Suelnna La Cité du désert Le musée de la Citadelle

Le musée de la Citadelle

Kahina et Anna étaient les filles naturelles d'un homme du désert. Ce fut un miracle que l'influent et cupide conservateur du musée de la Citadelle d'Ifrin eut accepté de s'occuper des deux à la fois. Un jour alors qu'Anna n'était qu'une toute jeune fille et que Kahina n'était encore qu'un bambin sachant à peine tenir sur ses deux jambes, ils firent tous les trois le chemin jusqu'à Ifrin. Une fois arrivés aux portes de la Cité, ils n'avaient pas fait de halte et s'étaient dirigés tout droit vers l'imposante bâtisse attenante à la Citadelle et qui servait d'intermédiaire entre l'Institution et les « étrangers ». Leur père les avait laissées seules dans la pièce attenante au bureau du doyen et était parti s'entretenir avec ce dernier. Entourées de manuscrits anciens dont la valeur était inestimable, elles ne virent pas le temps passer. Après avoir convaincu le maître du lieu de les prendre sous son aile, il s'en était allé sans adieux, et pour ne jamais revenir.


Lorsqu'elles étaient plus jeunes, il arrivait souvent que sa sœur adopte un comportement hautain, cette dernière voulant à tout prix marquer sa supériorité sur Kahina. Leur tuteur n'avait alors eu de cesse de lui répéter que même si elle semblait être la fille d'une aristocrate têtue en mal d'aventures qui avait fui sa famille au profit de la chaleur des régions arides, elle n'en restait pas moins une fille naturelle, tout comme sa cadette. Le charme de la mère d'Anna avait fait mouche sur leur père. Fascinée par l'exotisme que dégageait cet homme, la demoiselle avait été séduite par les paroles et l'insistance de ce dernier. Lassée de son idylle, elle les avait par la suite abandonnés et Anna ne la revit jamais ni ne garda de souvenir d'elle.


Anna avait la peau hâlée et non pas albâtre comme celle des femmes provenant du vieux continent. Pourtant de sa mère, elle avait hérité de magnifiques yeux bleus, semblant trôner sur son visage, tels deux joyaux purs et convoités de beaucoup dans la ville d'Ifrin.


Kahina passait quant à elle pour une fille de la région et par conséquent, elle était considérée comme plus banale et moins jolie. En grandissant, elle s'était néanmoins montrée plus assidue que sa sœur pour l'apprentissage de l'Histoire du continent d'Adhamra, ainsi que pour l'étude des écritures anciennes. Sa vivacité d'esprit et son intelligence lui avaient fait trouver grâce aux yeux de celui qui les avait recueillies, elle et sa sœur. La confiance de l'homme âgé lui était dès lors acquise. Ce dernier ne laisserait aucune descendance et n'avait que ces deux-là pour espérer lui tenir compagnie dans ses vieux jours à venir.


« Je suppose qu'il est trop tard pour que tu me trouves un diminutif plaisant... N'as-tu vraiment rien de moins sot en réserve que " Sœurette " ? ».


Anna sourit à nouveau sans répondre. La beauté de sa sœur attirait tous les regards, et il suffisait que ses yeux croisent ceux d'un local pour qu'il ne détourne plus son attention de l'élégante jeune femme qu'elle était devenue au fil des années.


Elles marchèrent en silence, parcourant les ruelles sinueuses et étroites du quartier populaire pour finalement atteindre le haut quartier, réservé à la caste des érudits. Bien que bâtardes, et de par la tutelle qu'exerçait sur elles l'un des hommes les plus influents du continent, elles avaient bénéficié des avantages de cette caste depuis toutes petites.


Anna n'y tenant plus, annonça alors à Kahina la nouvelle pour laquelle elle avait daigné se déplacer jusqu'à la place publique des bas quartiers en compagnie de Haïkir, leur servant :


— Je vais me marier » annonça-t-elle, gaiement. Devant le mutisme de Kahina qu'elle jugeait trop pesant, la belle s'empressa d'ajouter : « Mais ne t'en fais pas ! Je resterai ici, mon promis possède des intérêts sur ce continent. »


Le ton de sa voix s'était fait plus bas et posé au fur et à mesure qu'elle avait terminé son propos. Oh, elle qui détestait cet endroit ! Rêvant du « vieux continent » depuis qu'elle en avait découvert l'existence.


Comme beaucoup de prétentieux bien nés et surtout très riches du vieux continent, il était évident que son futur mari avait des affaires en cours ici. Elle ne doutait pas que sa sœur allait épouser un de ces aristocrates ayant l'argent nécessaire pour financer des expéditions, lesquelles visaient généralement à piller un peu plus l'héritage qu'avaient laissé les ancêtres de ces contrées à leurs descendants.


« Quel est son prénom ? demanda Kahina, d'un air détaché.


— Robert. C'est un riche marchand issu de la noblesse. C'est aussi un collectionneur qui a une affection sincère pour les reliques qui lui sont confiées. Tu devrais aller de pair avec son jeune frère. Il est archéologue, comme nous ! » s'enthousiasma Anna.


C'est pas vrai ... elle ne comprendrait donc jamais, songea Kahina.


« Nous ne sommes pas archéologues, Anna. Nous sommes historiennes et linguistes! Enfin moi, je le suis. Un collectionneur d'objets ne lui appartenant pas, par contre, n'est rien d'autre qu'un voleur, et tu le sais ! »


Anna ne releva pas la pique et haussa les épaules. Quelle différence pour elle après tout ? Elle qui maudissait les tâches intellectuelles qu'on lui assénait au musée. Bientôt, elle pourrait se contenter d'un rôle d'épouse et éventuellement de mère. Kahina détestait le peu d'implication de sa sœur dans le travail qu'elles avaient toutes deux au sein d'un des établissements les plus prestigieux du continent. Certes, elles étaient encore sous tutelle et le seraient probablement toute leur vie, à cause de leur statut de novices, mais leur existence n'était pas si désagréable qu'Anna se la figurait.


D'un autre côté, leur tuteur lui faisait l'impression d'être si corrompu que Kahina elle-même doutait parfois du bien-fondé des tâches qu'on lui confiait. Ce dernier semblait prêt à tout pour graisser la patte des « étrangers », certains devenus très puissants aujourd'hui et ce, afin de s'assurer un confort de vie non négligeable.


Kahina aimait le musée, il lui servait de refuge. Leur protecteur avait tant bien que mal tenté de l'éloigner de ces contes et de ces légendes qui lui nourrissent non seulement le cœur, mais aussi l'esprit depuis qu'elle était enfant. Il lui avait fait prendre conscience de la mission d'une historienne et d'une linguiste. Elle avait alors dû se résigner et comprendre qu'elle ne pouvait et ne devait plus prendre au sérieux les récits que se plaisait à raconter la vieille Asha.


Il y a peu cependant, il lui avait été dit qu'il serait intéressant qu'elle se serve du goût qu'elle avait pour les fables et de son imagination afin d'attiser le désir de ces « étrangers » pour la région. Elle devait savoir en divulguer assez pour éveiller la curiosité de ces derniers lorsqu'ils sollicitaient les prestations du musée, sans pourtant en révéler trop non plus. Cette idée l'avait d'abord révulsée et elle avait pensé s'y opposer, mais par respect pour la main qui la nourrissait, elle avait décidé de s'exécuter.

Tu as aimé ce chapitre ?

78

78 commentaires

Katia DELCOURT

-

Il y a 3 ans

J'ai plaisir à lire ton histoire. Quelle différence entre les deux sœurs !

Suelnna

-

Il y a 3 ans

Oh, c est adorable à toi de passer 😘Je suis vraiment contente que ça te plaise !

Camille Jobert

-

Il y a 3 ans

Tu peins bien la différence entre les deux soeurs que ce soit physique et mentale. Cependant je trouve que certains paragraphes, apportant trop d'informations, sont très lourds à la lecture.

Lullolaby

-

Il y a 3 ans

Ca saute aux yeux les différents caractères des soeurs. On en apprend beaucoup dans ce chapitre ^^

Suelnna

-

Il y a 3 ans

J essaye de ne pas faire trop “fourni” en informations, histoire que vous ne vous disiez pas : tiens un petit chapitre de Suelnna pour m endormir … 🤣😂

Merixel

-

Il y a 3 ans

Deux soeurs bien différentes avec des projets de vie très éloignés!

La Plume d'Ellen

-

Il y a 3 ans

Peu à peu j'en apprends davantage sur les frangines et le fait qu'elles n'aient que leur père en commun. Anna me semble d'un caractère plus passif.

Suelnna

-

Il y a 3 ans

Anna se laisse vivre, en effet ^^"

Mélodie.O

-

Il y a 3 ans

Nous en apprenons énormément sur les deux sœurs ! Entre la future marié et l'historienne, on ressent bien leur différence.

Yerdua Irving

-

Il y a 3 ans

J’espère que ces différences ne mettront pas en péril les liens des deux sœurs 🥺
Vous êtes hors connexion. Certaines actions sont désactivées.

Cookies

Nous utilisons des cookies d’origine et des cookies tiers. Ces cookies sont destinés à vous offrir une navigation optimisée sur ce site web et de nous donner un aperçu de son utilisation, en vue de l’amélioration des services que nous offrons. En poursuivant votre navigation, nous considérons que vous acceptez l’usage des cookies.