition première : prouver que les femmes étaient égales aux hommes. Elle profitait de ses matinées avec sa fille pour conserver l’espoir que sa transformation ne deviendrait pas définitive.
Panora laissait Panionos s’emparer d’elle, si on ne la connaissait pas aussi bien que ses parents, la supercherie serait compliquée à découvrir.
Tous trois espéraient seulement qu’Hippocrate ne se douterait jamais de rien.
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Karen | Hugo New Romance
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Karl Toyzic (Ktoyz)
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Cirkannah
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Elo François
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