Ophélie Jaëger L'albatros 4. Minotaure.

4. Minotaure.

Dorian Jézéquel la contemplait, et parce que ce regard-là était sur elle, tous les autres suivirent. Le chef de meute venait de désigner une cible. Joséphine était cette foutue cible. Dans une déglutition qu’elle aurait souhaitée plus subtile, elle chercha à s’échapper de cette statue de sel en laquelle il l’avait transformée, et chassa de sa périphérie tous ces yeux inquisiteurs pour ne se focaliser que sur l’unique paire qui lui faisait face.


Il l’avait défiée de parvenir à entrer dans ce saint des saints et elle avait remporté cette première bataille avec brio. Il était hors de question qu’il lui vole sa victoire. Aussi se redressa-t-elle, réalisant alors qu’elle s’était ratatinée. Elle roula des épaules, fit craquer son cou et avança d’un pas. Le deuxième fut instantanément interrompu par un index qu’on élevait. Il comptait l’immobiliser en levant le doigt, là ? Dans un haussement d’épaules, elle avança encore. Une pause. Un sourire en coin. Et un troisième pas. Il la fusillait du regard et un frisson parcourut l’échine de Joséphine. Mais face au peloton d’exécution, elle n’allait pas demeurer sans riposter.

Dans un silence angoissant, l’intégralité de la salle de répétition semblait retenir sa respiration. Elle sentait les regards s’enfoncer dans sa chair, eux aussi dans l’expectative du pas suivant. Du pas de trop.


— Vous semblez égarée. Vous avez été séparée de votre groupe ?


Cette voix réfrigérante qu’elle avait déjà entendue au téléphone venait de tomber comme un couperet sur sa provocation pédestre. Pas vraiment décidée à se laisser impressionner, elle reprit ce quatrième pas qu’elle avait amorcé.


— Je cherche la tour Eiffel, dit-elle de sa voix la plus plaintive. Ou non, la pyramide du Louvre, paraît que c’est charmant en cette saison.


Était-ce un éclat d’amusement qu’elle vit traverser les iris azurs du danseur ? Elle n’en était pas certaine, le fugace phénomène s’étiola pour ne plus laisser place qu’au givre dont il semblait coutumier.


— Je ne saurais trop vous conseiller Montmartre, répondit-il tandis qu’elle approchait encore d’un pas, réduisant l’espace de sécurité entre eux à peau de chagrin. C’est haut, et surtout c’est loin.

— J’aime autant rester ici encore un peu, il semble y avoir tant à découvrir.


Sous les regards curieux, elle ne faisait aucun effort pour altérer le volume sonore de sa voix. Toutes les têtes qui ne perdaient pas une miette de l’échange, se tournèrent vers Dorian dans l’attente de sa réponse.


— Dois-je appeler la sécurité ? se contenta-t-il de la menacer de sa voix basse et grave où l’impatience s’exfiltrait.

— Chiche ?


Elle venait de remporter cette manche.


Sans un mot de plus, il rompit le contact visuel et se baissa pour ramasser ses affaires. Une gourde dans une main, un sac en toile dans l’autre, et une serviette éponge sur l’épaule, il contourna ostensiblement Joséphine et prit la direction de la sortie. S’il espérait la laisser en plan au milieu de tous ces regards hébétés, il se fourrait le doigt dans l’œil. A larges enjambées, Joséphine le talonna, s’accrochant à son ombre pour ne surtout pas se laisser distancer.


Il marchait si vite, que Joe eut à peine le temps d’esquisser un sourire contrit en direction de Pénélope, avant de se mettre à trottiner derrière lui. Et le dédale de couloirs reprit. Des escaliers grinçants qu’on monte pour en descendre un autre un peu plus loin. Joe avait bien tenté de mémoriser les virages et les étages, mais avait fini par baisser les bras et se contentait de poursuivre le Minotaure.


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29 commentaires

WildFlower

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Il y a un an

J'adore la métaphore filée que tu as mise en place au passage, ça lui va bien le Minotaure à ce que je vois ^^

L'émotive

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Il y a un an

Bravo pour l'atmosphère que tu mets en place entre tes 2 protagonistes : entre froideur, provocation et tension. Tes descriptions sont justes, élaborées sans être trop lourdes tant dis que les discours sont subtiles. Et l'effet de répétition avec le "chiche" : j'adore !!! Je sens que c'est quelque chose qu'on va retrouver régulièrement tout au long de ton récit, comme un jeu, une invitation à franchir les limites de l'autre.

Ophélie Jaëger

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Il y a un an

Merci, ça me touche beaucoup. D'autant que c'est un vrai premier jet cette fois, donc j'arrive en touriste avec une appréhension au level max !

Mllecycy

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Il y a un an

Et bah, il a l'air... charmant xD Cela ne va pas être simple d'écrire un livre sur lui !

Ophélie Jaëger

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Il y a un an

Je ne peux que confirmer ce dernier point xD

Gottesmann Pascal

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Il y a un an

Et bien, pas sympathique le Dorian. À croire qu'on le force un peu à faire ce livre pour la promo mais qu'il en a aucune envie. Par contre Joséphine ne se laisse clairement pas impressionner et le suit de partout.

Ophélie Jaëger

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Il y a un an

Il est tombé sur plus buté que lui

Eleanor Peterson

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Il y a un an

Un peu dur lui 😏

Ophélie Jaëger

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Il y a un an

Si peu hahaha

clecle

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Il y a un an

Ce dialogue annonce des sacrés échanges entre ces deux-là, c'est savoureux et ça marche nickel (enfin surtout lui, il marche vite visiblement 😂)
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