Fyctia
Chapitre 3: L'apprentissage
Morianne eut tout de suite son petit coin bien à elle dans la chaumière. Emmaillotée dans des draps et des couvertures, elle était choyée. Ses parents, aux petits soins, l'installèrent d'abord près du feu pour qu'elle ait bien chaud. Mais très vite, ils remarquèrent qu'elle n'aimait pas. Elle pleurait dès qu'ils l'approchaient. Ils en conclurent donc qu'elle avait trop chaud. Marie et Jean se relayaient entre leurs corvées quotidiennes et la garder. Ils s'étaient parfaitement organisés afin de gérer tout leur emploi du temps. Ils avaient attendus tellement longtemps pour l'avoir qu'ils ne voulaient sous aucun prétexte qu'il lui arrive malheur. Ils l'entouraient d'amour et de tendresse, d'affection mais aussi par moment d'autorité. Le bébé semblait heureux, leur souriait, agitait ses petits bras et jambes. Les mois passaient, que l'heureux couple voyait défiler comme des minutes.
L'enfant était très épanouie, elle souriait tout le temps à ses parents, elle riait quand on s'amusait avec elle. Sa mère cachait des objets dans la maison ou dans le jardin, et Morianne devait les trouver en pointant du doigt. Les mois défilaient tels des heures, tant les moments de bonheur passent vite. Et, sans qu'ils s'en aperçurent, l'été était déjà là.
Le Soleil s'imposait durant cet été, et la chaleur accablante ralentissait Marie et Jean dans leurs corvées, elle les étourdissait, et ils devaient constamment faire des pauses. Jean levait sa tête tel un défi lancé au Soleil. Intérieurement, il pensait « Si tu continues comme cela, je vais monter jusqu'à toi pour t'éteindre! » et chaque mouvement était plus dur que le précédent. Il avait l'impression de n'avoir fauché qu'une toute petite partie de son champs, et pourtant cela lui avait prit tout son temps.
La petite était tout le temps dehors, à l'ombre de la maison avec sa mère. Elle lui donnait régulièrement du lait, et la laissait quand elle s'occupait de la maison. Alors, de temps à autre, Jean allait voir Morianne pour s'assurer qu'elle allait bien. Il en profitait pour prendre un peu de fraîcheur avec elle, il la prenait dans ses bras et la faisait sauter en l'air. La petite riait, et Marie, de l'intérieur de la maison, observait ces scènes délicieuses de bonheur entre père et fille.
Elle était très heureuse: les soupçons de Jean sur elle s'étaient totalement effacés, plus aucun voisin ne la regardait sévèrement car elle n'arrivait pas à enfanter. Elle avait à présent une magnifique petite fille que tout le monde aimait. Elle était tellement adorable! Et maintenant, les gens se rendaient compte à quel point ils avaient eu tord au sujet de Marie, de la considérer comme l'amante du diable. Leurs doutes s'étaient envolés, ce n'était maintenant pour elle plus qu'un mauvais souvenir. Ils se sentaient coupables d'avoir portés autant d'accusations sur elle, priaient la Sainte Vierge de les pardonner, et allaient jusqu'à apporter des cadeaux à Marie, qui les recevaient avec chaleur et bonté.
L'année d'avant, George et Adélaïde, qui étaient les plus fervents défenseurs contre les forces du mal, avaient été jusqu'à supplier le Seigneur de Rochefort. Habitants non loin de chez Marie et Jean, ils ne voulaient pas d'un suppôt de Satan comme voisine, d'une catin qui ne savait faire des enfants, pourtant le rôle de toute femme, et qui jetterait sûrement des sorts aux bons paysans. Ils lui donnaient leurs impôts chaque année, et elle voulait qu'au moins il y prête attention.
Ce seigneur habitait non loin du village des paysans, étant lui-même situé sur une colline à côté d'une forêt. Il se préoccupait surtout de ses affaires personnelles, et tant que son dû lui revenait, il n'avait que faire de ces querelles. Il avait donc renvoyé George et Adélaïde chez eux, en leur précisant d'aller voir le prêtre si le problème persistait.
Or, elle allait souvent voir le prêtre le dimanche à la fin de la messe, se plaignant de problèmes futiles, comme l'eau qui chauffait doucement bien qu'elle soit sous le feu, en demandant si ce n'était pas Marie qui lui aurait jeté un sort. Le prêtre, la plupart du temps exaspéré, lui disait qu'il fallait avant tout aimer son prochain et ne pas faire d'accusation sans preuve. Pour lui, les fausses couches n'en était pas une.
C'était ainsi le couple qui, se sentant le plus coupable, était maintenant le plus gentil. Adélaïde, que rien que la vue de Marie répulsait, lui proposait le plus son aide. Elle souriait sans cesse à Morianne, et toujours se proposait de la garder pendant que Marie travaillait.
L'été s'attardait jusqu'en octobre.
La seule source de fraîcheur provenait de l'ombre de la maison. C'est à cet endroit que Marie gardait un seau d'eau qu'elle veillait à remplir régulièrement. Ce lieu était devenu le préféré de Morianne, qui y passait toutes ses journées. Les corvées quotidiennes de Jean et Marie s'avéraient particulièrement pénibles: la chaleur les accablait, les étourdissait, les ralentissait, ils n'arrivaient pas à se concentrer pleinement sur leurs tâches, et ils faisaient régulièrement des pauses afin de s'hydrater et de surveiller leur enfant. Les moments passés avec Morianne étaient un vrai bonheur, le repos leur faisait du bien, et le sourire de leur enfant les ranimait.
Un matin, Jean se réveilla très tôt pour profiter de l'air encore frais de la nuit. Il regarda le visage de sa femme, et il lui sembla si paisible qu'il ne voulut pas la réveiller. Il s'habilla en silence et sortit de la maison. Dès qu'il ouvrit la porte, un frisson lui parcouru tout le corps. Il se promena dans son jardin, regarda le bois sec du seau vide, et le prit afin d'aller le remplir au puits. Il prenait plaisir à se promener à travers le village, à passer entre les chaumières de ses voisins encore endormis. Il prit le seau, l'attacha à la corde et le laissa tomber. Une fois qu'il le sentit dans l'eau, il tira sur la corde pour le remonter. Il rentra chez lui en regardant cette fois son chemin, et non le paysage, afin d'éviter les obstacles pour ne pas renverser son eau.
Une fois le seau posé, il alla dans son jardin potager et observa la croissance de ses légumes. Les topinambours et les pommes de terre commençaient à sortir. Les feuilles des carottes, les betteraves et les brocolis n'étaient pas encore visibles.
Il alla ensuite voir comment se portait son noisetier. Avec ses branches qui lui tendaient les bras, ses feuilles qui se balançaient par la douce secousse du vent, il se sentait protéger, en paix avec lui-même. Quelques noisettes étaient tombées non loin de l'arbre, il en ramassa quelques unes, dans ses mains, les tapa contre un rocher non loin de l'arbre afin de casser la coquille. Il prit du plaisir à les sentir craquer sous sa dent, et il savoura leur goût frais d'automne.
Puis il s'attaqua aux travaux des champs. Au fil des heures, la chaleur s'installait, mais il ne la sentait pas et ne vit pas le temps passer, et quelques heures plus tard, Marie vint à sa rencontre.
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Anne-Estelle
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Violaine Hermier
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clecle
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Dystopia_Girl
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Violaine Hermier
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MarionH
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Violaine Hermier
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Amélie Mrn
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