Sdech Chas La Reine Céruléenne Chapitre 2

Chapitre 2

Une fois arrivés à bon port, on les conduit dans une antichambre au plafond sculpté sans fin. Ils étaient des centaines et un bruit de fond effroyable incommodait. Fémia saluait les rares familles qu’elle connaissait, de même que Veper. Une chose était sûre, il y avait plus d’habitant ici qu’à Mousse-Grise et aux alentours.


Un crieur habillé de soie et coiffé d’une toque ordonna le silence. Jorentine ne sut si c’était l’homme ou la présence des soldats qui dégonfla la cacophonie.


Le silence fut instantané comme si le vent avait chassé le son de la pièce. Jorentine n’avait pas vu les estrades – plus exactement des balcons – au-dessus de leurs têtes.


Six exactement.


Trois de chaque côté de la pièce.


Sur le côté droit, au balcon du milieu, apparut une femme dans une robe blanche intimidante. La couleur était si vive que l’on aurait cru la manifestation d’un Astre.


Des longs cheveux d’un turquoise hypnotisant avait été noué en une coiffure complexe mais soignée. Un collier ostentatoire pendait à son cou. En voyant les boucles d’oreilles, la salle aphone retint son souffle.


Les boucles d’oreille à la place de descendre vers les épaules remontaient telles des antennes.


Le signe de la royauté.


- Myrmaria Ixo Antarès, parèdre de la famille Scorpii, présenta le crieur avec une voix ferme mais agréable. Courbez-vous.


L’assemblée, comme un seul homme, fit la révérence.


Une Origine ? A Porte-Médiane ? Pour la rentrée d’une ville insignifiante ?


A peine l’assistance eut-elle le temps de se relever que le crieur ajouta :


- Phroy Ixo Regulus, parèdre de la famille Leonis. Courbez-vous.


En effet, de l’autre côté de la pièce, sur le troisième balcon était apparu un homme au crin roux si fourni qu’on n’en voyait la fin. Si les boucles d’oreille de la précédente représentaient trois lignes, celles-ci représentaient des flammes.


Son costume criard mêlait le rouge et le capucin dans une élégance que l’on n’aurait cru possible.


Deux des plus anciennes familles Origines leur faisait face. Aucun de ceux présents n’en avait jamais aperçu, pas même leur ombre.


Et là, ils se tenaient près d’eux.


A quelques mètres.


Coupant le souffle de l’auditoire.


La peur des premiers instants vola en éclat. Les convives souriaient comme s’ils avaient déterré un trésor. Les maris enlaçaient leurs femmes, les frères et sœurs se donnaient l’accolade. Les voisins se congratulaient.


- Horane Ixo Zuben Elgenubi, parèdre de la famille Librae. Courbez-vous.


Une autre parèdre …!


L’attroupement tétanisé n’en croyait leurs yeux.


A gauche de Phroy était apparue une femme chétive, une tiare sur la tête. Ses boucles d’oreilles représentant une feuille d’un côté et une pierre de l’autre.


D’une beauté insolente, sa vue fut accueillie par une clameur générale dérogeant à ce qui avait été le cas jusqu’ici.


Tous connaissaient la famille Librae et plus encore Horane. Défenseure du peuple et grande juge du Tribunal des Astres. De mémoire de tous, seule Ashla avait généré une plus grande ferveur. Nombreux manquaient de s’évanouir, les émotions devenant incontrôlables.


La révérence perdura des longues minutes. Le crieur dut toussoter pour que l’assemblée se relève.


La mère de Jorentine lui avait donné un léger coup de coude. Sa fille étant du même signe astrologique que cette bienfaitrice.


Un léger bruit de fond s’élevait de la pièce. Chacun relatant ce qu’il avait entendu de Horane voire l’interaction qu’ils avaient eue avec elle.


Certains contaient la justice qu’elle leur avait rendu, et d’autres à des connaissances.


Tout un chacun connaissait les mythes et légendes des Origines. Chacun représentait un signe astrologique ainsi que l’autorité de celui-ci. Les Origines, personnifications des Constellations étaient connus, vénérés bien qu’inatteignables, bien qu’hors de portée. Les plus chanceux connaissait une ou deux personnes pérorant en avoir déjà entraperçu un lors d’une cérémonie officielle.

Pouvoir porter les yeux sur trois ? Nul ne les croirait.


Et pourtant le crieur s’égosilla une nouvelle fois :


- Nedjarn Ixo Ras Alhague, parèdre de la famille Ophiuchi. Courbez-vous.


Autant Horane avait suscité la gaité, Nedjarn suscita la peur. Voire la Terreur. Le signe du Serpent n’était pas que craint, mais honnis. Certains préféraient déclencher les accouchements – ce qui était un péché passible de mort –, dissimuler les contractions ou encore mentir sur la date de fécondation pour ne pas que leur enfants naissent sous cette constellation.


Treizième signe, elle se trouvait en plein milieu du signe du Sagittaire.


Nedjarn portait une longue toge noir. Ses boucles d’oreilles représentaient un « U » barré d’un trait.


La révérence fut courte.


- Vous devez vous demander pourquoi nous sommes ici, lança Myrmaria d’une voix moins féminine qu’on l’aurait cru. (Elle salua de la tête les autres parèdres.) Il y a vingt ans, treize filles et dix-sept garçons sont nés. L’information nous est parvenue le jour même, loués soit les Veillantes. (L’assemblée répéta en cœur « Loués soit les Veillantes. ») Parmi ces treize filles l’une est née au Téleia Stigmi, l’instant, le moment parfait lorsque les douze… les treize Astres entrent en résonance. (Nedjarn salua cette rectification d’un signe de la tête que Myrmaria feint de ne pas avoir vu.) Il y a donc une Sainte parmi nous au sein de cet auditoire. (Il eut des haut-le-cœur. Des parents concernés se tournant vers leur fille.) Nous sommes non seulement venus pour la Célébration, la rentrée des garçons nés ce jour-là, mais aussi pour introniser la Sainte. Tous les parèdres ne pouvant nous rejoindre ici, dans votre magnifique ville, nous prendrons les treize filles pour les mener à Téthrion, la capitale. Là-bas, douze d’entre elle feront leur Célébration et notre Sainte sera révélée. Pour la sécurité de celle-ci, malgré son anonymat actuel, toutes les filles viendront avec nous, dès aujourd’hui. Pour l’instant célébrons les garçons et bientôt toute la nation célèbrera le retour de la Sainte.


Il se passa des longues secondes après l’annonce de Myrmaria avant que la masse ne réagisse. Abasourdi par ce qu’ils venaient d’entendre chacun se dévisageant comme si le visage de son prochain était un papyrus ancien.


Jorentine se sentit soudainement tomber, seule au monde, désabusée. Sa mère s’extasiait et osa même toucher l’avant-bras d’un Veper sautillant. Sa sœur lui déblatérait des choses mais elle ne l’entendait.


Partir. A Téthrion. Dès aujourd’hui ?


Partir. En ville. Dès aujourd’hui ?


Partir. Capitale. Dès AUJOURD’HUI ?


Les larmes lui montrèrent aux yeux.


- Tu pleures ma fille ? déclara Fémia en la prenant dans ses bras. Moi aussi je suis si émue. Tu te rends compte, tu es peut-être la Sainte !


Oh oui je m’en rends compte. Et je prie les Astres pour qu’elle m’en préserve.




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18

18 commentaires

Valencia Herry

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Il y a 5 mois

J'aime bien cette histoire ! J'aime beaucoup l'astrologie et j'avais écrit une histoire sur le thème du treizième signe il y a quelques années. Bon courage pour la suite du concours !

Urban Claire

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Il y a 5 mois

En lisant cette histoire, j'ai été submergé par un mélange de fascination et d'effroi. L'atmosphère lourde et solennelle, avec la présence imposante des Origines, m'a donné l'impression d'assister à un événement d'une importance capitale, presque surnaturelle. Le contraste entre l'émerveillement des convives et la terreur ressentie par Jorentine face à cette révélation m'a particulièrement marqué. L'idée qu'une Sainte pourrait être parmi eux, sans que l'on sache vraiment qui, a instillé une sensation d'inquiétante attente. J'ai ressenti une sorte de malaise grandissant, comme si chaque parole prononcée changeait irréversiblement le destin de ces personnages. N'héistes pas à aller faire un tour sur mon histoire et à liker si tu souhaites d'autres likes :)

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

Salut ! Très sympa ce début de roman. Tu poses un univers original et immersif. L’atmosphère de Porte-Médiane et les attentes de Jorentine sont bien décrites. Ton histoire donne envie de lire plus loin pour comprendre l’importance des personnages et des mystères autour d’eux. Même si malheureusement, soyons honnête, le temps restant dans le concours sera trop juste. Maintenant, pour renforcer certains aspects, il y a quelques points que tu peux retravailler. D’abord, tu détailles beaucoup dès le début.

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

Je trouve que ça ralentit l’entrée dans l’histoire. Les descriptions de la campagne, des chevaux ailés et de la ville sont bien faites, mais selon moi un peu longues. Par exemple, la partie où tu décris les champs et les cultures pourrait être réduite : une mention du maïs rouge rare ou des carottes et aubergines suffirait. Ça donnerait une idée de l’endroit sans trop s’y attarder. Je pense, je me trompe peut-être, qu’il vaut mieux décrire que les détails qui seront importants dans l’intrigue. Les dialogues

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

parfois sont un peu formels et parfois trop explicatifs. Par exemple, quand Mebra dit "Tu répares bien la clôture à la ferme", ça peut sonner forcé. Elle pourrait juste dire "Mais tu t'en sors bien pour bricoler, non ?" Ce ton plus direct donne du naturel aux échanges (tout en gardant le même niveau de ton). Diversifier un peu les dialogues les rendrait aussi plus fluides et plus vivants. Pour les émotions de Jorentine, tu as tendance à répéter qu’elle se sent partagée entre son rêve de rester dans sa

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

campagne et la peur de partir. Pour donner plus d’impact, tu pourrais alléger ces pensées. Par exemple, au lieu de répéter ses doutes, fais-la contenir une larme lorsqu’elle observe les champs et le verger. Ça donne au lecteur un aperçu de ce qu’elle ressent sans tout expliquer en détail. Les réactions des personnages sont parfois trop intenses ou peut-être même un peu clichées, surtout lors de la cérémonie avec les parèdres. Des expressions comme "les maris enlaçaient leurs femmes, les frères et

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

sœurs se donnaient l’accolade" paraissent un peu exagérées, surtout dans ce contexte solennel. Peut-être est-ce voulu et est un moment important. Dans ces cas là, ne tiens pas en compte ma remarque. Ensuite, certains mots spécifiques à l’univers, comme "Main", "Tête" ou "Origines", apparaissent sans explication. Je trouve ça vraiment bien, car cela montre clairement que tu as cherché à étoffer ton univers. Ce type de spécificité est toujours une bonne chose. Cependant, je pense que dans les chapitres

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

suivant il serait judicieux de montrer (pas expliquer) un peu plus en détail ce que sont ces fonctions. J’ai presque regretté de ne pas avoir vu plus de détails sur cela dans le chapitre 2 (j’exagère, mais je suis curieux XD). Par contre, les personnages secondaires manquent parfois un peu de relief, comme Fémia ou Veper. Tu pourrais enrichir leur personnalité avec des détails simples. Par exemple, Fémia pourrait avoir un tic ou un geste récurrent, comme se caresser le collier quand elle est nerveuse,

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

ou Veper pourrait être plus expressif par son regard. Ces petites touches les rendent plus mémorables. (Surtout au début du roman). Je me doute que tu les développeras davantage dans la suite ^^. Enfin, pour les phrases un peu alourdies par des détails, tu pourrais simplifier sans perdre la profondeur. Par exemple, au lieu de "À l’ouest, les carottes côtoyaient les aubergines et les radis", dis simplement "les carottes et les radis poussaient côte à côte". Ce genre d’allègement garde l’essentiel

Anthony Dabsal

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Il y a 5 mois

sans freiner le rythme. Sauf bien sûr si l’ouest est un détail extrêmement important et que je ne peux pas encore le comprendre à ce stade du bouquin. Pour la ponctuation, attention à ne pas trop utiliser de points de suspension ou de majuscules pour créer de l’intensité. Dans des phrases comme "Partir. Capitale. Dès AUJOURD’HUI ?", tu pourrais rester sur un ton plus direct et sobre. La surprise peut s’exprimer sans insister autant. Par exemple, "Partir. Pour la capitale. Aujourd’hui." C’est plus percutant
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