Alec Krynn La Vertu du Péché Succession

Succession

Leonhart soupira d’aise en constatant que la mort de Pasquino sonnait le glas des combats. Privés de la pernicieuse influence du Commandant, les gardes jetèrent leurs armes et se mirent à genoux, tête basse. Athlin observa la bataille et avisa les morts et les blessés des deux camps. Certains paraissaient franchement mal en point et il décida de leur venir en aide, ne faisant aucune distinction sur leur rôle durant le combat.

Cortez se précipita sur l’estrade et saisit Delilah par les bras. Il lui enlevât son bâillon et défit ses liens avec précaution avant de l’étreindre. La mercenaire pleurait, les larmes ruisselaient sur ses joues rouges. Pourquoi devait-elle donc voir la fin des Morozini ? Son mari, puis son beau-frère, était-elle la malédiction de cette famille ? Elle laissa libre cours à sa tristesse et plongea son visage dans le cou de son ami afin d’étancher sa douleur

Rael déposa le corps de Pasquino sur le sol. Il avait fait le bon choix, il le savait. Pour autant il était un traître, il avait tué son supérieur sans hésitation. Il s’approcha de Delilah et de l’homme étrange sur lequel elle soulageait sa peine. Il dû sentir sa présence car il tourna son visage sur lui pour le gratifier d’un signe de tête appréciateur. Sa vieille amie se tourna à son tour dans sa direction et il vit la détresse dans ses yeux larmoyants et gonflés, le désespoir dans le vide béant de ses iris. Alors que la température était des plus douce, sa peau était hérissée et elle avait l’air en proie à un froid glacial. Elle se précipita sur lui et il l’étreignit comme une sœur. Ils partagèrent sa douleur durant de longues minutes, Rael faisant de son mieux pour apaiser les tremblements de son corps.

*

Athlin aidait à transporter les dernières dépouilles. Il avait passé de nombreuses heures à prodiguer ses soins et à exercer son art afin de résorber les plaies, de remettre une épaule en place, et, en deux occasions, de mettre fin aux souffrances de malchanceux. La place était à présent libérée des cris et des pleurs, les badauds s’étaient dispersés et ne restaient plus que les compagnons, ainsi que le vieux Mack, Rael, et une dizaine de gardes triés sur le volet. Trois d’entre eux s’échinaient à verser des sceaux d’eau sur la place et à frotter avec frénésie dans l’espoir d’éliminer le sang maculant les pavés.

Envie observait les efforts des humains pour effacer toutes traces de l’escarmouche aussi brève que sanglante. Le carnage lui avait plut et elle s’était délectée du chaos aussi bref que soudain. Elle avait pu jouer de ses pouvoirs et s’était régalée en constatant à quel point elle était puissante. L’envie revêtait de nombreuses formes et les humains y étaient tous sensibles à leur façon. Elle vit les gardes et ressentit le trouble qui les tenaillait. Il lui suffirait d’étendre un mince tentacule de son aura afin de provoquer un second drame. Elle étendit sa volonté sur les soldats et les observa avec attention. Ils feraient selon son bon vouloir.

— Tu es la légataire légitime du poste Delilah, argua Rael avec déférence. Tu es une Morozini, la dernière pour le moment, la seule apte à assurer la fonction. Le fort te revient de droit, et un jour tes enfants folâtrerons entre ses murs sous ta surveillance jusqu’au moment où l’un d’eux reprendra ton flambeau.

Delilah ressentit une vive douleur à cette pensée. Elle toucha son ventre et les souvenirs de ses longues soirées d’hivers avec son mari lui revinrent en mémoire. Ils avaient essayé tant et si fort d’avoir un enfant, d’éprouver le bonheur de devenir parents. Hélas, voilà là une magie qu’ils ne surent accomplir, malgré tout l’amour qu’ils y mirent. Son époux lui avait assuré que cela ne changeait rien à ses sentiments, mais la jeune femme avait bien vu que cette absence, cette paternité qui se refusait à lui, le minait plus qu’il ne l’admettait. Elle était sans doute inféconde, plus stérile que les terres arides bordant les profondes gorges d’Arission situées loin à l’est. Elle avait fait de son mieux pour le combler et il en fit de même. Ils essayèrent tout de même de perpétuer leur lignée mais le destin s’acharna et jamais elle ne mit au monde l’enfant de leur adoration mutuelle.

Son époux finit par contracter le Poumon d’Hivers, une maladie mortelle qui emplissait lentement ses poumons de cristaux semblables à des éclats glacés. Son destin fut scellé en six mois à peine. Tout d’abord, il remarqua que son souffle devenait de plus en plus court, puis bien trop vite vint l’horrible toux maculée de sang. Il n’existait pas le moindre remède et il succomba après une lente agonie, les terribles silices perçant ses poumons. Il périt dans une mare de sa propre hémoglobine, sa main crispée dans celle de Delilah.

— Non Rael, je n’en suis pas digne, je ne suis pas à la mesure des Morozini, affirma-t-elle avec douleur. Je suis incomplète, incapable d’enfanter. Jamais ma progéniture ne verra le jour et ce Fort n’a nul besoin de subir un autre drame au moment de ma mort. Je ne vois qu’une seule personne à même de rendre à ce lieux sa gloire d’antan, d’en refaire le bastion de justice que tous connaissent.

Delilah s’éclaircit la voix et s’adressa aux gardes ainsi qu’aux rares passant présents à ce moment-là.

— Moi, Delilah Morozini, dernière représentante des gardiens de Fort Corbeau, abdique en faveur de Rael et fait de lui et de ses descendants les régents éternels de ces terres.

Les gardes échangèrent des regards perplexes et une certaine tension apparut. Un sentiment d’apaisement s’empara d’eux et un profond désir de paix et d’acceptation des choses les enveloppèrent. Ils scandèrent le nom de Rael et le jeune homme sentit les larmes venir.

— Longue vie à Rael, Seigneur du Fort Corbeau ! hurla la foule qui gagnait en importance à mesure du bruit provoqué par les acclamations.

Située un peu à l’écart de la liesse, Envie observait la scène avec une moue pensive. Jamais les gardes n’auraient accepté si elle n’avait pas usé de ses pouvoirs. La Déesse ressentie une certaine fierté. Œuvrer pour le bien commun pouvait se montrer tout aussi plaisant qu’élaborer de sombres desseins. Le choix de l’humaine était judicieux, l’âme de Rael exsudait la noblesse et son sens du devoir ainsi que de la justice était exacerbé par la disparition de son Dieu. Qu’il était étrange de constater que chaque personne réagissait à sa manière au vide provoqué par la disparition. Certain le comblait à leur manière tandis que d’autre s’y enfonçait pour ne jamais plus retrouver la lumière, à l’instar de Pasquino.

— Seigneur Rael, de nombreux malheureux périssent dans les geôles injustement. Je vous enjoins de les libérer, caqueta Mack en s’inclinant bien bas. Sans ces hommes, j’y pourrirais encore.

— Qu’on libère les prisonniers sur le champ ! Et par pitié, que l’on descende ces corps de l’arbre pour les enterrer avec dignité, déclara-t-il avec fermeté. Une fois cela fait, nous le brûlerons.

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26 commentaires

Véronique Rivat

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Il y a 5 ans

L'amour est omniprésent au fil des chapitres... Je me demande ou tout ça va nous mener...

Véronique Rivat

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Il y a 5 ans

Comme je remarque que tu reprends ta lecture, je reprends la mienne dès que le film est fini 😊

Alec Krynn

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Il y a 5 ans

Oui, je me suis laissé déborder par toutes mes lectures 😔 Mais je ne t'oublie pas !

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

Bonjour à vous deux ! Je viens de lire les premiers chapitres de votre histoire et vous faire un retour sur ces derniers. ☺

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

# Votre histoire entre très bien dans le thème de ce concours. Votre monde est complexe. On sent qu’il a été travaillé et qu’il y a encore beaucoup à découvrir sur cet univers. Les personnages de l’équipe sont attachants et vous parvenez à laisser constamment le lecteur en attente de la suite de leurs aventures.

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

# Dès les premiers chapitres, vous emportez le lecteur à travers de belles descriptions et une multitude de personnages à la personnalité unique. Comme le demandent de nombreux univers de fantasy, il y a beaucoup d’informations à présenter dès les premières lignes, surtout dans un monde où la mythologie est au centre de l’intrigue et doit être introduite très rapidement. On sent que vous cherchez à mettre en place les bases, le lecteur doit se familiariser avec le fonctionnement de l’univers. C’est pourquoi le grand nombre de personnages introduits peut surcharger la lecture. Tous les personnages des premiers chapitres sont-ils pertinents ? Leur description approfondie l’est-elle également ? Le lecteur peut avoir plus de difficultés à les identifier. D’ailleurs, par la suite, le groupe se restreint et une part d’entre eux semble laisser de côté. S’il est surchargé d’informations, le lecteur ne pourra pas retenir les plus importantes. N’hésitez pas à faire le tri dans ce que vous voulez dévoiler au début. Votre lecteur a d’abord besoin de découvrir votre monde et de comprendre le rôle de vos personnages dans l’intrigue. Les informations sur leur passé ou leur personnalité, bien que nécessaires, peuvent apparaître dans un second temps.

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

# Le travail sur les personnages est évident et attise la curiosité. Leur passé, leurs émotions et leur personnalité ont visiblement été soigneusement nourris. Le fait que ce travail s’applique autant aux humains qu’aux dieux rend l’intrigue d’autant plus profonde. Pour leur accorder à tous la place qui leur revient, n’hésitez pas à les introduire dans des scènes différentes. Le prologue qui présente Envie et Orgueil laisse le temps au lecteur de découvrir les différents aspects de ces deux personnages. Également, n’hésitez pas à mettre en exergue une action, une émotion ou un lien qui les définit plutôt que d’utiliser simplement la narration. Par exemple, l’amitié entre Delilah et Cortez permet de s’attacher à eux. Vous nous expliquez en amont que Cortez est un séducteur. Ce trait de caractère a cependant un impact plus fort durant sa discussion avec Delilah sur ses enfants. Cette information est non seulement rapportée par Cortez lui-même et non le narrateur, mais en plus la réaction de Delilah marque le lecteur. J’ajoute que vous décrivez particulièrement bien les scènes qui mettent en avant les interactions entre vos personnages. Le lecteur peut voir le potentiel de ce groupe. N’hésitez pas à les mettre en avant.

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

# Vous offrez de très belles descriptions. Les scènes de combat sont particulièrement bien réussies et visuelles. N’hésitez pas à équilibrer le temps que vous accordez à chaque action en fonction de leur importance. Par exemple, un évènement comme l‘emprisonnement de Delilah ou son exécution pourrait prendre davantage d’ampleur dans l’intrigue. Vous pouvez ainsi laisser plus de place aux émotions lors des scènes fortes.

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

# Concernant votre style, il est plaisant à lire. Vous pouvez vous permettre d’aérer davantage votre texte. La complexité et la beauté de votre univers se ressentent non seulement par les nombreux éléments que vous avez créés, mais également par la richesse de votre vocabulaire. Néanmoins, pour ne pas surcharger la lecture, je vous recommande de simplifier certaines de vos phrases. Vous pouvez aussi varier leur longueur et leur complexité pour donner du rythme au récit. N’hésitez pas à laisser également la place à l’imaginaire du lecteur, certains détails ne sont pas impératifs et peuvent alourdir la narration. Enfin, j’ai parfois remarqué que vous annonciez ou répétiez en narration ce qui est dit en dialogue. Une relecture vous permettra de repérer ces quelques lourdeurs.

Karen | Hugo New Romance

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Il y a 5 ans

J’espère que ces quelques conseils pourront vous aider pour la suite de l’écriture. Je vous souhaite une bonne fin de concours. Karen, équipe Fyctia.
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