Fyctia
13. Inoui (1/2).
Dorian
Montparnasse. Existait-il gare plus inhospitalière que celle-ci ? Son sac en bandoulière dans le dos, ses lunettes de soleil vissées sur son nez, Dorian avalait les escalators comme s’il eut s’agit de vulgaires marche-pieds. Sur son chemin, touristes et voyageurs se déportaient spontanément sur la droite. Nul besoin d’invectiver ou de râler, telle la mer morte, la foule s’écartait sur le passage du Messie. Dorian le remarquait à peine, il avait l’habitude, toute sa vie on l’avait fui comme la peste.
TGV INOUI 8603 – à l’heure, annonçait le grand panneau qui surplombait les voies. Départ prévu à 7h35, le train n’était pas encore en gare. Il était 6h45. Dorian Jézéquel n’aimait pas être en retard. Un café noyé de flotte hors de prix, un tour au Relay pour tromper l’ennui, et bientôt il pourrait affaler son grand corps dans un des larges fauteuils de la Business Première. En espérant que Maxence ait bien pensé à lui réserver un siège isolé pour ne pas avoir à souffrir de la promiscuité d’un inconnu durant les quatre heures et des brouettes de voyage.
Dès que la voie fut affichée, ses grandes foulées l’amenèrent jusqu’à son wagon avant tout le monde. Evidemment, Maxence avait failli, et Dorian se laissa tomber dans le siège côté couloir d’un duo. Au moins était-il dans le sens de la marche. Le contraire aurait exposé son futur voisin à la compagnie de quelques sacs à vomi. Chacun sa kryptonite. Celle de Dorian était les voyages à contre-sens.
Un bras sur ses yeux, il attendait que le train se remplisse et savourait les chuchotements des uns et des autres qui laissaient entrevoir un voyage sans mauvaises surprises. À quelques secondes du départ, Dorian entrouvrit un œil qu’il vrilla sur le siège vide à ses côtés. Le conducteur annonça la fermeture des portes au même instant où le sac du danseur retombait lourdement sur la place vacante. Rasséréné, il mit en branle ses longues jambes en même temps que le quai s’éloignait derrière la vitre. Il allait pouvoir s’étendre et pourquoi pas poursuivre un peu de cette nuit qui fut trop courte, à l’image de toutes les autres avant celle-là ?
Il venait d’enfin trouver une position confortable et de clore ses paupières avec le désespoir de celui qui cherche à s’isoler, lorsqu’une voix le ramena immédiatement dans le présent. Un présent irritant. Un présent pour lequel les superlatifs lui faisaient défaut.
— Je crois que votre sac est à ma place, disait cette voix qui avait le don de lui emmêler les nerfs juste de par son existence.
Joséphine Orsini.
S’il n’ouvrait pas les yeux, alors elle n’existait pas vraiment. Elle pouvait encore être une simple création de son esprit tordu. Une élaboration cérébrale visant à le priver encore un peu plus d’un repos plus que mérité. Cette fille était comme un patronus défectueux et non sollicité, elle apparaissait partout et ne servait à rien. Au contraire, elle lui bouffait la tête et impactait les derniers neurones fonctionnels du danseur. Dorian n’avait pas besoin de ça. S’il ignorait ce dont il avait vraiment besoin, il était certain qu’il ne s’agissait pas de la PollyPocket coiffée au souffle nucléaire. Rien qu’à l’idée de retrouver ses cheveux encore partout sur ses affaires lui donnait des envies de tondeuse sans sabots. Comment faisait-elle ? Est-ce qu’elle était à ce point insupportable que même ses cheveux décidaient de faire le grand saut depuis le sommet de son crâne ? Enfin, grand saut, c’était vite dit. Encore aurait-il fallu qu’elle culmine à plus d’un mètre soixante.
— Vous n’êtes pas là, geignit-il paupières désespérément closes.
— Si vous le dites, répondit-elle en… en…
Elle faisait quoi, là, bordel ? Elle entreprenait sérieusement de l’enjamber ? Dorian rouvrit les yeux en même temps qu’il bondissait et s’enfonçait désespérément dans la profondeur de son siège. Droit comme un i, il la découvrit, incrédule, une jambe de part et d’autre des siennes. À un centimètre près, elle s’installait tranquillement sur ses genoux. Et un centimètre, c’est vraiment peu. Surtout lorsqu’on s’appelle Dorian Jézéquel et que la promiscuité est un vrai problème en soi.
—Vous faites quoi, là ? paniqua-t-il juste assez pour y abandonner quelques graves de son timbre.
— Chut, je ne suis pas là, lui rappela Joséphine en collant son index contre les lèvres du danseur.
Les doigts enfoncés dans le similicuir de mauvaise qualité de la SNCF, Dorian n’était plus que muscles et nerfs tendus sous un épiderme surchauffé. Il se visualisa l’attrapant par la taille pour l’envoyer valdinguer plus loin. Par expérience, il savait pouvoir la lancer à plus de deux mètres, ce qui devenait problématique dans l’espace restreint d’une rame. Et ses insupportables ondulations qui s’en venaient lui chatouiller le nez à mesure qu’elle progressait dans son escalade de sa personne. Quel était ce shampooing qu’elle utilisait et qui laissait un parfum tenace dans son sillage ? Dorian en avait plein les narines. Cela saturait ses poumons et venait cogner contre son crâne.
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Mikazolinar
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Il y a un an
Ophélie Jaëger
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Marion_B
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Gottesmann Pascal
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