Fyctia
Chapitre 1
La tête basse, elle se tenait face au caveau funéraire royal de sa famille, tandis que les "invités" s’en allaient à cause de la pluie. C’était une magnifique structure en marbre sortant du sol, avec des grilles ornées et ouvertes sur un escalier somptueux, donnant accès à la sépulture royale. Les cercueils de ses parents venaient d’y être déposés. La gorge serrée, les larmes aux yeux, elle serra les poings. Elle était seule à présent. Le cœur lourd, elle leva la tête et lut les inscriptions. “Ci-gît le Roi d’Émeraude, Kergar le Grand”. Et juste à côté : “Ci-gît la Reine d’Émeraude, Galena la Vaillante”.
Elle serra les dents et ne put empêcher une larme de couler. Évidemment, il pleut, s’énerva-t-elle intérieurement. Elle se tourna et donna un violent coup de pied dans une branche, souillant ainsi sa robe noire de boue. Trempée, ses cheveux noirs en pagaille, elle leva la tête vers le ciel gris et nuageux. Pourquoi le Royaume de Rubis nous a-t-il attaqués alors que la paix règne depuis des dizaines d’années ? Pourquoi n’a-t-on retrouvé le corps d’aucun soldat à leurs côtés ?
Elle tomba à genoux.
— Je ne suis pas encore prête à gouverner le Royaume d’Émeraude… murmura-t-elle.
Soudain, elle entendit un cliquetis métallique et des bruits de pas se diriger vers elle. Un soldat ! songea-t-elle. Elle se releva en vitesse, essuya ses larmes et secoua sa robe, mais la boue humide y était totalement collée et ne s’enlevait pas. Le soldat qui venait d’arriver la dévisagea de haut en bas, les yeux écarquillés.
— Tout va bien, Princesse Éméra ? s’écria-t-il.
Elle resta bouche bée. Tout va bien ? répéta-t-elle mentalement. Mes parents sont morts, idiot ! Non, tout ne va pas bien ! Elle serra les dents et soupira.
— J’ai simplement glissé. Qui a-t-il ? demanda-t-elle sèchement.
— C’est… Le Parchemin du Souvenir ! Il a été volé !
La Princesse eut le souffle coupé.
— Quoi ? Comment est-ce possible ?!
— Un voleur…
— Sans blague ! le coupa-t-elle. Comment a-t-il fait ?
— On ne sait pas, il doit réussir à maîtriser quelques bases magiques. Ceux qui le poursuivaient l’ont vu disparaître et réapparaître à d’autres endroits avec leurs armes, lui apprit le garde.
— Il faut le retrouver, j’ai besoin du Parchemin du Souvenir pour faire une trêve avec le Royaume de Rubis ! grinça-t-elle.
— Nous l’avons trouvé, Princesse Éméra… Il a laissé des traces magiques et s’est réfugié dans une taverne. Le Chancelier m’a dit de vous prévenir.
— Il a bien fait… répondit-elle sèchement. Je vais me changer, et nous irons directement.
La colère brûlait les entrailles de la Princesse. Elle avait envie de tout envoyer balader, de tout arrêter, de ne plus répondre à ses devoirs et surtout, ne plus obéir au Chancelier… Je n’ai aucune envie de récupérer le Parchemin… Ce dont j’ai envie… C’est d’une épée, pour me venger. Comme une réponse à ses pensées, le tonnerre gronda, comme si quelque chose avait explosé. La tristesse transperça son cœur. S’ils sont là-haut… pensa-t-elle en regardant le ciel. Ils voient ce que je veux… Père, Mère, vous avez raison… Ce n’est pas ce que vous m’avez appris…
— Très bien Princesse Éméra, je vous attendrai à l’entrée du château, avec une troupe pour saisir le Parchemin du Souvenir.
Éméra hocha la tête. Elle soupira en regardant le soldat partir en trombe, pataugeant dans la boue. Elle se tourna vers le caveau, et ferma les portes condamnant ainsi l’accès aux escaliers qui menaient au tombeau de la famille royale.
— Je n’oublie pas ce que le Royaume de Rubis vous a fait… Mais je vais me concentrer sur ce que je dois faire, comme vous me l’avez appris… Père, Mère… Au revoir.
Équipée de son armure, la poitrine serrée par l'appréhension de sa première mission, la Princesse se trouvait devant la taverne dans laquelle le voleur s’était soi-disant réfugié. Accompagnée par six soldats, tous armés de grandes hallebardes, elle était un peu rassurée.
Elle ne s’était pas totalement remise de la mort de ses parents, survenue à peine quelques jours plus tôt. Et la colère qu’elle avait ressentie lorsqu’elle se recueillait au caveau funéraire royal ne l’avait pas encore quittée. Mélangée au stress qu’elle ressentait, cela donnait un cocktail explosif. Elle n’avait cessé d’envoyer des regards foudroyants aux passants qui la regardaient avec curiosité.
Elle inspira. Et elle entra brutalement dans la taverne, suivie de près par les gardes. Il n’y avait que trois personnes. Un homme immense à la musculature prononcée derrière le bar, et deux autres jeunes qui semblaient discuter… ou se disputer. Éméra fit courir son regard sur les trois hommes et les chaises vides.
— Où est le Parchemin ? demanda-t-elle froidement.
Pas besoin de diplomatie avec des gens pareils…
L’homme derrière le bar plongea sa main dans un tiroir et en sortit le parchemin… vide. En se tournant vers lui, elle remarqua une cicatrice qui barrait le flanc de son crâne et marquait une ligne droite dans sa longue chevelure rousse. Ainsi qu’une autre sur le menton qui coupait sa barbe hirsute en deux.
— C’est le petit qui te l’a volé, dit-il en montrant le brun aux yeux bleu-vert, qui était visiblement mort de trouille. Et il a malencontreusement assimilé la magie lorsqu’il essayait de fuir tes gardes…
— Il vient avec moi, le coupa-t-elle furieusement.
— Non.
Éméra se tourna de nouveau vers le roux.
— Sais-tu à qui tu t’adresses ?
— Oui, je le sais. Le petit n’a pas encore acheté sa liberté. Si tu le veux, paye à sa place, dit-il en la regardant dans les yeux sans ciller.
Voilà ce qui me rend furieuse, encore plus que la guerre : l’esclavagisme caché. La Princesse porta sa main à sa bourse remplie, la détacha et la jeta violemment sur l’homme.
— Ça ira ? demanda-t-elle moqueusement.
— Ça ira. Béryl, tu peux partir, ta liberté appartient maintenant à la Princesse Éméra.
Le voleur, Béryl, lui envoya un regard furieux et se dirigea vers la sortie. Aussitôt entouré par les gardes, il observa la Princesse.
— Qu’est-ce qu’on attend pour partir de cet endroit maudit ? demanda-t-il d’une voix claire, toute trace de peur envolée, avec une nouvelle lueur dans le regard : une lueur de défi.
— On s’en va, annonça-t-elle. Éméra ne put s'empêcher de remarquer le regard triste du dernier homme, comme s’il venait de perdre quelque chose. Cela lui rappela ce qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait appris la mort de ses parents.
Elle l’ignora et sortit, accompagnée de ses gardes et du voleur, elle prit la direction du château. Elle sentit quelqu’un lui toucher le bras. Elle fit volte-face et vit le voleur, trois mètres derrière elle. Comment a-t-il fait pour me toucher d’aussi loin ? se demanda-t-elle. Il doit vraiment maîtriser la magie de base…
— Merci de m’avoir libérée, Princesse Éméra, dit-il chaleureusement.
Éméra fronça les sourcils. Pourquoi me remercie-t-il ?
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tamara
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Thalyssa Delaunay
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