Fyctia
Mise en scène
Delilah leur narra sans entrer dans les détails son entrevue avec le seigneur des lieux. Athlin n’y prêta pas attention et Cortez se contenta d’écouter avec une exquise politesse, son esprit bien loin du compte rendu de son amie.
— Nous ne sommes pas plus avancé qu’à notre arrivé en ces lieux, se plaignit Envie en étirant sa colonne vertébrale. Nous ne savons toujours pas où trouver le vieil homme dont Courage parlait.
Leonhart observa les alentours d’un air songeur. Rechercher un individu spécifique dans cette foule se révélerait être une tâche impossible. Ils ne pouvaient pas escompter tomber sur la bonne personne au hasard, quand bien même ils se sépareraient pour couvrir plus de terrain.
— Il doit bien y avoir une auberge ou une taverne non ? Nous devrions poser des questions là-bas, proposa Athlin.
Delilah sembla considérer la proposition quelques instants tandis qu’Envie tapait dans ses mains avec entrain, ayant d’ores et déjà adopté la recommandation.
L’affaire fut finalement entendue et la troupe se dirigea vers une petite taverne dont la porte d’entrée mal agencée protesta lorsque la Déesse joua de l’épaule pour permettre le passage. L’intérieur était baigné par la pénombre et les regards se tournèrent vers eux avec une certaine suspicion. Les commérages cessèrent dans l’instant et ils s’assirent dans un silence malaisant. Cortez comprit tout de suite qu’ils auraient des problèmes s’il ne réagissait pas avec promptitude.
Il se dirigea vers le comptoir et demanda au tenancier, un homme grand et élancé, qui s’échinait à passer un chiffon crasseux dans un broc de bois qu’il n’aurait pas offert à un chien. De sa voix la plus théâtrale, il annonça vouloir offrir une tournée générale de bière tout en posant cinq pièces d’argents – une somme royale équivalent à plusieurs fois la valeur réelle du service demandé – sur le bois griffé. L’homme s’en saisit avec avidité et quelques grognements approbateurs accueillirent l’initiative du charismatique flamboyant. À partir de ce moment, le climat du lieu se fit plus accueillant et Delilah félicita son compère de son action ingénieuse.
— En tant qu’inestimable camarade de cette glorieuse assemblée, je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas poser vos lèvres sur tout ce que ce gentilhomme apportera à notre table mes amis, murmura Cortez avec un sourire.
— Comment précédons-nous ? s’enquit Leonhart tandis que ses sourcils se dressaient sur son crâne au moment où un gobelet de bois, d’aspect fort abîmé, était disposé avec négligence devant lui, une partie de son contenu tressautant pour finir sa course sur la table miteuse. Devons-nous interroger chaque personne ?
Athlin soupira à cette pensée. L’idée même de devoir se partager les tristes sires de ce lieu sordide pour leur tirer les vers du nez lui était insupportable. Delilah secoua la tête et repoussa son verre en se rappelant la recommandation de Cortez.
— Ce serait le meilleur moyen de nous attirer les foudres des clients si nous nous mettons à poser des questions à tort et à travers. Il nous faut faire preuve de subtilité si …
La mercenaire ne termina pas sa phrase en voyant un individu de haute taille pénétrer dans la salle. Il portait une armure étincelante et ses cheveux d’un noir de jais culminaient à près de deux pieds et demi du sol. Elle reconnu immédiatement le garde personnel de Pasquino et ne fut pas surprise lorsqu’il traversa la salle d’un pas décidé pour se figer devant elle, aussi raide qu’un piquet de clôture. Envie lui lança un regard outré tandis qu’Athlin et Leonhart ne savaient quelle attitude adopter face au nouvel arrivant. Sous la table, Cortez posa la main sur le manche de son coutelas, prêt à agir à la moindre menace.
— Il y a bien longtemps que nous ne nous étions vus Rael, salua Delilah avec chaleur. Ta mère se porte-t-elle bien ?
— On ne peut mieux, répondit l’homme de sa voix claire dans laquelle perçait un soupçon de bienveillance. J’ose espérer que tu ne souhaitais pas nous fausser compagnie sans venir la saluer. Ce n’est pas pour cela que je suis ici cependant.
— Il t’envoie me quérir comme il l’a toujours fait n’est-ce pas ?
Rael lui adressa un sourire en guise d’excuse et garda le silence.
— Je vous rejoindrais plus tard, annonça-t-elle à ses acolytes en lançant un regard éloquent à Cortez qui se détendit. Allons-y Rael, j’espère que tu as des choses à me dire.
— Bien plus que tu ne le crois ! se hâta-t-il de répondre en lui emboîtant le pas.
Delilah avait un curieux pressentiment en quittant les lieux. Elle s’assura de la présence de son espadon sanglé dans son dos et suivit son vieil ami sur le chemin menant à la demeure de Pasquino. Pourquoi donc la convoquait-il si peu de temps après leur entrevue ?
*
Conformément au plan qu’ils avaient ourdi ensemble, Envie se plaignit avec maints soupires désespérés de ne pas retrouver son vieil oncle qu’elle n’avait revu depuis longtemps. Elle geignit tant et si bien en feignant de se remémorer les histoires sur les Dieux qu’il lui contait, qu’un homme visiblement agacé par ses jérémiades la héla depuis sa place.
— T’es d’la famille au vieux Mack ? caqueta-t-il en dévoilant ses quenottes pourries plantées de guingois dans ses gencives vérolées. Tu ne risques pas d’tomber sur lui en ce moment, il pourrit dans une geôle pour avoir déplu au Commandant.
Très impliquée dans son personnage, Envie fondit en larmes et se jeta à genoux en maudissant le mauvais sort.
— Il n’y a donc plus aucun espoir pour moi de lui rapporter les dernières paroles de mon père, lâcha-t-elle entre deux sanglots criants de vérité.
Cortez se jeta sur elle et l’entoura de ses bras afin de la consoler.
— Tout va bien ma mie, nous trouverons bien un moyen de lui parler, s’égosilla le fripon afin de parfaire l’illusion.
C’est bras dessus, bras dessous qu’ils quittèrent la taverne, bientôt rejoins par Athlin et Leonhart.
— Bien joué, reconnu le magicien avec malice. Une interprétation des plus intéressantes si l’on peut dire.
Cortez fit une profonde révérence devant son interlocuteur comme s’il saluait son public, allant jusqu’à retirer son tricorne pour l’agiter avec élégance.
— Au moins nous savons où chercher à présent, remarqua Athlin. Plus qu’à trouver cette fameuse prison.
Deux gardes s’avancèrent vers le groupe, un petit homme rouge de colère sautillant littéralement en les accompagnants.
— Ce sont eux ! s’époumona-t-il d’une voix suraiguë. Ces deux escrocs ont arnaqué d’honnêtes marchands avec leurs boniments !
Cortez écarta les bras d’un air innocent, un sourire aux lèvres. Il accueillait avec dérision l’assertion du petit camelot qu’il reconnu au premier coup d’œil.
— C’est la prison qui vous attend, mécréants ! cracha l’un d’eux avec hargne tandis que les deux hommes étaient emmenés sans plus de détails.
Envie les observa s’éloigner et secoua la tête en riant.
— Cortez est plein de ressources, il a déjà trouvé un moyen de s’infiltrer dans les geôles.
27 commentaires
Phaenna SH.
-
Il y a 5 ans
Alec Krynn
-
Il y a 5 ans
Phaenna SH.
-
Il y a 5 ans
Herrade_Riard
-
Il y a 5 ans
Véronique Rivat
-
Il y a 5 ans
Sand Canavaggia
-
Il y a 5 ans
Claire Guilvaillant
-
Il y a 5 ans
Alec Krynn
-
Il y a 5 ans
Claire Guilvaillant
-
Il y a 5 ans
Alec Krynn
-
Il y a 5 ans