Fyctia
Chap. 1 - L'éveil d'Athènes
An 217 avant JC.
Elhena.
Je déambule rapidement dans les rues étroites et pavées. Le son de mes sandales heurtant les pierres résonne au rythme de ma course. Je ne dois pas ralentir. Il faut que je réussisse à le semer. Je n'ose pas me retourner, de peur de perdre un temps précieux ou pire encore, de chuter. J’accélère le pas, retroussant un peu les pans de ma robe afin d'éviter de m'y prendre les pieds. Hors de question de me laisser attraper ! Je vais réussir à atteindre l'Agora et ainsi, je pourrai me fondre dans la foule ou me cacher entre deux commerces.
La cité s'éveille doucement et comme chaque lunae, le marché s'installe sur la place centrale. L' odeur des épices me chatouille les narines. Je m'approche de l'agitation qui anime l'Agora. J'observe les marchands préparant leur boutique. Un bref coup d’œil en arrière me confirme mon ressenti, plus personne ne me suit. J'esquisse un sourire en balayant du regard la grande place, toujours si impressionnante. Les boutiques de bois s'ouvrent peu à peu, dévoilant leurs trésors. Les étals formés de tissus, adossés aux stoas, dessinent un sentier imposé permettant de circuler et de découvrir toutes les échoppes. Ce matin encore, je suis émerveillée par les senteurs, les couleurs et les sourires. Pourtant, je connais cette ville sur le bout des doigts. Athènes est ma cité, j'arpente ses ruelles depuis mon plus jeune âge. Je défie quiconque de me faire découvrir un recoin non exploré lors de l'une de mes escapades.
Mon estomac me rappelle à l'ordre. Il est encore tôt mais je suis sortie du lit depuis déjà un bon moment. Ma fuite m'a affamée, il faut que je déguste quelque chose. Instinctivement, je me retrouve devant la boutique étroite tenue par Emern et sa famille. Ce sont des gens adorables. Leur akratismos et leurs teganites sont un pur délice. Je salive déjà en regardant les lamelles de pain d'orge agrémentées de fromage et de figues fraîches. Emern prépare des teganites et la douce odeur de la cuisson des petites crêpes au miel me met encore plus l'eau à la bouche. Son sourire s'agrandit au moment où il m’aperçoit.
– Elhena ! Tu es bien matinale aujourd'hui. Il va falloir patienter un peu. Comme tu le vois, le petit-déjeuner n'est pas tout à fait prêt.
– Bonjour Emern, je vais faire un tour et te laisser le temps de terminer. Tu me réserves trois portions s'il te plaît !
– Ce sera disponible dans un bon quart d'heure.
– Très bien, voilà, répondé-je en posant des drachmes sur la table, à tout à l'heure !
Je m'éloigne doucement, empruntant la direction du spectaculaire étal de fruits situé un peu plus loin. Parfaitement rangés et colorés, tous sont appétissants. J'aime profiter de la fraîcheur du matin et du calme de la grande place avant l'arrivée des nombreux esclaves effectuant les achats de leur maître. Je ne dis pas que je n'apprécie pas la foule. Cependant, traverser paisiblement le marché sans avoir à se faufiler entre les badauds m'est bien plus agréable. Je profite pour acheter des dattes, des amandes, des olives et des tomates juteuses. J'imagine déjà la délicieuse sauce sucré-salé qui en résultera. Avec une viande de lapin et du chou, cela sera parfait ! Je rêvasse, oubliant presque le but premier de mon escapade de si bonne heure. Pressant le pas, je me dirige vers l'atelier du cordonnier. En voyant la porte ouverte, je souris, j'espère obtenir la pièce désirée rapidement.
Un peu plus âgé que moi, Tresco est le fils de la meilleure couturière de la ville. Il partage d'ailleurs son atelier avec elle. Il y a des familles dont les enfants héritent des dons artistiques de leurs parents. Et bien, Tresco tient son talent pour l'artisanat de Flari, sa mère. Les tenues qu'elle réalise sont simplement sublimes, agréables et originales. Toutes mes robes sont ses créations. Je suis toujours comblée par son talent et ses idées. Mais présentement, c'est Tresco que je suis venue solliciter. J'ai besoin de son savoir-faire.
– Bonjour Tresco, comment vas-tu aujourd'hui ?
– Elhena ! Je suis en joie, j'ai accepté une commande de la part du palais !
– Une commande du Roi ? demandé-je impressionnée.
– D'un des conseillers directs du Roi et c'est déjà un énorme honneur.
– Je suis sincèrement contente pour toi Tresco ! Et moi aussi, j'ai besoin que tu fasses des miracles.
– Que te faut-il ? questionne-t-il l’œil vif et curieux.
Je prends le temps de vérifier que nous sommes seuls dans la boutique. Je ne veux pas d'oreilles curieuses dans les parages. Après tout, je me suis donnée du mal pour passer cette commande en toute discrétion.
– Il me faut un ceinturon double de cuir dans lequel il est possible de glisser une dague d'un côté et un sabre courbé de l'autre.
– Je peux savoir à qui tu le destines ? Il me faut le gabarit de la personne pour ajuster la taille, explique-t-il.
Je m'approche alors du jeune cordonnier. Je plaque mes mains sur son torse et je lui murmure à l'oreille.
– Il s'agit du cadeau d'anniversaire de Rosco. Secret absolu !
Constatant la respiration accélérée de Tresco suite à ce rapprochement corporel, je m'éloigne. Je remarque que le jeune homme rougit. Je détourne les yeux, mal à l'aise face à cette situation. Mon geste naturel est peut-être mal interprété. Je trouve Tresco très joli garçon et sa compagnie est fort agréable. J'éprouve quelques sentiments pour lui ? Je trouve flatteur de le faire rougir de la sorte, mais ai-je envie de me rapprocher de lui ?
La voix veloutée de Tresco me tire de mes réflexions. Il me regarde, une main sillonnant ses épais cheveux d'un noir intense.
– Dans deux jours, cela te convient ?
– Oui ! C'est parfait ! Je te remercie. Six drachmes suffisent ?
– C'est trop, quatre feront l'affaire.
– Disons six et tu ajoutes une jolie gravure, dis-je afin de clôturer la discussion.
– Tu auras une gravure de qualité, annonce-t-il avec un sourire.
Une fois sortie de l'atelier, je regagne le chemin du marché. Mon estomac est au supplice, je suis affamée. Pressée par mon appétit grandissant et mon envie de dévorer les mets odorants et succulents d'Emern, je ne remarque pas la silhouette s'approchant furtivement dans mon dos. Je sursaute au moment où une main massive se pose sur mon épaule.
– Elhena, tu pensais réussir à me semer ?
Je me retourne, identifiant cette voix et me voici face à un colosse de presque deux mètres, aux bras musclés, croisés sur la poitrine. Il me jette un regard glacial, signe de sa désapprobation, mais son léger sourire le trahit.
– Rosco, je ne suis plus une enfant ! J'ai besoin de liberté et je ne risque rien en ville. Tu dois arrêter de t'en faire pour moi.
– Je suis ton protecteur, je m'en ferai perpétuellement pour ta sécurité. Tiens, tu dois avoir faim, allons manger sur la colline.
– Tu es passé chez Emern ?
– Je ne t'ai jamais perdue de vue lors de ton escapade. Je suis juste resté dans l'ombre. Viens, j'ai faim.
Installée près de Rosco sur la colline de Filopappou, j'observe Athènes, la cité blanche, ma ville, en partageant notre repas.
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Sand Canavaggia
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Sandra MALMERA
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Beth Holland
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MarineGautierAuteur
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Beth Holland
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