Fyctia
18. Emma (2/2).
D’un œil torve, l’autrice ne perdait pas une miette de la scène qui se déroulait. Une scène à laquelle elle ne comprenait pas grand-chose. Elle vit Emma approcher une main en direction de l’avant-bras découvert du danseur. Un contact qu’il esquiva avec habileté. Dans un rire que Joe observa sans le son, la blonde repoussa le danseur pour mieux attraper les hanches de l’homme qui se trouvait juste derrière lui. L’instant d’après, ils s’élançaient tous deux dans un échange bucco-dentaire qui devait inclure le détartrage jusqu’à la glotte.
Joe en recracha un peu de sa vodka.
Lorsque Dorian revint à leur table, Emma et son inconnu en étaient toujours au nettoyage de dents. Mais au vu de l’intensité de celui-ci, nul doute qu’ils n’allaient pas tarder à poursuivre l’examen médical plus avant.
— Elle est bizarre votre relation, hasarda Joséphine sans quitter le spectacle des yeux.
Joe réprima un sourire en enfonçant ses dents dans un quart de citron. Le moment était mal choisi pour exprimer une bonne humeur nouvelle après avoir tiré la tronche une bonne partie de la soirée.
— Elles le sont toutes, l’informa-t-il en se laissant retomber sur la banquette.
— Ah, parce qu’il y en a plusieurs ?
Le sourire s’était fait la malle en même temps que la vodka de son troisième shot. Combien existait-il d’Emma, au juste ? Combien de textos salaces ? Combien de blondes, brunes, rousses ? Finalement, c’était quoi la sexualité d’un albatros ?
— Tu devrais, peut-être… commença Gwenaël en désignant du menton une Joséphine chancelante.
— Tu l’as entendue, je ne suis pas son père.
— Ce serait mathamé… méthamé… mathémitaquement… Bref, c’est pas possible, les informa Joséphine dans un vain effort d’articulation. On a trois ans d’écart, et t'es pas un chat…
Dorian et Gwenaël échangèrent un regard avant de reporter leur attention perplexe sur elle. Quoi ? Ils ne voyaient pas le rapport avec le chat ?
— Les chats, vous savez…
Non, visiblement, ils ne savaient pas. Ils étaient bourrés ou quoi ?
— Les chats, ils s’en foutent. J’avais un chat quand j’étais gosse, ça m’a traumatisé quand il a engrossé sa mère. Genre, après, les chatons, bah leur père c’était aussi leur frère. J’me demande si la cansong… consanguinéti, ça fait pareil que nous pour les chats ? On l’saura jamais, mon père les a… couic…
D’un mouvement de main, elle passa son pouce contre son cou avant de mimer la mort avec presque autant de talent que Marion Cotillard.
— Ma mère voulait faire opérer la chatte, parce que v’là la chaudière, tout le quartier lui passait dessus. Même ses fils, c’est pour dire. Mais l’Général, lui, dépenser d’l’argent pour un chat… Piouuuuf. Il préférait foutre les petits chatons dans un sac et…
— Ok, on va y aller !
Une paume plaquée contre ses lèvres, l’autre assiégeant l’arrière de son crâne, Dorian empêchait cette bouche d’achever sa tragédie féline. Joséphine fut reconnaissante de ce bâillon, comme si elle avait conscience de ne plus rien maîtriser, y compris les mots cavalant contre sa langue.
— Je suis désolée d’avoir gâché votre soirée, lâcha-t-elle d’ailleurs lorsqu’il libéra ses lèvres.
— Vous n’avez rien gâché du tout, répondit-il en se redressant et lui tendant sa main, vous êtes…
— … parfaite, acheva Gwenaël à sa place, un coin de sourire frémissant.
— Quoi ? aboya Dorian devant cet air niais que son ami affichait sans retenue.
— Rien, ça fait juste plaisir de te voir comme ça.
Comment ça, comme ça ? Joséphine ne comprenait absolument rien à l’échange, et avait toutes les peines du monde à se concentrer sur leur conversation et sur les pas qu’elle enchaînait dans le but de s’évader de son coin.
— C’est-à-dire « comme ça » ? demandait justement Dorian.
— T’inquiète, éluda son ami avant d’agiter une main en direction de Joe. A demain, Joséphine. A demain, son petit empereur.
Un majeur s’éleva, et ce ne fut pas celui de Joséphine. Un éclat de rire fusa, et ce ne fut toujours pas Joséphine. Elle était bien trop occupée à viser la sortie dont la porte s’était démultipliée. Elles étaient trois, et Joe ne savait laquelle choisir. Sa grand-mère disait toujours « en cas de doute, toujours aller vers la gauche. ». Eliane faisait probablement référence à la politique, mais Joe décida de l’appliquer ici aussi.
— Alea jacta est ! entonna-t-elle en s’élançant vers la porte de gauche…
… et termina sa course dans le mur.
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WildFlower
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Gottesmann Pascal
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Ophélie Jaëger
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Emeline Guezel
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Marion_B
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